L'anarchie de A à Z, «T» comme Terrorisme

L’occupation militaire de l’Afghanistan fait partie intégrante d’une vaste croisade impérialiste qui prend pour prétexte la «guerre au terrorisme». Qu’en est-il au juste ?

Le terrorisme désigne généralement les actions violentes menées contre la population civile, de telle sorte que leur retentissement psychologique – terreur et peur – dépasse largement le cercle des victimes directes pour frapper l’opinion publique. Il s’agit d’une tactique répugnante. Le terrorisme fait bien l’affaire des gouvernants car la peur demeure le meilleur moyen de mobiliser l’opinion et de couper court à tout débat. «Vous êtes avec nous ou contre nous» lançait, menaçant, George W. Bush à la planete entière.

La peur a toujours servi avec un zèle constant l’autorité, dans les systèmes de domination archaïques ou dictatoriaux comme dans nos soi-disant démocraties. Après la disparition de la «menace communiste», les élites politico-militaires ont dû instrumentaliser un nouvel ennemi, l’islamisme radical. Ironiquement, c’est l’Occident, dans le feu de la lutte anticommuniste, qui a dopé ce courant en l’équipant et en le formant militairement. Il suffit de rappeler que Ben Laden, recruté à Istanbul en 1979, a été un agent de la C.I.A. pendant presque 10 ans. Terrorisme et islamisme radical: nouvelle menace, nouvelle peur, nouveau pouvoir.

La peur est bien pratique, elle permet aux maîtres de se porter garants du bien-être et de la sécurité de «leur peuple». Elle permet également de désigner un «ennemi intérieur» qu’il s’agit d’anéantir. Les oligarchies modernes et pseudo-démocratiques s’ingénient à susciter la peur du «pire», la frayeur de «ce qui pourrait advenir si...» (si nous, vos bons maîtres, n’étions pas, ou hélas plus, là, pour vous défendre), le contrat social reposant alors sur une «vérité» massivement diffusée : «Ici, c’est mieux qu’en face».

Les gouvernements vont parfois même jusqu’à instrumentaliser, commanditer ou faciliter l’action terroriste afin de créer une crise qui leur sera profitable. Ainsi, on a découvert récemment que de nombreux attentats attribués aux anarchistes et au Brigades rouges, dans les années 1970 en Italie, était en fait l’œuvre de groupes d’extrême-droite téléguidés par certaines factions de la classe dirigeante. Cette «stratégie de la tension» vise à déstabiliser une société afin de provoquer un désir d’ordre favorisant les solutions autoritaires. Plus près de nous, il est connu et documenté que les forces de l’ordre, notamment la GRC et le SCRS, ont trempé dans une série d’opérations louches (incluant un attentat à la bombe pour discéditer le syndicalisme de combat de la CSN).

Des premières racines de l’esclavage et du colonialisme jusqu’à la dernière phase de mondialisation, le capitalisme a toujours utilisé le terrorisme pour asseoir violemment sa domination. Du massacre des peuples autochtones aux bombardements de populations civiles en passant par les blocus économiques et les assassinats ciblés de militantEs par les escadrons de la mort, l’histoire est ponctuée d’atrocités commises par les maîtres du monde contre la population civile pour frapper l’opinion publique. Les ingrédients de la doctrine stratégique de la Terreur moderne : le massacre, le choc psychologique, la guerre médiatique, la propagande et la contre-propagande, Amen.

De tout temps, les maîtres ont eu intérêt à entretenir la confusion autour du terrorisme. Ainsi, les terroristes des uns sont souvent les libérateurs des autres. Qui aujourd’hui oserait qualifier les résistantEs françaisES des années 1940 de terroristes ? Pourtant, c’était l’étiquette infâmante que l’occupant nazi leur accolait. Il ne faut pas confondre lutte armée et terrorisme. La ligne est mince, pour nous un pas est franchi lorsque l’on s’attaque aveuglément aux populations civiles.

Pour nous, cette lutte internationnale contre le «terrorisme» et l’islamisme radical n’est qu’une guerre mondiale contre l’humanité pour que certains puissants puissent le rester. C’est la misère et la guerre qui sont le ferment du terrorisme. Sans paix et justice, pas de recul du terrorisme. L’actuelle «guerre au terrorisme» ne fait qu’ajouter de l’huile sur le feu. À notre avis, les plus grands terroristes sont ceux et celles qui nomment «Liberté» les barreaux qui retiennent les peuples dans leur cage et «Vérité» les plus basses manipulations qui n’ont rien à envier à l’histoire des plus grandes tyrannies. Il s’agit de ne pas se tromper de cible.

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Extrait du numéro 21 du journal Cause commune