Stephen Harper, Georges W. Bush et Felipe Calderón se sont réunit à Montebello les 20 et 21 août dernier pour signer le Partenariat nord-américain pour la sécurité et la prospérité (PSP). Des lecteurs nous ont fait parvenir ce texte afin de « profiter de ces colonnes pour discuter, loin du huis clos tricéphale présidentiel, de ce que signifie la prospérité et la sécurité dans le monde d’aujourd’hui ».
La prospérité
Confondant la sécurité et la prospérité, le PSP s’inscrit d’emblée comme un prolongement sécuritaire de l’ALENA. Ce nouveau partenariat vient ainsi ajouter un volet sécuritaire aux Accords de libre-échange nord-américain. Mais de quelle prospérité parle-t-on ? De celle de l’État ? De la société ? Des individus ? Non. Mais bien de la prospérité des grandes corporations transnationales. La seule nouveauté consiste en fait à donner un nouvel élan aux compagnies qui pourront désormais profiter de la déréglementation sans borne du juteux marché que représente aujourd’hui celui de la « sécurité ». Un marché qui, par ailleurs, se nourrit allègrement de la guerre néo-impériale que mènent actuellement les grandes puissances occidentales (Israél incluse).
Le complexe militaro-industriel et les compagnies de service de sécurité comme Halliburton (anciennement dirigée par Dick Cheney) profitent à souhait des mannes ouvertes par l’explosion des budgets militaires (450 milliards de dollars en Irak seulement) et de la sécurité. À cela s’ajoute de véritables butins de guerre comme les pipelines afghans, l’exploitation des champs pétroliers irakiens par les compagnies américaines ou encore l’argent de l’opium en Afghanistan. Certes, pour ces entreprises, sécurité et prospérité vont bien de pair.
La sécurité
En 1984, Mme Thatcher déclarait qu’Orwell s’était trompé, et que la Grande-Bretagne demeurait un pays d’espoir et de liberté. Pourtant la nouvelle doctrine sécuritaire, qui a trouvé sa grande justification dans les événements du 11 septembre 2001, entraîne un pullulement d’initiatives qui restreignent les droits et libertés dans les «démocraties occidentales». La présomption d’innocence des citoyenNEs a été remplacée par un système de surveillance généralisée dont la prémisse est la culpabilité potentielle de tout individu «libre». Le Patriot Act (qui autorise les écoutes téléphoniques des particuliers), l’enregistrement de toutes les communications Internet en Europe et en Amérique du Nord, l’installation de 5 millions de caméras en Grande-Bretagne et les perquisitions des médias indépendants n’en sont que quelques tristes illustrations.
Les frontières de la «forteresse occidentale» se matérialisent par des mécanismes de plus en plus étanches, voire même par des murs comme celui érigé par les États-Unis à la frontière du Mexique (pays qui pourtant a dénoncé pendant plus de 30 ans l’inhumanité du Rideau de Fer soviétique) ou le mur construit par Israël en Cisjordanie. Alors que l’Europe délègue au Maghreb la gestion de son flux migratoire dans des conditions incompatibles avec les droits humains, l’Amérique du Nord, quant à elle, teste sur ces nouveaux immigrants (une partie croissante de sa population) des dispositifs de sécurité de plus en plus invasifs (données biométriques, cartes de résident permanent, visa H1-B, création du Home Land Security, etc.). Ces dispositifs sont appelés à se généraliser à toute la population notamment au Canada.
Au niveau mondial, on assiste à une véritable convergence des mesures sécuritaires. L’Occident collabore activement avec tout régime politique susceptible de maintenir l’ordre du monde néo-colonial (dictature militaire pakistanaise, junte malaisienne, PC Chinois, ou toutes autres républiques de bananes d’Amérique latine, d’Afrique ou d’Europe de l’Est). Aux plans tant économique (coopération positive avec la Chine, soutien aux dictatures), que technique (aide des grandes multinationales américaines à la censure en Chine, en Arabie Saoudite, etc.) et politique (à savoir le PSP), se met ainsi rapidement en place une «mondialisation sécuritaire».
Le climat de guerre perpétuelle constitue également un prétexte de premier plan à la construction de systèmes de justice extrajudiciaires dans lesquels la convention de Genève est bafouée. L’édification des prisons de Guantanamo et d’Abu Ghraib, le jugement des droits civils par des tribunaux militaires, l’enlèvement de suspects, l’instauration de prisons secrètes et le recours à la torture n’en sont que quelques exemples. Bref, la doctrine néo-libérale et l’obsession sécuritaire inhérentes au PSP entraînent ipso facto une redéfinition radicale des droits fondamentaux, et ce, aux quatre coins de la planète : en Occident comme dans sa périphérie directe, ou dans le Tiers-monde, ces zones de « non-droit » perçues comme de simples ateliers ou réservoirs de ressources naturelles.
Des alternatives ?
Pourtant, d’autres politiques sont possibles et même souhaitables. Elles peuvent apparaître utopiques aujourd’hui, mais demeurent encore pour beaucoup la seule voie possible. Partager équitablement les richesses de ce monde, favoriser la démocratie directe, l’autodétermination, les droits et libertés, promouvoir la santé, l’éducation, des relations commerciales équitables et solidaires, promouvoir le droit des travailleurs, l’autogestion, l’égalité des genres, le désarmement, le respect de l’environnement, etc. Ce sont dans toutes ces avenues que ceux et celles qui ont manifesté contre le PSP aimeraient chercher une solution et non dans celles d’un délire sécuritaire et d’une prospérité néo-libérale réservée aux marchands de canons.
Le concombre masqué et Handalah
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Extrait du numéro 16 de Cause commune
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