Un record à Québec

Le 2 mars, le lock-out au Journal de Québec est devenu le plus long conflit à survenir dans un quotidien francophone au Canada.

On a tendance à l’oublier mais la région de Québec vit actuellement l’un des plus importants lock-out de la province. Pétro-Canada, dans l’est de Montréal, a réussi récemment à mettre plus de syndiquéEs à la rue mais le Journal de Scabec bat des records de longévité. Onze mois que ça dure.

Ça fait tellement longtemps qu’on les voit tous les matins dans la rue qu’on a oublié que les artisanEs de Média Matin Québec sont en lock-out et que leur quotidien gratuit est un moyen de pression représentant un autre record: celui du quotidien publié le plus longtemps sans patron.

Un patron de choc

Le père Péladeau, qui devait une bonne partie de ses succès d’éditeur aux déboires syndicaux de la compétition, avait une peur bleue des grèves. En 40 ans, le Journal de Québec n’avait jamais connu ne serait-ce qu’une seule journée de grève.

Comme patron, Pierre-Karl Peladeau n’est pas mieux que son père... il est pire! Selon le Syndicat canadien de la fonction pu-blique (qui syndique bon nombre d’employéEs de l’empire Quebecor), les lock-out sont apparus depuis que le fils a pris les rennes de la compagnie. Dans les dix dernières années de la vie du père, il y a eu 3 lock-out chez Quebecor Media, tous au Journal de Montréal alors que... c’était le fils qui menait les négos! Depuis la mort du fondateur de l’empire, il y a eu 9 autres lock-out, dont certains très longs (un an chez Videotron).

Bref, Pierre-Karl est un patron de choc. Et ça se reflète dans toutes les sphères d’activités. Il n’y a pas que les syndiquéEs qui goûtent à sa médecine de cheval. Parlez-en au CRTC ou au Fonds canadien de la télévision.

Drette dans le mur?

Combien de temps l’empire pourra-t-il se payer le luxe d’un lock-out? Les journaux sont des bibittes fragiles, Quebecor devrait être bien placé pour le savoir puisque ses quotidiens ont commencé leur ascension à la faveur de grèves longues et dures à La Presse et au Soleil. Selon les chiffres de l’industrie, l’autre quotidien de la capitale a gagné plus de 26 000 lectrices et lecteurs depuis le début du lock-out. Combien de temps le lectorat et les annonceurs tolèreront-ils un Journal de Scabec mal écrit par «on ne sait trop qui» et mal imprimé «on ne sait trop où»? C’est déjà surprenant que ça ait duré jusqu’ici.

Une porte de sortie

Jusqu’à maintenant, les lockoutéEs du Journal de Québec ont fait preuve d’imagination et d’audace pour s’attirer et conserver la sympathie des gérants d’estrades radiophoniques et d’une opinion publique pourtant réputée pour son antisyndicalisme. Pas de piquetage, pas de vanda-lisme, une image de bons gars et de bonne filles, travaillant et propres sur eux. Comme dirait Anne Sylvestre, ça ne se voit pas du tout (que ce sont des syndiquéEs en lutte). Sauf que c’est insuffisant. Faudra trouver mieux pour augmenter la pression.

Ce sont les collègues de la compétition qui offrent la meilleure porte de sortie pour augmenter la pression. Depuis quelques mois, des journalistes expriment spontanément leur solidarité en refusant de travailler en présence de scabs de Canoe (dont les textes aboutissent dans le Journal de Scabec). Et ça marche! Au point où le Premier ministre s’est senti obligé de demander aux journalistes d’arrêter de le faire. Ce serait bête que la concurrence syndicale (la majorité des journalistes solidaires sont à la CSN) empêche les lockoutés de faire appel à la solidarité de classe. Après tout, le refus de collaborer avec des jaunes n’est-elle pas la plus vieille arme de l’arsenal syndical? À quand un mot d’ordre clair?

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Extrait de Cause commune no 19