Le vote pour le populisme, un acte de contestation douteux - Ok, là on fait quoi ?
Maintenant on fait quoi ? C’est ce que beaucoup de gens se sont dit en constatant les résultats des dernières élections provinciales. Si la plupart voient un vent de droite dans la réélection de Charest et la montée fulgurante de l’ADQ, d’autres constatent plutôt à quel point les élections sont un simulacre de démocratie.
C’est que l’ensemble de la campagne électorale est vécue par les citoyens par le biais des médias qui, par leur analyse, filtrent les informations, volontairement ou pas. La meilleure preuve est sans doute l’attitude de Radio-Canada lorsque Québec Solidaire a sorti son cadre financier, la journaliste mentionnant qu’un économiste de gauche n’était pas d’accord avec leurs propositions. Est-ce qu’ils mentionnent la couleur politique des autres économistes quand ceux-ci sont de droite ? Non. Les médias ont certainement eu un rôle décisif sur la campagne électorale. Non seulement par leur couverture des élections, la place accordée aux différents partis, le manque de profondeur d’analyse etc. mais aussi par les dossiers couverts tout au long de l’année.
Toutefois, il reste que le processus de déléguer l’ensemble de notre pouvoir de décider, donner un chèque en blanc, à des élus pour la durée de leur mandat ne fait aucun sens selon nous. C’est pourquoi nous avons participé à la campagne «Nous on vote pas» avec le RAME où il s’agissait principalement de dénoncer le cirque électoral, d’appeler les gens à s’organiser dans les différents groupes sociaux et syndicats et de mettre de l’avant notre modèle de société. C’est que les élections, loin d’être un lieu de débats et d’interactions au sein de la population, ne sont au final qu’un concours d’image où les gens font un choix individuel plutôt que collectif. Le résultat est le même à chaque fois, les grands partis représentent tous les mêmes intérêts, ceux de la classe dirigeante et des entreprises au dépend de ceux des travailleurs et des travailleuses. Ils ne s’opposent que sur la manière de le faire, pour favoriser telle faction de la bourgeoisie plutôt que telle autre.
Loin d’être le résultat uniquement des «radios poubelles» de la région de Québec, le vote massif pour l’ADQ et le populisme est vu par plusieurs comme une contestation, dans le cadre électoral évidemment, des partis traditionnels pour lesquels la population n’a plus aucune confiance. Mais il ne faut pas se leurrer: si hier l’ADQ était un tiers parti, «un vent d’air frais» en politique, il deviendra bien assez vite un « parti traditionnel » qui fait son lot de promesses électorales pour s’en défaire une fois arrivé au pouvoir. Présentement, Super Mario a le beau jeu: il peut bien faire et dire ce qu’il veut avec son bras droit et ancien président du conseil du patronat; mais on sait très bien qui ils défendront une fois au pouvoir, comme tous les autres. Il est certain que le chef charismatique de l’ADQ a réussi son pari en gagnant autant de sièges un peu partout au Québec chez un électorat hétérogène. Ce n’est pas en mettant de l’avant un programme construit et cohérent mais bien en jouant la carte du populisme, en touchant les cordes sensibles des gens : famille, immigration, « B.S. » et maudits syndiqués, que Mario Dumont s’est construit une image de bon père de famille, capable de gérer les affaires de tout le monde et d’épargner la mythique classe moyenne. Quand les gens verront pour quoi ils ont vraiment voté, on verra peut-être l’apparition d’un autre mouvement «On a jamais voté pour ça», comme après l’élection de Charest. Eh oui c’est pour ça que vous avez voté !
Il est évident qu’avec la composition du gouvernement actuel, un ensemble de droits économiques et sociaux seront remis en question. Le maintien d’un réseau de santé gratuit, public et de qualité, est loin d’être assuré étant donné la mise en place de cliniques privées pour effectuer certaines chirurgies. Le dégel des frais de scolarité est maintenant annoncé officiellement par le gouvernement. Espérons que nous verrons le mouvement étudiant être capable de défendre l’accessibilité à une éducation de qualité. Nous pouvons aussi nous attendre à de nouvelles hausses des tarifs d’électricité pour s’ajouter à une augmentation de 13,5% en 3 ans et pourquoi pas, d’autres hausses de prix pour le transport en commun aussi. Le ministre de la
solidarité sociale (hah !) montre aussi ses couleurs : « les B.S. » qui gagnent déjà 548$ par mois (rien de trop beau pour la classe ouvrière !) sont trop bien traités et devraient voir leurs prestations coupées. Ça va être beau !
Il ne nous reste donc qu’à redoubler d’ardeur pour défendre nos droits contre les attaques de l’État et du patronat en s’organisant dans nos comités de quartier, nos syndicats étudiants ou non, et nos groupes populaires. Le pouvoir est dans la rue, pas dans les urnes !
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Extrait du numéro 14 de Cause commune, le journal de la NEFAC au Québec.
