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L'Autre campagne se construit dans l'Etat d'Oaxaca

L'Autre Campagne se construit à Oaxaca, l'Etat du Mexique le plus peuplé par les Amérindiens, sur le point de recevoir le sous-commandant Marcos. Nous sommes la Brigade "Ricardo Flores Magón", ouvrant les premiers pas de
"l'Autre Campagne" ici, dans l'Etat d'Oaxaca. Nous écrivons en quatre langues, car nous sommes mexicains, gringos, brésiliens et français.

Ricardo Flores Magón, 1874-1922 Nous avons choisi le nom de Ricardo Flores Magón en hommage au journaliste et révolutionnaire d'Oaxaca, qui fut l'un des premiers penseurs de la révolution mexicaine à travers "Regeneración" et d'autres journaux. Magón a mis en avant un journalisme de combat, s'attaquant à la corruption et à
la répression du régime de Porfirio Díaz et diffusant sa lutte pour la terre et la liberté.

Contraint à l'exil aux Etats-Unis par le régime porfiriste, Magón a mené la lutte révolutionnaire nationale et internationale - toujours à la recherche d'une société sans classes et sans Etat, construite d'en bas. Né en 1873 dans la communauté de San Antonio Eloxochitlán, Magón est mort dans des circonstances douteuses en 1922, à la prison de Leavenworth, au
Kansas (Etats-Unis). La critique radicale de la politique électorale développée par Magón ressemble à la "Sixième Déclaration de la forêt Lacandone" et à "L'Autre Campagne" de l'EZLN, qui se construit actuellement au Mexique.

Nous sommes situés dans la capitale éponyme de l'Etat d'Oaxaca (région Vallées centrales). Nous sommes en train d'informer sur l'émergence de l'Autre Campagne dans les assemblées hebdomadaires régionales et de l'Etat pour préparer l'arrivée du Délégué Zéro et la Commission Sexta. Etant l'un des Etats les plus pauvres du pays, Oaxaca compte avec la majeure concentration de groupes ethniques et de langues indigènes de la République mexicaine. Ethnicité, terre, éducation et répression sont les
points clés de la lutte à Oaxaca. C'est pourquoi les zapatistes, Ricardo Flores Magón et d'autres figures révolutionnaires, sont une référence importante pour les peuples, organisations et individus qui luttent ici pour créer des alternatives à l'ordre social existant.

Ici, les mouvements sociaux ont créé diverses formes de lutte sociale et s'organisent encore sans parti politique, à travers les "us et coutumes", allant des communautés indigènes et métisses à la communauté gay, appelée
"Muxe's", de l'Isthme de Tehuantepec. Notre intention est de raconter à nos lecteurs comment ces formes l'organisation sociale, culturelle et politique contribuent à avec l'Autre Campagne et grandissent avec elle.

Dans l'esprit de la Sixième Déclaration de la forêt Lacandone, le public qui assiste aux assemblées d'Oaxaca est divers : femmes et hommes ; jeunes et vieux ; représentants d'organisations indigènes, paysannes et
ouvrières ; partis et fronts communistes et socialistes ; collectifs anarchistes ; associations de quartier et de femmes ; mouvements étudiants ; médias indépendants et radios communautaires ; groupes de la communauté
lesbienne et homosexuelle ; aussi beaucoup de personnes individuelles, tous venus construire l'"Autre". Et ce n'est pas une tâche facile, les amis, nous sommes en train de le voir : non seulement des personnes avec des approches différentes mais des organisations antagoniques essaient de construire cette campagne ensemble.

Ils s'organisent pour recevoir le "Délégué Zéro" et la "Commission Sexta" de l'EZLN du 5 au 10 février. Afin de préparer leur travail, cette bande d'organisations diverses d'Oaxaca est arrivée à un consensus sur quelques
critères basiques : leur travail est guidé par la Sixième Déclaration de la Forêt Lacandone. L'ensemble de toutes les organisations, grandes ou petites, ainsi que tous les individus forment ensemble la "Coordination générale de l'"Autre" à Oaxaca". Le Délégué Zéro et la Commission Sexta iront seulement aux endroits où la sécurité et l'organisation sont garanties. Ils travailleront de façon solidaire avant, pendant et après l'arrivée de la délégation du EZLN. Les assemblées hebdomadaires de la
région Vallées centrales et de l'Etat d'Oaxaca ont lieu dans la ville d'Oaxaca, précisément dans l'immeuble du syndicat de professeurs de la section XXII (qui compte 70 000 membres). Ces assemblées sont fréquentées par quelques 60 à 70 personnes (la première réunion de l'Etat d'Oaxaca
avait compté avec plus de 90 participants). Et même s'il y a des accords, la tâche de construire l'"Autre" n'est pas facile.

Voici l'itinéraire du Délégué Zéro et la Sixième Commission à Oaxaca selon fixé dans l'assemblée de l'Etat:

4 février - transport de la Délégation de l'EZLN de Veracruz a Oaxaca
5 février - Tuxtepec (Région Cuenca del Papaloapan)
6 et 7 février - Isthme de Tehuantepec
8 février - Sierra Madre
9 et 10 février - Vallées centrales
11 février - transport de la Délégation de l'EZLN de Oaxaca a Puebla

Cet itinéraire fut fixé avec difficulté. Trois, parmi les sept régions principales de l'Oaxaca (Costa, Mixteca et Cañada) sont ignorées, faute de garantir certains critères. Il se trouve que l'on se fonde sur la capacité
d'organisation des régions pour garantir la sécurité de la délégation zapatiste. Donc, les régions prises en compte sont celles qui avaient une plus importante représentativité dans les assemblées. La sécurité est, en
effet, l'un des points préoccupants pour les responsables de l'organisation ; car Oaxaca est considéré l'un des Etats les plus répressifs du pays. En effet, le Parti révolutionnaire institutionnel (PRI) y gouverne toujours, en dépit de sa défaite dans les élections fédérales de 2005. Avec moins de 20% des votes et avec des soupçons de fraude, le PRI a imposé sont candidat, Ulises Ruiz, comme
gouverneur. En 2005, Ruiz a incarcéré 152 prisonniers politiques, attaquant avec impunité toute personne qui ose lever la voix contre lui. Sans consultation préalable et contre la Constitution de l'Etat, Ruiz a déménagé la palais municipal hors du centre historique et interdit les
manifestations sur le zócalo (place principale).

Malgré ces contraintes à la liberté d'expression, nous sommes heureux de vous annoncer que, avec l'arrivée des zapatistes le 9 février, ceux qui construisent l'"Autre" à Oaxaca vont prendre le zócalo pour le rendre aux "gens humbles et simples qui luttent" ici, à Oaxaca. Restés connectés, car nous serons là pour couvrir les événements et nous vous apporterons des nouvelles !

James Daria, Nick LaPoint, Daniela Lima et Dul Santamaria, de la Brigade "Ricardo Flores Magón"

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