Sur les lignes... Chronique syndicale
1er mai syndical : fête du travail?
Nos pas, nos cris, unis pour la démocratie : c’est le titre du rassemblement du 1er mai pour 2007. Si les syndicats se sont affairés à trouver un thème évocateur, ils se sont beaucoup moins attardés à mettre en place un plan d’action musclé pour le défendre. Le 1er mai des syndicats, c’est maintenant surtout l’apologie de la fête du travail. Pendant que les plus précaires sont au travail en remplacement des travailleurs et des travailleuses à temps régulier (le 1er mai est d’ailleurs un congé payé obligatoire chez quelques syndicats de la fonction publique mais le travail, lui, ne chôme pas) et que les plus pauvres ne peuvent tout simplement pas se déplacer pour se rendre au point de rendez-vous, les syndicats, eux, n’organisent même pas une manifestation. C’est un rassemblement, un point c’est tout.
Une campagne faible
Depuis les coupures drastiques des gouvernements successifs, et d’ailleurs beaucoup plus particulièrement depuis l’affront général de Charest à la légitimité syndicale, les syndicats ne savent plus sur quel pied danser. Le 1er mai a été l’occasion de démontrer une forte présence des travailleurs et des travailleuses, 100 000 personnes étant dans les rues en 2004. Pourtant, le 1er mai prend davantage des allures de fête que de combat : slogans transformés en chansons rigolotes et fête organisée au Kola Note le soir sont de la partie. C’est à se demander pourquoi il est encore souligné par les centrales syndicales. Mais qu’est-ce que nous fêtons au juste? L’heure est-il réellement à la fête, chers syndicats?! La dénonciation de l’appauvrissement tandis que les plus riches s’en mettent toujours plein les poches ne peut trouver écho que par une mobilisation massive et musclée.
Les centrales syndicales et les groupes sociaux de la table de concertation qui organise le rassemblement ont voulu tabler cette année sur un plan d’action très large autours du thème de la démocratie. Visiblement, le gouvernement Charest est loin de la logique concertationniste péquiste qui octroyait davantage de poids décisionnel aux têtes dirigeantes syndicales. Derrière ces revendications faiblement argumentées –critiquer la démocratie sans remettre de l’avant la différence entre démocratie directe et représentative est évocateur d’une incompréhension du pouvoir politique- se tient une campagne tout aussi faiblement organisée. Nul-le n’en doute, il ne manquera pas de sifflet au rassemblement, ni de cocktail à la soirée dansante. Mais où sont les occupations des bureaux de ministres qui votent pour des projets de loi anti- syndicaux, les actions directes contre les bureaux de fonctionnaires qui appliquent les coupures et les manifestations pour dénoncer les attaques répétées contre les droits des travailleurs et des travailleuses?
Un 1er mai le 1er mai !
Au moins, cette année, après avoir été critiqués de toute part, les syndicats sont revenus à la raison en organisant un rassemblement la journée même du 1er mai. Le 1er mai, après tout, ça ne se fête pas le 30 avril! Rappelons-nous que c’est avant tout pour des considérations logistiques que les groupes organisateurs avaient l’an dernier décidé de devancer les activités de la «Journée internationale des travailleurs et des travailleuses». Alors que partout dans le monde, les exploité-e-s manifestaient leur mécontentement à la classe politique et économique le 1er mai même, ici, au Québec, les difficultés entourant de possibles journée de grève et la répression qui s’ensuit de facto ont eu raison de la solidarité syndicale. La peur des représailles est bien ancrée dans toute décision des élu-e-s et employé-e-s, à un point tel qu’elle prime sur les principes de base de tout syndicat. Les travailleuses et les travailleurs, pour leur part, ont assez gueulé contre cette incongruité pour que le 1er mai soit cette année la bonne journée.
Regain syndical?
Seule lumière au bout du tunnel, une rumeur circule à l’effet que les professeur-e-s du Cégep de Rimouski oseront peut-être en 2007 faire une journée de grève le 1er mai, défiant ainsi la Loi C-43, mieux connue comme le projet de loi 142 (décrétant les conventions collectives de la fonction publique et interdisant les moyens de pression traditionnels). L’administration locale utilisera-t-elle la même tactique que celle du cégep du Vieux-Montréal lors du 1er mai dernier en décrétant une journée pédagogique pour ne pas tergiverser avec les interprétations de la loi, de peur d’un côté de soulever la colère des étudiants et des étudiantes qui avaient voté une journée de grève et de l’autre, de leurs supérieur-e-s hiérarchiques? L’avenir nous le dira.
Chose certaine, les grandes centrales syndicales sont loin d’apporter de l’eau au moulin lorsqu’il est question de faire un retour au syndicalisme combatif. Peur d’être pris à la gorge par les médias qui ne font qu’une bouchée de tout mouvement social combatif, peur d’être pris à la gorge par les gouvernements qui votent comme bon leur semble des mesures répressives et peur d’être pris à la gorge par leurs propres membres conservateurs et libéraux, elles ne savent plus ramener sur la place publique des débats de fond. La démocratie représentative et bureaucratique semble bien avoir ramené tout beau principe progressiste si chèrement défendu par les syndicats d’autrefois vers un syndicalisme de service qui tient loin de lui tout conflit avec le gouvernement.
Pour quelques informations sur l’organisation de 1er mai, vous pouvez entre autres consulter le site de la CSN ou le site de la FTQ.
==
En conflit...
Au moment d’écrire ces lignes, le 27 avril, il y avait au moins 289 prolos en grève ou en lock-out au Québec
==
Extrait du numéro 14 de Cause commune, le journal francophone de la NEFAC.
