L’auteur Cesare Battisti est un ancien militant d’extrême gauche ayant participé aux « années de plomb » italiennes. Dans le milieu des années ‘70, il devient membre du groupe «Prolétaires armés pour le communisme », un groupe gravitant dans la tendance plus libertaire de Lotta Continua, qui se revendiquait de l’Autonomie Ouvrière. Il est arrêté à la fin des années ‘70, dans le cadre de l’état d’urgence décrété par le gouvernement italien. Après une large offensive « anti-terroriste », l’Italie se retrouvera avec 4087 activistes de gauche appartenant à des
« associations subversives » ou « bandes armées » condamnés pour des « faits liés à des tentatives de subversion de l’ordre constitutionnel ». De ce nombre en 2004, 224 étaient encore incarcérés et 190 en exil (1). En 1981, Battisti parviendra à s’évader vers la France, à pied à travers les Alpes, s’exilera ensuite au Mexique, s’y liera d’amitié avec le sous commandant Marcos, puis, après divers boulots, deviendra écrivain. Dans les années ‘90, il retournera en France après l’amnistie offerte par Mitterand. En 1993, Battisti a été condamné par le gouvernement italien à la perpétuité pour quatre «homicides aggravés» commis en 1978 et 1979, qu’il a d’ailleurs toujours niés avoir fait. La France tentera de l’extrader en 2004 vers l’Italie, il s’enfuira et sera de nouveau arrêté en 2007 au Brésil. Depuis mars, il est en attente d’une décision de la Cour suprême brésilienne sur son extradition en Italie.
Battisti est l’auteur, entre autre, de quelques polars et de plusieurs romans ayant pour thème principal les années de plomb. Sa trilogie quasi autobiographique L’ombre Rouge, Buena Onda et les Habits d’Ombre serait inspirée en bonne partie par son expérience dans les groupes armés. Une partie de sa bibliographie vient d’ailleurs d’être rééditée en format poche. Le dernier en liste est Le Cargo Sentimental. Un roman, qui selon Battisti, n’est aucunement biographique.
Il y raconte l’histoire d’un ancien militant exilé à Paris qui se remémore son enfance au sein d’une famille pauvre, et de son père qui fut un résistant malgré lui. C’est la nostalgie de Sylvana, son premier amour, une camarade de lutte qui tomba enceinte et le quitta sans aucune explication. À Paris, de nombreuses années plus tard, il apprendra sa mort et partira à la recherche de sa fille. On voit défiler à travers ce roman trois générations de militants, des résistants antifascistes aux militants antimondialisation en passant par les groupes armés des années de plomb. Il tente donc, à travers ce récit de 278 pages, de démontrer l’esprit de continuité intergénérationnel des luttes. Bref, un bon roman, pour ceux qui ont le goût de profiter de l’été des indiens sans sombrer dans la futilité et le consumérisme d’Harry Potteux. Et si vous aimez Le Cargo Sentimental, lisez la trilogie, ça en vaut le coup, surtout si vous êtes intéressé par l’histoire des années de plomb.
BATTISTI Cesare, Le Cargo Sentimental, Collections Arcanes, Éditions Joelle Losfeld.
1) SOMMIER, I. « Les années de plomb » : un « passé qui ne passe pas ». MOUVEMENTS N°27/28, 2003.
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Extrait de Cause commune no 16
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