Sur les lignes... Chronique syndicale

Montréal : la lutte se poursuit à la charcuterie Bens

Les grévistes de la charcuterie Bens de Montréal ont à nouveau érigé une ligne de piquetage au début janvier, malgré la fermeture annoncée en décembre par les propriétaires du restaurant.

Les 22 membres du Syndicat des travailleuses et travailleurs de la charcuterie Bens (CSN) n’ont toujours pas reçu un avis officiel à cet effet de la part de l’employeur. Les héritiers de Bens ont émis un communiqué de presse le 15 décembre dernier annonçant la fermeture et le don des équipements du restaurant à un musée montréalais.

Pour les syndiqué-e-s, un communiqué de presse n’est cependant pas une preuve de fermeture. Il n’y a pas eu de vente ni de location de la bâtisse ou de ses équipements et l’employeur détient toujours son permis de restauration.

« Nous poursuivrons notre lutte pour sauvegarder cette institution historique tant et aussi longtemps qu’il nous restera une lueur d’espoir, a insisté le président du syndicat, Charles Mendoza. Nous n’allons pas nous laisser avoir par ce qui est, à mes yeux, une tactique patronale. »

Les employé-e-s sont en grève depuis le 20 juillet pour tenter de forcer les propriétaires à faire des investissements minimes afin d’assurer la survie du restaurant dans des conditions raisonnables. Ils revendiquent des choses aussi essentielles qu’un nombre suffisant d’employé-es, un minimum de stabilité dans les horaires de travail, le respect de leur ancienneté, un chauffage adéquat en hiver et la climatisation en été, et l’achat d’ustensiles et de vaisselle pour le restaurant, et ce, de façon à pouvoir offrir un service de qualité aux clients.

Le syndicat a lançé une campagne de sauvegarde. Vous pouvez d’ailleurs signer une pétition en ligne sur le site de la CSN (c’est dans la colonne de droite de la page). Les syndiqué-e-s ont également un site.

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Trahison à la FSSS

Du 14 au 17 novembre, la FSSS (Fédération de la santé et des services sociaux-CSN) tenait un conseil fédéral sur les structures de la fédération. Encore une fois, les centrales syndicales ont pu démontrer leur caractère anti-démocratique et corporatiste. En effet, la FSSS sentant qu’elle perd du terrain au niveau des employéEs professionnelLEs,
ainsi que pour mieux s’adapter à la nouvelle réalité de la loi 30 (loi imposant la restructuration des syndicats, des travailleurs et travailleuses en quatre catégories distinctes), décida de faire des modifications profondes de ses structures. La FSSS, qui était un syndicat industriel (syndicat regroupant toutes les catégories de travailleurs et travailleuses), est dorénavant un syndicat de métier (syndicat regroupant les travailleurs et travailleuses par catégories et de façon autonome).

Débutons tout d’abord avec le déroulement du congrès. Il est important de signifier que les 700 déléguéEs prirent connaissance des 16 propositions de changement 15 minutes avant le début de la rencontre. Ce qui nous porte à croire que les têtes syndicales ne voulaient pas laisser la possibilité aux déléguéEs de faire des modifications aux propositions apportées par le bureau fédéral. De plus, tout au long du congrès, le président adopta une attitude condescendante envers les déléguéEs qui étaient contre ces changements de structures, afin de bien faire comprendre au reste du congrès qu’il n’y avait pas vraiment de chance de renverser la vapeur.

Mais quelles sont les conséquences réelles de ce changement de structure? Tout d’abord, la modification la plus importante est la pleine autonomie de négociation pour les quatre secteurs d’emplois imposés par la loi 30. Ainsi, la FSSS devra maintenant s’entendre entre ses différents secteurs sur ce qui est à négocier en commun, en plus de s’entendre avec les autres centrales sur ce qui est à négocier en front commun. De cette façon, nous verrons donc apparaître un corporatisme de la part des secteurs les plus qualifiés, tandis que les secteurs les moins qualifiés vont se retrouver à négocier seuls alors que c’est aucunement dans leur intérêt. Encore une fois, l’histoire se répète en voyant les employéEs les plus qualifiéEs laisser tomber les employéEs les moins qualifiéEs. Ces changements entraîneront sans aucun doute une désunion des employéEs de l’État, face à un patron tout puissant qui n’a aucune pitié pour ses salarié-e-s.

Ces modifications ont été faites par les têtes syndicales, qui défendent des intérêts corporatistes plutôt que l’intérêt général de la classe ouvrière. Ces modifications entraînent également un recul historique important, car c’est cette même fédération qui gagna la table de négociation commune lors du premier Front commun en 1972 : à l’époque elle considérait que c’était avec une classe ouvrière unie sous une seule bannière qu’il était possible d’avoir des gains sociaux importants. C’est ainsi que nous pouvons considérer qu’il y a eu trahison de la part des têtes syndicales envers la classe ouvrière, afin de défendre les intérêts d’une petite tranche de son membership, mais une tranche oh! combien payante.

Un délégué au Congrès et membre de la NEFAC.

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Nexans toujours en grève...

Le 13 décembre dernier, la multinationale Nexans s’est payée une pleine page de pub dans les quotidiens de la capitale. Elle y détaillait la proposition sur laquelle ses syndiqué-es en grève devait voter (suite à une ordonnance de la Commission des relations de travail (CRT). Curieux (et coûteux) procédé... Le résultat de la manoeuvre a été désastreux pour la compagnie. Les grévistes ont en effet rejeté à 94 % les offres patronales et le protocole de retour au travail (alors que le vote de grève d’origine avait été pris à 93%!). Avis aux intéressé-e-s, les grévistes ont un blogue.

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Le Journal du lock-out

Vous ne le saviez peut-être pas mais les ouvriers du Journal de Montréal sont en lock-out actuellement (après 20 semaines de grève). C’est l’occasion pour l’un d’eux, Réal Asselin, un mécanicien à l’emploi du Journal depuis 21 ans, de sortir son clavier et d’écrire le Journal du lock-out. Loin de la langue de bois, ce blogue ouvrier permet de découvrir un syndicaliste fier et toute une communauté de travailleurs et de travailleuses qui se tiennent debout et manifestent une solide conscience de classe (y’a qu’à lire les commentaires!). À visiter.

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Un nouveau syndicat à l’Université Laval

Félicitation aux employéEs étudiantEs de l’Université Laval qui viennent d’obtenir une accréditation syndicale après deux ans de campagne. En effet, 74% des auxiliaires de recherche et d’enseignement ont voté en faveur de l’adhésion à l’Alliance de la Fonction publique du Canada (AFPC-FTQ).

Le nouveau syndicat s’est déjà fixé des objectifs prioritaires : l’abolition du salaire d’été, la rémunération de toutes les heures de travail effectuées, des hausses salariales convenables, des conditions de travail sécuritaires et la protection de la propriété intellectuelle.

Pas juste à l’Université Laval

L’AFPC a syndiqué beaucoup de jeunes précaires depuis cinq ans (près de 7 000 dans les campus de la province). Outre l’Université Laval, l’AFPC représente de nouveaux syndicats d’employéEs étudiantEs à l’Université du Québec à Montréal et à l’Université Concordia et s’emploie actuellement à syndiquer ceux et celles de l’Université de Montréal et de l’Université du Québec en Outaouais. Soulignons qu’il s’agit là de la plus importante campagne de syndicalisation de la décennie dans la province. Disons que ça contraste avec la pratique habituelle qui consiste à se voler des membres entre syndicats plutôt que de syndiquer des gens qui ne le sont pas déjà (quoi que... La campagne fut entachée pendant un moment par ce qui ressemblait fort à une guerre de centrales (la CSN était également sur les rangs).

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En conflit...

Au moment d’écrire ces lignes, le 12 janvier, il y avait au moins 866 prolos en grève ou en lock-out au Québec

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Extrait du numéro 12 de Cause commune, le journal de la NEFAC au Québec.