Zizique - Deux come-back rouge et noir

Deux monstres sacrés de la musique engagée franco-française tendance anar ont sorti des disques cette année après une très longue absence. Les bacs des disquaires se sont en effet enrichis coup sur coup de nouveaux albums de Renaud et de Bérurier noir.

Le retour du chanteur énervant

Après un passage à vide cynique et anti-politique (Boucan d’enfer) qui faisait suite à un réformisme moche (l’anarcho-mitterandisme...), Renaud renoue dans Rouge sang avec ses vieilles racines anars. Entre plusieurs chansons d’amour, un peu d’humour et de portrait du quotidien, Renaud a « retrouvé son flingue » (c’est lui qui le dit) pour « dénoncer le conformisme des nantis et l’ignorance des gens de rien » (« qui imaginent changer l’histoire en votant pour quelques gangsters, en déléguant tous les pouvoirs à des politiciens pervers »), écorcher les bo-bo (bourgeois-bohêmes), dénoncer les fachos (« qui votent Sarko! »), « l’Amérique du grand capital », les « putain d’églises à la con » et « notre époque télémerdique ». On a dit dans les grands journaux que les textes politiques de ce disque de Renaud étaient faciles et trop gô-gôche (traduction : trop radicaux)… C’est peut-être vrai mais avouons que ça fait du bien de voir le chanteur retomber sur ses pattes et renouer avec la chanson engagée et hargneuse. Ne gâchons pas notre plaisir. Ça fait un peu l’effet de retrouver un vieux copain qui avait mal viré. Ce n’est pas le meilleur Renaud, il fausse encore même si c’est moins pire depuis qu’il a arrêté de fumer, mais on est loin des merdes des dernières années. Les fans inconditionnels (un peu plus en moyen aussi) seront heureux de savoir qu’une édition spéciale sur deux disques (contenant plusieurs protest-song inédites) est sortie avec une petite bédé. Rouge sang.

Les Béruriers sont les rois!

Il fallait s’y attendre, après le retour sur scène et les deux DVD d’archives, les vétérans du rock alternatif français Bérurier Noir ont eu envie de sortir un nouveau disque. C’est maintenant chose faite avec Invisible. C’est dans le ton du groupe (personne ne sera dépaysé) mais ça a perdu un peu de sa puissance. La force de Bérurier noir c’était d’être en phase avec un certain mouvement de la jeunesse, de parler d’une réalité qu’ils vivaient. Bérurier noir étaient « vrais ». Ils le sont toujours autant mais, bon, ils ne sont plus jeunes et le mouvement a comme qui dirait reflué… Résultat, beaucoup moins de quotidien et de chanson d’actualité et beaucoup plus de lyrisme et d’imaginaire. Un imaginaire un peu bizz, en passant, nostalgique d’un certain âge d’or (Le Serf, Le Druide et Le Loup???). Dur de dire si c’est nous ou eux qui sont déconnectés mais on « communie » un peu moins que dans le temps. Peut-être que les primitivistes et les écolos radicaux tripperont plus (quoi que ça risque d’être encore trop rouge pour eux…)? Au moins on est sûr que c’est par plaisir et non pour l’argent qu’ils font leur revival (sont encore sur leur propre étiquette indépendante… y’a des choses qui ne changent pas). Folklore de la Zone Mondiale.

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Extrait du numéro 13 de Cause commune, le journal de la NEFAC au Québec.