PARC NATIONAL À VENDRE

Le gouvernement Charest vient de déposer le projet de loi 23 afin de privatiser une partie du parc national du Mont-Orford en Estrie. Cette loi prévoit céder au plus offrant le centre de ski et le terrain de golf du parc « en raison de leur vocation récréative intensive »1. Ainsi, la privatisation de ces terrains est justifiée par le fait que leur intégrité et leur valeur écologique ont déjà souffert. L'influence du privé n'est pas nouvelle dans le Parc du Mont Orford. Au cours des dernières années, un développement de chalets (Orford-sur-le-Lac), des projets de condos et des centres touristiques ont vu le jour aux frontières du parc, sans parler qu'un organisme privé, Les Sentiers de l'Estrie Inc, s'est fait donner la responsabilité de la gestion des sentiers dans une partie importante du Parc. Le nouveau ministre du « développement durable » argumente que l'affluence humaine a détérioré le secteur qu'il s'apprête à vendre et qu'il a perdu sa « valeur écologique ». Cependant, selon certains biologistes et environnementalistes qui s'opposent à ce projet, « du total de 6,5 km2 qui seront mis en vente, 5 km2 sont composés de terres boisées dont la grande majorité sont contiguës à d’autres terrains forestiers du parc et possèdent une intégrité écologique semblable ou même supérieure à celle du reste du territoire protégé »2.

Étant donné que construire des condos peut difficilement être considéré comme un bon moyen de rééquilibrer écologiquement un milieu naturel, nous pouvons être sceptiques au sujet des préoccupations environnementales du gouvernement. Sa grande motivation à vendre ces terrains laisse deviner la grande motivation de certains à les acquérir. Le maire d'Orford a récemment déclaré dans les pages de La Tribune de Sherbrooke que le gouvernement a déjà choisi le futur acquéreur (l'actuel propriétaire de la station de ski), avant même que le projet de privatisation ne soit finalisé.

Nationaliser une ressource ou un secteur de l'économie, ne veut pas dire les protéger du capitalisme. Laisser à un État le soin de gérer dans l'intérêt du bien commun est une idée séduisante en théorie, mais dangereuse en pratique. Le capitalisme implique que d'importantes sommes d'argent se concentrent en peu de mains et que plus ces mains sont habiles à faire du profit, plus elles accumulent d'argent et ont les moyens de faire plus de profit... Cette dynamique propre au capital menacera toujours les entreprises (et les parcs) publiques : les campagnes électorales des députés sont financées par des « amis » qui attendent des faveurs en retour... des contrats sont alloués de manière arbitraire... des gens dont le métier est de faire des affaires siègent sur plusieurs conseils d'administration... des montagnes finissent pas se vendre aux plus offrants et le « bien publique » prend le bord!

Une façon rationnelle de gérer nos vies et l'environnement serait de le faire nous-même, plutôt que de laisser ce soin à l'État. En d'autres mots, tendre à collectiviser plutôt qu'à nationaliser, s'organiser ensemble plutôt que se faire organiser.

Concrètement, ce principe s'applique pour chacunE de nous dans nos milieux de vie : une école peut avantageusement être gérée par les élèves et les professeurEs, un restaurant par ceux et celles qui cuisinent et servent... Une gestion équitable implique une organisation horizontale, à petite comme à grande échelle.

Il n'est pas trop tard pour se réapproprier collectivement les ressources qui devraient appartenir à la collectivité. Dans le cas du Mont-Orford, la pression du nombre pourrait finir par faire céder le gouvernement. Bien que la victoire politique que cela impliquerait aurait peu d'impact structurellement, elle viendrait prouver encore un fois que l'union et l'organisation de ceux et celles qui n'ont, en apparence, rien peut déplacer des montagnes!

Notes:
(1) Projet de loi pour privatiser une partie du parc national du Mont-Orford
(2) « Des scientifiques se prononcent contre la vente d’une partie du parc Orford », Montréal, le 7 avril 2006

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Extrait de Cause commune no 10.