SUR LES LIGNES, une chronique syndicale

Un affrontement majeur peut éclater à tout moment entre le gouvernement ontarien et le Syndicat canadien de la fonction publique. En effet, le gouvernement entend modifier par décret le régime de retraite des employéEs des municipalités ontariennes. En plus d'entraîner des hausses de coûts risquant de se traduire par des hausses de taxe d'environ 3%, la contre-réforme gouvernementale crée un régime à deux vitesses avantageant nettement certaines catégories d'employéEs (essentiellement les policiers, les pompiers et les ambulanciers). Au moment d'écrire ces lignes, 100 000 cols bleus et fonctionnaires membres du SCFP s'était donné un mandat de grève illégale. La force du mandat de grève, 90%, donne une idée de l'ampleur de la grogne. 250 000 personnes au total travaillent pour les municipalités en Ontario.

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Histoire de montrer qu'ils savent se tenir debout, 80 syndiquéEs de Denla, un fabriquant d'armoire de cuisine à Deauville en Estrie, ont répliqués par la grève générale illimitée à la levée du lock-out imposé depuis le début décembre par leur employeur. Selon le syndicat affilié à la FTQ, l'employeur voulait rappeler les gens au travail et faire comme s'il n'y avait tout simplement plus de convention collective qui tienne dans l'usine, d'où l'idée de sortir en grève. À quoi le boss s'attendait après leur avoir fait passer les fêtes sur le trottoir? Y'en a vraiment qui ont du front tout le tour de la tête...

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Le 29ème tournoi national de hockey Bantam de Windsor a dû être annulé en février à cause de la grève générale des employéEs de la Ville. Dans le passé, en 1987, les syndiquéEs avaient déjà acceptés de bosser bénévolement pour permettre au tournoi de se tenir mais pas cette fois. Il faut dire que la situation avec la municipalité et un maire loufoque avide «d'économies» (la nuit, la Ville n'ouvre qu'un lampadaire sur deux pour économiser, c'est tout dire!) a plutôt tendance à les enrager. Par exemple, la Ville veut abolir 6 postes permanents (avec 23 permanents, c'est le quart des effectifs qui se ferait abolir) et généraliser la sous-traitance. Les syndiquéEs se sont donnés un mandat de grève à 95%. La grève risque d'être longue averti la CSN.

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La négociation regroupée, lancée cette été dans le secteur de l'hôtellerie de la CSN, continue de faire des vagues. À la Station Tremblant, où les 1500 syndiquéEs ont fait grève durant le temps des fêtes, le syndicat a arraché des gains non négligeable malgré un climat férocement anti-syndical alimenté par les médias (La Presse est allée jusqu'à publier un tableau comparatif des salaires dans une demi-douzaine de centre de ski syndiqué pour prouver que les syndiquéEs du Mont Tremblant, qui sont les mieux payés au Québec, se plaignent le ventre plein). Outre l'équitée salariale interne, le syndicat a obtenu la création d'un régime de retraite simplifié pour ses membres, ce qui n'est pas rien, en remplacement d'un REER collectif. Malheureusement, la victoire n'est pas toujours au rendez-vous. Ainsi, au Manoir Richelieu dans Charlevoix, les syndiquéEs sont en grève depuis le mois d'août. Encore récemment, le 10 février, les syndiquéEs rejetaient à 88% des offres dites «finales». La situation au Manoir s'est rapidement complexifiée, notamment parce que Fairmount --que tout le monde croyait propriétaire-- ne se déclare que «gestionnaire» et n'est en fait propriétaire qu'à 25%. Manque de bol, la chaîne hôtellière vient d'être vendue à un prince d'Arabie Saoudite et à un big boss américain qui deviennent eux aussi «gestionnaire». Mais qui sont donc les «vrais» propriétaires? Loto-Québec (50%) et le Fonds de solidarité de la FTQ (25%). Deux institutions qui refusent de se voir comme les «vrais» patrons des grévistes puisqu'elles ne sont «qu'actionnaires»... Il n'en demeure pas moins que Loto-Québec perd doublement de l'argent dans tout ça puisque son Casino de Charlevoix a vu sa clientèle chuté de 30% depuis le début de la grève, elle aurait donc tout intérêt à ce que ça se règle. Quant au Fonds de solidarité, le syndicat vient de lancer une pétition demandant à Henri Massé d'intervenir dans le conflit. Sachant que les syndiquéEs du Manoir Richelieu ne sont revenu à la CSN que depuis peu, parions que Massé ne sera pas pressé d'intervenir en faveur d'un groupe qui a déserté les TUAC-FTQ. Cet hiver, la CSN avait organisé des manifs de syndiquéEs en colère devant les résidences de certains cadres du Manoir, à quand une manif devant les sièges sociaux de la FTQ et de Loto-Québec?

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Au moment d'écrire ces lignes (12 février), il y avait au moins 319 prolos en grève ou en lock-out dans la «belle province».

Extrait de Cause commune no 9.