Perspectives libertaires : Réclame ta rue…

Et la politique bordel!

Réclame ta rue, l’un des plus importants rassemblement libertaires de Québec, aura lieu une fois de plus à la Fête du travail. Il s’agit d’un grand happening « manifestif » où, après une marche, les participantEs libèrent un bout d’asphalte pour y organiser un gros party sauvage.

Outre la beauté du geste en soi et le thrill de bloquer la circulation ne serait-ce que pour une couple d’heures, toute dimension politique est malheureusment évacuée au profit de considérations logistiques et/ou festives. « Apportez-y ce que vous voulez y trouver ! » clame depuis toujours le tract appelant à Réclame ta rue. Comme on n’est jamais si bien servi que par soi même, voici quelques considérations politiques de notre cru.

Cauchemar urbain
À l’origine, Réclame ta rue est une idée importée de Grande-Bretagne. Là-bas, le mouvement est né en marge des luttes écologistes contre la construction de nouvelles autoroutes. Réclame ta rue, c’était surtout un pied de nez au « tout automobile », un rappel qu’ « une autre ville est possible ». Curieusement, cet aspect des choses a été délaissé alors que le contexte québécois s’y prêtait pourtant à merveille.

Québec, c’est pas mal le summum de la dictature automobile. Imaginez : même en démolissant les bretelles qui finissent dans un mur, la capitale a quand même 22 km d’autoroutes par 100 000 habitants comparativement à 8 km pour Montréal et à 7 km à Toronto. L’étalement urbain a des conséquences terribles: sans voitures, les gens sont prisonniers de leurs lointaines banlieues. Résultat : seulement 13% des ménages se passent de bagnole.

Repenser la ville
En ville, l’automobile prend toute la place et pourrit la vie des habitantEs. Circulation de transit, problèmes de stationnement, vitesse et pollution : c’est la totale. Il y a urgence d’organiser une révolte contre la mauvaise organisation de la ville en général et des transports en particulier. Et dans cette ville, une telle révolte implique de s’attaquer à la classe politique. La mairie, que ce soit sous Jean-Paul Lallier ou feu Andrée P. Boucher, bloque tout projet un tant soit peu ambitieux en matière de transport (ex. : l’opposition au projet de tramway). Les politicienNEs doivent trouver face à eux et elles autre chose que des lobbyistes dont le jupon partisan dépasse un peu trop.

La ville n’est pas le carré de sable des automobilistes, c’est un lieu de vie. Il faut le rappeler. Les anarchistes ont des propositions concrètes à amener. Il est urgent de soutenir les « luttes » actuelles qui se mènent sur le transport : que ce soit la question du tramway, de la place des cyclistes, des piétons, le projet de «Rue partagée» dans Saint-Jean-Baptiste, etc. Il faut aussi aller plus loin et parler de la gratuité du transport en commun, de la restriction de l’accès automobile aux quartiers résidentiels et au centre-ville et, à terme, de la socialisation complète des transports.

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Extrait de Cause commune no 16