Géorgie: l’ombre de la guerre froide refait surface...

Les troupes géorgiennes ont entamé une offensive d’envergure le 8 août dernier, en bombardant massivement la capitale de l’une de ses provinces, l’Ossétie du Sud, qui réclame son indépendance. En riposte et pour la première fois depuis l’écroulement de l’URSS, en 1991, la Russie a repris son expansion en dehors de ses frontières sous prétexte de secourir le peuple sud-ossète.

En tout plus de 10000 soldats russes auraient pénétré en territoire géorgien. Un bilan provisoire fait état de plus de 2000 personnes tuées dans le conflit et de plus de 150 000 déplacées (1). Après un cessez le feu, et les tentatives de différentes instances internationales de régler le conflit, les troupes russes tardent à se retirer de la Géorgie. Un conflit inter-impérialistes dont l’enjeu est le contrôle des ressources énergétiques.

L’historique

La Géorgie, un ancien pays des blocs de l’est, avec ses 5 millions d’habitants est coincée entre la Russie, l’Arménie, l’Azerbaïdjan et la Turquie. Depuis la montée au pouvoir de Saakashvili, en 2004, plus du tiers de la population géorgienne vit sous le seuil de la pauvreté, le chômage atteint des sommets, les patrons licencient à leur guise, et les manifestations de travailleurs-euses sont durement réprimées. (1)

Depuis 1991, les États-Unis et les transnationales du pétrole, telles que BP et Chevron tentent d’imposer leur influence dans le Caucase et l’Asie centrale et à soustraire de l’influence russe les pays du Caucase qui possèdent des ressources énergétiques ou sont sur la route des oléoducs. Le grand enjeu dans tout ça? Le contrôle des oléoducs, qui transportent le pétrole et le gaz naturel de la mer Caspienne vers l’ex-URSS. Les États-Unis jouent la carte de la nécessité de l’indépendance économique de ces pays afin d’assurer leur indépendance face à la Russie.

L’une de ces provinces indépendantistes, l’Ossétie, est depuis longtemps coupée en deux. D’un côté, l’Ossétie du Nord, une république de la fédération de Russie, depuis 1992, tandis que l’ancienne région autonome d’Ossétie du Sud est intégrée à la Géorgie. Après deux référendums pour leur indépendance, non reconnus internationalement sauf par la Russie, une guerre fratricide y fait rage. (2)

Des impérialismes
qui s’affrontent

Les États-Unis accordèrent dans les années 1990 une aide massive à la Géorgie afin de développer leur projet de construction d’un oléoduc (BTC), devant relier l’Azerbaïdjan à la Turquie, en contournant la Russie, l’Iran et l’Arménie. Des compagnies telles que BP et Chevron, propriétaire de la moitié des champs pétroliers du Kazakhstan, furent finalement convaincues par le projet du gouvernement étasunien. Un deuxième projet d’oléoduc (Nabucco), qui acheminerait le pétrole et le gaz naturel, de la mer Caspienne vers la Turquie est actuellement en cours. Les pays de l’ouest seraient donc ainsi assurés d’avoir accès directement à ce 4e plus grand réservoir de gaz naturel de la planète.

La construction de ces deux oléoducs assurerait évidemment l’approvisionnement en pétrole et en gaz naturel pour les pays de l’ouest, mais éloignerait cette ressource de la Russie tout en passant un peu trop près de l’Ossétie. Ce qui ne fait pas l’affaire du président actuel de la Russie, Dmitri Medvedev, ancien président du conseil de direction de Gazprom, une entreprise détenue majoritairement depuis 2006 par l’état Russe et le plus gros exportateur de gaz naturel au monde.(3) En effet, Gazprom, afin de concurrencer l’ouest, élabore la construction d’un oléoduc, au coût de 20 milliards, qui traverserait la mer Noire afin de rejoindre l’Europe. Ce projet mettrait donc en péril les investissements des puissances impérialistes de l’ouest. Bref, d’un côté l’État Géorgien à la solde des États-Unis et de l’autre côté le nationalisme des provinces séparatistes instrumentalisé par Moscou.

L’OTAN

Dans un tel contexte, il est évident que d’assurer une présence militaire permanente afin de garantir le contrôle, la protection des intérêts financiers européens et américains est cruciale. Une présence militaire internationale et le déploiement du bouclier anti-missiles serait un atout majeur pour contrer les ambitions économiques de Moscou. La Russie a donc profité de la situation explosive en Géorgie pour rétablir leur autorité dans le Caucase et compromettre l’adhésion de la Géorgie au sein de l’OTAN. Les dés sont lancés, et l’Europe risque de devoir continuer de transiger avec les Russes afin d’avoir accès aux ressources énergétiques de la mer Caspienne.

Le Caucase est victime d’une multitude de conflits ethniques alimentés par les bourgeoisies qui s’affrontent. Ces habitants servent de chair à canon dans un conflit inter-impérialistes dont l’enjeu majeur est le contrôle des ressour-ces énergétiques. Il est évident que la classe possédante voit l’autonomie de ces peuples comme un élément secondaire à leurs intérêts géostratégiques majeurs dans cette partie du monde. Tant que les peuples du Caucase n’auront pas accès à leur pleine autonomie et à leur autodétermination, la paix et la stabilité sera impossible. Seule la solidarité et la coopération entre les travailleurs-euses de ces pays, afin d’avoir le contrôle sur la production et le transport de leurs ressources, leur permettra d’assurer leur propre destinée. Une prise de conscience de classe est nécessaire pour mettre fin au nationalisme, à l’impérialisme et au capita-lisme qui tue chaque jour un peu plus.

Solidarité internationale avec tous les travailleurs-euses du Caucase.

(1) http://www.un.org/apps/newsFr/storyF.asp?NewsID=17099&Cr=G%E9orgie&Cr1=R...
(2) http://www.anarkismo.net/article/9616
(3) http://www.humanite.fr/Qu-est-ce-que-l-Ossetie-du-Sud
(4) http://www.politiqueinternationale.com/revue/print_article.php?id=653&id...

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Extrait du numéro 22 du journal Cause commune