Dieu et l’État : les deux visages grimaçants du pouvoir

A regarder le monde politique aujourd’hui on dirait qu’on s’approche à grands pas d’un nouveau Moyen-Âge obscurantiste. Des caricatures profanant le prophète Mahomet semblent avoir déstabiliser le monde musulman et avoir renforcer les forces réactionnaires d’Europe et d’Amérique. D’un côté des extrémistes musulmans récupèrent les images publiées par le Jyllands-Posten, journal de droite du Danemark, pour avancer leur cause. De l’autre, des médias xénophobes et racistes se cachent derrière la liberté d’expression pour justifier la diffusion d’une propagande haineuse. Dans les deux camps les riches et les chefs d’États tentent de tirer leur épingle du jeu en manipulant l’opinion publique mondiale.

Les conséquences de cette manipulation sont multiples, mais aucunes ne sont nouvelles. De tout temps les tyrans et les prêtres profitent de chaque occasion pour diviser les peuples et créer de faux conflits. Qu’on pense aux croisades, à la colonisation ou aux deux guerres mondiales, il s’agit toujours d’une sale manigance de la part d’une petite minorité pour exploiter et dominer tous les autres. Aujourd’hui, la guerre au terrorisme est devenue une excuse pour justifier toutes les horreurs qui découlent d’un impérialisme maladif. Le Jihad prôné par les islamistes n’est que l’envers de la médaille de cette situation inviable.

La plupart des anarchistes s’accordent sur un slogan pour définir leur idéologie, « ni Dieu, ni Maître », mais que veut dire cette expression au juste. Elle ne veut pas dire qu’il faut insulter les croyances spirituelles des individus ou des groupes mais plutôt qu’il faut combattre tous ceux qui utilisent la religion pour contrôler la pensée et les actes des croyants et non croyants. De la même façon ne pas obéir à un maître ne veut pas dire ignorer le diagnostic d’un médecin quand il affirme qu’on est atteint d’une maladie, mais plutôt le refus de toute contrainte physique ou mentale provenant d’une autorité illégitime quelconque. L’État, la police et les patrons ne font pas simplement nous informer d’une situation donnée pour ensuite nous laisser le soin de décider pour nous-mêmes quel choix nous préférons. Ils nous forcent sous la menace de la violence et de la faim. Ils nous obligent à les servir, à les obéir et à mourir dans les guerres qu’ils ont créées.

La présente situation est intenable aussi bien ici en Amérique, qu’au Moyen-Orient ou en Europe. Pendant que les deux visages grimaçants du pouvoir que sont l’État et la religion ricanent, de plus en plus de gens s’organisent et luttent contre cette double oppression. Il faut lutter pour empêcher que le Québec ne devienne un lieu favorable pour la propagande raciste. Déjà, des attaques contre des minorités ethniques et religieuses est un signe que les forces réactionnaires sont bien ancrées et n’attendent qu’une occasion pour acquérir une légitimité auprès des autorités légales. Tôt ou tard la bulle va éclater, il va falloir être prêt à affronter à la fois le fanatisme religieux et l’autoritarisme étatique. La guerre des civilisations et toutes les manigances qui s’ensuivent ne sont que de la poudre aux yeux lancée par la bourgeoisie. Si personne n’écoute cet appel haineux et rempli d’ignorance, les dirigeants sont impuissants, et ils le savent depuis longtemps.

Extrait de Cause commune no 9.