Perspectives libertaires sur la Grève étudiante

Plus tôt cette année, le gouvernement du Parti libéral a dégelé les frais de scolarité, provoquant une hausse du coût des études post-secondaires qui sera en vigueur dès cet automne. C’est sans surprise que l’Association pour une solidarité syndicale étudiante (ASSÉ) a lancé un appel clair à la grève. Au même moment, les fédérations étudiantes (FECQ/FEUQ) fidèles à leurs tactiques opportunistes qui consistent à attendre et à surfer sur la vague, n’ont lancé aucun appel en faveur, ou non, de la grève.

Au niveau des revendications, le mouvement est polarisé entre un camp qui privilégie le retour au gel des frais de scolarité et un autre qui réclame immédiatement et sans concession la gratuité scolaire. À la NEFAC, en tant que communistes libertaires, nous croyons que la gratuité scolaire est non seulement la revendication qui politiquement est la plus pertinente mais aussi celle qui reflète le mieux nos positions dans la pratique. Concrètement, un gel des frais de scolarité sans l’élimination des frais afférents, qui ne cessent d’augmenter depuis quelques années, ne réduira en rien la facture finale qu’il faudra payer.

La prochaine grève étudiante, si elle a lieu, donnera une fois de plus aux libertaires l’occasion de mettre à l’épreuve notre principale structure d’organisation sociale et politique, c’est-à-dire la démocratie directe. Nous savons que les assemblées générales des associations étudiantes, par leur radicalité, sont des lieux d’échange, d’élaboration de contre-pouvoirs et d’auto-organisation dans les luttes. Cependant, nous sommes conscientEs qu’elles ne sont pas toujours représentatives, lorsqu’on considère la population étudiante dans son ensemble, et que leurs décisions et mandats ne sont pas toujours suivis. Un appel à une participation massive dans les processus de démocratie directe et à la défense de la souveraineté des assemblées s’impose donc et s’avère essentiel afin de radicaliser la lutte.

En ce qui concerne les actions à entreprendre, nous prônons la diversité des tactiques, non pas pour que chacun-e ait la liberté d’agir à sa guise dans les manifestations sans penser aux autres, mais dans la perspective où cette grève nécessitera une multitude de moyens et d’actions afin de battre le gouvernement. Il est donc plus que nécessaire pour les étudiantEs de s’organiser. Un bilan de la participation des libertaires à la grève de 2005 démontre que même si un noyau dur de quelques dizaines d’irréductibles a pu mener à terme plusieurs actions directes, elles n’ont cependant pas été suivies par une masse critique et ont contribué à un certain isolement de notre tendance dans la grève. Cette fois-ci, nous suggérons de doser davantage entre les coups d’éclat et les mobilisations de masse, afin d’empêcher de céder tout le terrain de ces dernières aux dirigeant-e-s du mouvement.

Appui à l’ASSÉ
Finalement, nous ne pouvons nous prononcer sur la grève étudiante sans donner notre appui à L’ASSÉ et faire connaître notredésapprobation face à la FECQ/FEUQ. L’ASSÉ s’inscrit dans la tradition du syndicalisme étudiant de combat au Québec, et cherche non seulement à changer radicalement le système d’éducation, mais aussi à initier tout un débat de société autour de nos revendications politiques et économiques. La FECQ/FEUQ, comme appareils, sont manipulés par la classe dominante et chercheront, comme en 1996 et 2005, à intégrer la grève dans une logique de gestion des problèmes sociaux et à la diluer ou même la saborder si nécessaire.

Au Québec, nous avons un mouvement étudiant qui par son ampleur et son dynamisme n’a pas d’égal dans le reste du Canada ni même aux Etats-Unis. Un nouveau chapitre de son histoire et de sa lutte se met en branle cette année. Aux étudiantEs d’en faire une victoire.

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Extrait de Cause commune no 16