ImmigrantEs, de grâce... Ne nous laissez pas seulEs avec les réacs !

Il faut donner du crédit à Mario Dumont. En bon politicien opportuniste et démagogue, le chef de l’ADQ avait flairé la bonne affaire en se présentant aux électeurs et aux électrices comme le champion de l’identité québécoise face aux dangereux « accommodements raisonnables ». Surfant sur la peur des uns et les préjugés des autres, Dumont a forcé la main de toute la classe politique en obligeant chacun des partis à se positionner sur son terrain.

En pleine campagne électorale, les libéraux improvisent la création d’une commission d’enquête chargée de prendre le pouls de la population sur cette épineuse question. Alors que la majorité des demandes d’accommodements proviennent de personnes nées au Québec, les deux co-présidents de la commission, les philosophes Charles Taylor et Gérard Bouchard, choisissent contre toute attente d’étendre le débat à la place des immigrant-e-s dans la société québécoise. Bien sûr, ce qui devait arriver arriva.

Depuis le début des consultations, pas un jour ne passe sans que ne se déverse un flot de commentaires racistes, méprisants et discriminatoires, relayé en direct par les principales chaînes d’information. Les réactionnaires de tous poils, décomplexés, partent en croisade contre ce qu’ils appellent « l’islamisation du Québec ». Rien de moins ! Il y a quelques années, il n’y avait guère que des groupuscules fascisants pour réclamer un moratoire sur l’immigration, pour soi-disant protéger les francophones contre l’assimilation au monde anglo-saxon. Dorénavant, ce discours est porté par un nombre croissant de personnes et de groupes, sous le fallacieux prétexte que l’intégration de certain-e-s immigrant-e-s est impossible en raison de facteurs culturels ou religieux. À peu de choses près, la nouvelle cheffe du Parti Québécois, Pauline Marois, va dans le même sens en proposant d’exclure les personnes qui ne parlent pas adéquatement le français de la « nationalité québécoise ». D’après l’une des éminences grises du PQ, l’universitaire Jean-François Lisée, cette proposition « répond (…) à la nécessité d’offrir une réponse aux inquiétudes identitaires qui troublent le Québec ». Loin de permettre une sortie de crise, le PQ jette en fait un peu d’huile sur le feu pour ne pas être en reste face au parti de Mario Dumont. Bien sûr, il se trouve des politiciens libéraux ou conservateurs pour se poser en défenseur de la diversité culturelle face à tous ces méchants «séparatistes» nostalgiques de la ceinture fléchée… Avant de sauter aux conclusions, n’oublions pas le calvaire infligé par les gouvernements, tous partis confondus, aux réfugiéEs. Le cas de Mohamed Cherfi et des sans-statuts algérienNEs est là pour nous rappeler à quel point l’État peut bafouer les droits les plus élémentaires lorsqu’il décide de punir un immigrant qui lui tient tête.

Dans ce contexte explosif, pas étonnant que de plus en plus de personnes immigrantes témoignent de l’hostilité dont elles sont victimes. Que se soit à cause de leur accent, de la couleur de leur peau, de leur nom de famille ou de certains signes distinctifs, les immigrant-e-s (les femmes en particulier) servent une fois de plus de boucs émissaires. En fait, comme l’a proclamé Janette Bertrand sur les ondes de Radio-Canada, ces gens ne doivent jamais oublier qu’ils sont « en visite chez nous ». Les immigrant-e-s doivent fermer leur gueule et plier l’échine. Tenez-vous le pour dit !

Face à ce délire xénophobe, nous refusons de fermer les yeux devant les attaques que subissent nos frères et nos sœurs, qu’ils/elles soient né-e-s ici ou ailleurs. Peu importe nos différences culturelles, peu importe la langue que nous parlons, nous partageons ensemble quelque chose de fondamental. Travailleurs, travailleuses, sans-emploi, précaires ou sans-statut, nous formons une seule et même classe, quoi qu’en disent ceux qui souhaitent nous dresser les uns contre les autres. Qui profite des divisions actuelles sur fond d’affrontement identitaire? Comme l’a résumé l’écrivain Dany Laferrière : « On voit uniquement des pauvres insulter d’autres pauvres. On leur laisse la parole, on leur laisse le débat sur l’identité. Alors, les pauvres se bouffent entre eux, pendant que le riche regarde tout ça de l’extérieur. Parce que lui – le riche – ne participe jamais à ce genre de débat sur l’identité : il est bien trop occupé à faire du fric… ».

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Extrait de Cause commune no 17