Perspectives internationales - Jeudi noir pour Sarko…

Grève contre les mesures antisociales d’un gouvernement ultra-libéral

De notre correspondant à Paris (en collaboration avec AL). - La situation sociale en France est très tendue depuis l’élection au printemps dernier de Nicolas Sarkozy. Minable et petit Président de la République, il a un égo surdimensionné qui le pousse à croire que son élection est une autorisation à mettre à sac l’ensemble des droits et des avantages durement acquis par les Français et les Françaises. Tout comme Charest l’a fait et continue de le faire, Sarko attaque partout et simultanément, que ce soit l’immigration (avec la loi sur les tests d’ADN[1]), le logement (de plus en plus de sans-logis devant vivre dans des chambres d’hôtels hors de prix), le travail (offensive contre les régimes spéciaux[2]) ou encore en éducation (avec la loi sur l’autonomie des universités[3]).

Qu’à cela ne tienne, les travailleurs et les travailleuses, les étudiants et les étudiantes, les mal-logéEs et les groupes de défense des sans-papiers ont entrepris de faire comprendre à Sarko que son élection ne voulait pas dire qu’il pouvait s’attaquer impunément à tous et à toutes ! Jeudi le 18 octobre, les syndicats ont donc appelé à l’ouverture d’un front social marquant la riposte. Des travailleurs et des travailleuses de plusieurs domaines, mais principalement du transport (SNCF, RATP…)[4] ont amorcé une journée de grève. Cette grève d’une journée allait-elle déborder dans un mouvement plus radical de grève reconductible? La direction de la CGT[5], le plus important syndicat français, annoncait qu’elle n’irait pas en grève reconductible. Chez les cheminots, SUD-Rail[6] (dans lequel nos camarades d’Alternative Libertaire (AL) sont assez influentEs) et FO[7] (réformiste et corrompu mais capable d’être parfois assez radical) et d’autres regroupements syndicaux appellent pour leur part à des grèves reconductibles. L’appel de la direction de la CGT a fait l’effet d’une douche froide sur les militantEs qui espéraient voir dans le 18 octobre une reprise des mouvements historiques de 1995 et 2003. Malgré tout, on remarque qu’à plusieurs endroits au sein de la CGT, des voix discordantes se font entendre et dépassent sur la gauche les mots d’ordre de la bureaucratie syndicale. Au moment d’écrire cet article, certaines assemblées générales appelaient à une reconduction pour une journée de la grève, mais tranquillement les services de transport reprenaient. L’avenir nous dira si la grève sera reconduite et surtout, si la reconductibilité sera suivie par les travailleurs et les travailleuses.

Les travailleurs et les travailleuses ont été rejointEs dans les manifestations par les étudiants et les étudiantes qui semblent eux et elles aussi déterminé-e-s à en découdre avec le pouvoir. Fort des erreurs commises lors de la mobilisation contre le CPE[8], certain-e-s étudiant-e-s s’organisent en vue d’un débrayage solidaire aux côtés de leur camarades travailleur-euse-s. Des AG de grèves sont prévues dans quelques fac et certains lycéens semblent également vouloir se joindre à la lutte. Par contre, la réponse dans les facs aux mobilisations est encore assez nébuleuse, tout comme chez les travailleur-euse-s. Beaucoup craignent de voir les perfides négociateurs de l’UNEF (l’équivalent français des corpos collabos que sont notre FECQ et notre FEUQ) trahir encore une fois le mouvement.

Question trahison, la FGAAC, un syndicat corporatiste (il syndique uniquement les conducteurs de trains) s’est désolidarisé des autres syndicats en négociant une entente permettant aux conducteurs seulement de sauver leurs avantages sur la question des régimes spéciaux de retraite. Aussitôt cette entente conclue ce syndicat a immédiatement retiré ses appels à la grève. Preuve que la collaboration et le corporatisme n’ont pas de frontières.

Pour le moment, il est trop tôt pour prédire le dénouement de ce vent d’agitation. Plusieurs possibilités existent. Soit le mouvement continue et prend de l’ampleur au point de venir une véritable fronde au visage du nabot présidentiel. Soit la grève cesse pour mieux en préparer une autre plus tard. Ou bien, tout rentre dans l’ordre, Sarko gagne et le mouvement se meurt. Il est évident que la NEFAC espère que les travailleurs, les travailleuses, les étudiants et les étudiantes ainsi que l’ensemble des victimes du petit Sarko se lèvent et se mobilisent en profitant du 18 octobre pour lancer un mouvement d’ampleur.

[1] Loi obligeant les ressortissants étrangers qui demandent le regroupement familial à passer un test d’ADN pour prouver leurs liens familiaux.
[2] Les régimes spéciaux sont en fait les plans de retraite de certains secteurs que le gouvernement Sarko tente en ce moment de restreindre, en repoussant l’age de la retraite.
[3] Loi facilitant la privatisation des universités en attribuant plus d’autonomie aux différentes universités, ce qui est semblable au projet d’habilitation des cégeps.
[4] Société Nationale des Chemins de Fers, et Régie Autonome des Transports Parisiens
[5] Confédération Générale du Travail
[6] Solidaire, Unitaire et Démocratique
[7] Force Ouvrière
[8] Contrat de Première Embauche, contrat permettant de virer plus facilement les nouveaux travailleurs et nouvelles travailleuses qui en sont à leur première présence sur le marché du travail

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Extrait de Cause commune no 17