Le Camp des «4 sans»: Se mobiliser pour le droit au logement

Du 26 au 28 juin, le Front d’action populaire en réaménagement urbain (FRAPRU) organise à Québec le Camp des «4 sans». L’action vise à permettre aux «sans toit», aux «sans l’sou», aux «sans droits» et aux «sans voix» de prendre le haut du pavé en occupant pendant quelques jours un lieu au cœur des festivités marquant le 400e anniversaire de la Ville de Québec. Pour le FRAPRU, l’objectif est «de frapper l’imaginaire par une mobilisation exemplaire dans le but de faire avancer la cause des locataires».

Cette mobilisation, qui s’annonce comme la plus importante organisée depuis le Camp des mal-logéEs (tenu à Québec au mois d’octobre 2004), s’inscrit dans une conjoncture difficile pour les locataires. On le sait, le début des années 2000 a été marqué par une crise du logement qui a fait des milliers de victimes. Les rapports entre propriétaires et locataires ont pris la forme d’une guerre de tranchées, marquée par les hausses de loyer à répétition et la multiplication des reprises de logement dans les quartiers populaires en voie de gentrification. Heureusement, la voracité des propriétaires s’est butée à la résistance de bien des locataires qui, malgré les pressions, ont choisi de se battre pour améliorer leurs conditions de vie.

Dans ce contexte difficile, le mouvement pour le droit au logement a continué d’informer et de mobiliser les locataires par le biais de manifestations, d’occupations, de pétitions, de porte-à-porte. Le résultat de ce travail acharné a permis un maintien du statu-quo au plan législatif et la construction de plusieurs milliers de logements sociaux, principalement sous la forme de coopératives d’habitation et d’OSBL. C’est peu, mais c’est aussi beaucoup. N’oublions pas que nous faisons face à un lobby puissant, celui des propriétaires privés. Leurs associations cherchent à obtenir la déréglementation quasi-complète du marché locatif tout en s’opposant farouchement au développement du logement social (qui leur volerait des clientEs potentielLEs!). Seule une mobilisation soutenue et une vigilance constante ont permis d’éviter le pire.

Malheureusement, rien n’est jamais acquis, pas mêmes les rares avancées obtenues au fil des ans. Depuis 2007, les budgets consacrés par le gouvernement du Québec à la construction de nouveaux logements sociaux ont été considérablement réduits. Quant au gouvernement fédéral, n’en parlons pas : à ses yeux, la guerre en Afghanistan passe bien avant le bien-être des locataires. L’objectif que s’est donné le FRAPRU, celui de doubler le nombre de logements sociaux au Québec d’ici 10 ans, n’est envisageable que par la construction d’un plus grand rapport de force. Jusqu’où les actions symboliques comme le Camp des «4 sans» permettent-elles d’aller? Sont-elles suffisantes pour obtenir la socialisation du parc de logements locatifs? Po-ser la question, c’est y répondre… partiellement. En effet, chaque mobilisation doit nous permettre de convaincre de nouvelles personnes de descendre dans la rue, de s’unir pour résister, de se joindre à nous pour construire ensemble le mouvement.

Seule cette accumulation de forces, jumelée à une analyse, un discours et des pratiques combatives, nous permettra de constituer à terme l’expression d’un véritable contre-pouvoir capable d’imposer ses priorités. C’est dans cette perspective qu’on pourra juger du succès ou de l’échec du Camp des «4 sans», par son impact sur les mobilisations à venir.

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Extrait du numéro 21 du journal Cause commune