Position de la NEFAC sur le syndicalisme et les luttes sur les lieux de travail
Position de la NEFAC sur le syndicalisme et la
lutte sur les lieux de travail
(adopté pour fin de discussion au neuvième congrès de la fédération,
les 10 et 11 avril, 2004 à Baltimore, Maryland, version finale amendée et
adoptée au douzième congrès de la fédération, les 4, 5 et 6 novembre
2005, à Sherbrooke, Québec.)
1. Introduction
Comme anarchistes-communistes, nous voulons une réorganisation
radicale des lieux de travail. Nous voulons des lieux de travail gérés
directement par les travailleurs et les travailleuses, organiséEs d’une part
en fédération de conseils ouvriers et d’autre part, en conseils de quartier.
Nous voulons que la principale instance décisionnelle soit l’assemblée
générale tenue à même le lieu de travail et le quartier. Nous voulons
abolir le salariat, en finir avec l’aliénation et la division du travail, afin
qu’une nouvelle société communiste libertaire puisse s’épanouir
Pour en arriver à cette société, nous nous engageons dans une lutte contre
les patrons, une lutte entre la classe des travailleurs et des travailleuses
et celle des employeurEs; une lutte de classe qui prendra fin lorsque la
société de classes elle-même sera détruite et que chacunE pourra jouir
de la richesse que nous produisons comme travailleurs et travailleuses.
Nous croyons que la lutte vers le communisme libertaire doit être menée
par tous/toutes les exploitéEs. Nous considérons le lieu de travail et les
syndicats comme un point essentiel d’agitation et de lutte. Les syndicats
représentent à l’heure actuelle le plus grand regroupement organisé de
travailleurs et de travailleuses. Pour cette raison, nous pensons que
la participation des anarchistes dans les syndicats est essentielle. Les
anarchistes doivent être impliquéEs dans les luttes sur les lieux de travail
pour deux raisons : d’une part, parce que nous sommes des salariéEs et
d’autre part, parce que nous sommes des révolutionnaires. En combattant
les patronNEs aux côtés de nos collègues de travail, nous nous battons
aussi contre la médiation de nos luttes.
Les communistes libertaires doivent s’organiser dans les rangs des
syndicats en conservant leur praxis spécifique. Nous devons être actifs et
actives dans cette lutte en tant que partisanNEs de la révolution sociale
et en tant que travailleurs et travailleuses dans un combat collectif contre
l’exploitation. Nous choisissons la participation plutôt que l’autorité et la
solidarité au lieu de l’isolement. C’est par les luttes collectives que les
gens se radicalisent et s’ouvrent aux idées anarchistes. Pour gagner la
bataille des idées, nous proposons l’action directe, l’aide mutuelle et la
démocratie directe dans nos syndicats et, à plus forte raison, au sein du
mouvement ouvrier dans son ensemble. En bref, nous mettons de l’avant
une praxis révolutionnaire anarchiste.
2. La lutte des classes
Tout au long du développement historique de cette société — du
féodalisme jusqu’au système capitaliste actuel—, une division s’est
reproduite entre ceux et celles qui produisent les biens et services et une
minorité de possédantEs. Cette division a mené au développement de
deux (principales) classes sociales aux intérêts antagonistes, entraînant
une lutte continue entre elles.
La lutte des classes ne se limite pas au lieu de travail. Les conflits de
classes se manifestent au quotidien, que ce soit à travers la lutte pour
des logements décents, pour des programmes sociaux, pour l’accès
à l’éducation, contre la brutalité policière ou les prisons. Elle se mène
également sur le terrain culturel, tout particulièrement contre le racisme,
le sexisme et les autres oppressions qui hiérarchisent et divisent les
prolétaires. Il ne s’agit donc pas uniquement d’un combat pour de
meilleurs salaires et de meilleures conditions de vies, mais d’une lutte
quotidienne pour l’orientation de la société.
En tant qu’anarchistes-communistes, nous avons un intérêt stratégique
particulier à intervenir dans les luttes sur les lieux de travail en raison de
leur capacité à perturber directement les intérêts matériels de la classe
capitaliste. Le capitalisme est, par-dessus tout, une relation sociale;
mais c’est aussi un système économique avec de réelles faiblesses
matérielles réparties à travers les différentes étapes de la production,
de la communication à la distribution. Notre plus grande force comme
travailleurs et travailleuses se trouve dans le refus collectif de notre
travail. Une classe ouvrière organisée est une force qui a le potentiel de
mettre fin à ce système d’exploitation pour créer une société radicalement
démocratique et autogérée.
Les travailleurs et les travailleuses qui produisent aujourd’hui la richesse
dans le système capitaliste diffèrent de toutes les classes précédemment
exploitées. Nous avons maintenant la capacité de créer assez de
richesses pour combler les besoins fondamentaux (nourriture, logement,
vêtement, éducation, soins de santé), en ayant encore du temps à dédier
à la science, à la culture, aux loisirs, etc. De plus, et c’est primordial,
notre vie quotidienne en tant que travailleur et travailleuse nous prépare
à autogérer la société.
3. Bureaucratie syndicale et réformisme
Malgré certaines exceptions, il nous semble que le mouvement syndical,
tel qu’il se présente actuellement en Amérique du Nord, se construit sur
la base du compromis et de la collaboration aux rouages de l’exploitation
capitaliste. Ce mouvement sert plus souvent qu’autrement de courroie
de transmission entre les travailleurs et travailleuses et les patronNEs,
en jouant le rôle d’organisation corporatiste qui négocie la vente de notre
force de travail aux patronNEs, en échange d’avantages matériels pour les
salariéEs : sécurité d’emploi, assurances collectives, meilleurs salaires.
En définitive, le mouvement syndical actuel, plutôt que de chercher à
mettre un terme à l’exploitation capitaliste, n’envisage que les moyens de
la rendre plus acceptable.
Au fil des ans, le mouvement syndical n’a pas réussi à développer un
réel rapport de force face au patronat. Les syndicats sont littéralement
devenus des institutions hiérarchisées, intégrées aux structures sociales
de l’économie capitaliste. Les bureaucrates qui gèrent ces organisations
cherchent à contenir les luttes des travailleurs et des travailleuses dans le
cadre de la conciliation avec le patronat et la classe politique.
S’il existe des variantes entre les différents syndicats (certains étant plus
démocratiques et militants que d’autres), la majorité d‘entre eux sont
dominés par une hiérarchie de permanentEs qui contrôlent la négociation
avec les patronNEs, le traitement des griefs et qui, de cette manière,
engagent le syndicat dans un rapport clientéliste avec les membres à la
base, envers qui il n’est plus redevable. Ce cercle vicieux bureaucratique,
ainsi que des années de législation du travail coercitive, ont transformé
les syndicats en de véritables freins au pouvoir des travailleurs et des
travailleuses en Amérique du nord, au lieu de véhiculer efficacement la
lutte des classes.
Il est important de comprendre comment a émergé cette bureaucratie
syndicale. Des vagues successives de luttes syndicales, impliquant
souvent des tactiques militantes telles que des grèves sauvages et des
occupations, ont conduit le patronat et l’État capitaliste à une retraite
stratégique. Chemin faisant, ces combats ont permis la conquête de
nouveaux droits d’association pour les travailleurs et les travailleuses.
Ainsi, un processus limité et inégal de conciliation a pris le relais de la
guerre de classes ouverte. Cette trêve a réglementé et compartimenté les
conflits de travail pour les maintenir en dessous d’un niveau critique pour
les capitalistes. Une nouvelle couche de bureaucrates syndicaux s’est
développée pour exécuter cette tâche. Ces bureaucrates ont modéré
les membres en leur octroyant des avantages issus de conventions
collectives policées, assurant simultanément la stabilité de la maind’oeuvre
et un environnement propice à l’accumulation des richesses. Si
des explosions de colère sont parfois tolérées, les directions syndicales
sont chargées d’assurer l’application des conventions collectives et
de maintenir l’ordre dans les rangs. La bureaucratie syndicale a donc
développé des structures centralisées, des méthodes de contrôle et une
direction justifiant son rôle et sa fonction.
Au-delà de la bureaucratie et des hiérarchies internes, la majorité
des syndicats officiellement reconnus par l’État ne peuvent agir à
l’extérieur des lois encadrant les relations de travail. Par conséquent,
les organisations syndicales sont à toute fin pratique incapables
d’entreprendre des actions efficaces contre les employeurEs. Cela signifie
que les syndicats soutiennent presque exclusivement les actions les plus
modérées et qu’ils sont typiquement peu enclin à supporter même cela.
Vraisemblablement, les sections locales des syndicats qui adoptent des
positions plus indépendantes et militantes contre les employeurEs vont
s’opposer à la bureaucratie pour organiser des actions plus efficaces.
Dans les pires cas, quand des syndicats de l’AFL-CIO ou de la FTQ
estiment que des sections locales sont trop militantes, les structures
nationales ou internationales peuvent dicter la marche à suivre, mettre
des sections syndicales en tutelle et en remplacer les éluEs locaux par
des bureaucrates sans attaches locale pour reprendre le contrôle de la
situation.
Les anarchistes qui militent sur leur lieu de travail doivent devenir
des opposantEs résoluEs des bureaucraties syndicales, refusant les
compromis avec les patronNEs et défiant directement ceux et celles
qui font la promotion de la collaboration. Il est nécessaire de construire
un mouvement de lutte qui comprenne bien comment cette emprise
bureaucratique étouffe l’autonomie de la base, et qui, par conséquent,
se donne comme mandat de lutter contre l’emprise des patronNEs, mais
également contre celle des bureaucrates syndicaux.
Comme les syndicats ne se construisent pas actuellement sur la base
de stratégies visant à renverser le capitalisme — ou même à lutter
efficacement contre les employeurEs—, un mouvement de travailleurs
et de travailleuses capable de transformer radicalement la société doit
s’organiser indépendamment des hiérarchies syndicales, à l’intérieur
comme à l’extérieur des syndicats. Par le fait même, si les travailleurs
et les travailleuses développent des modes d’action plus militants et
une plus grande solidarité, l’autonomie des luttes devient à son tour une
possibilité très concrète.
Les tendances autonomes à l’intérieur des syndicats existants,
conjuguées aux groupes de résistance sur les lieux de travail, aux
réseaux de solidarité (comité de mobilisation (flying squad), centres du
travail, unité syndicale/étudiante, etc.) et, ultimement, aux assemblées
générales sur les lieux de travail et aux comités de coordination s’y
rattachant, sont des exemples permettant de donner un aperçu de ce
qu’un mouvement ouvrier autogéré doit construire, afin de combattre
efficacement les employeurEs et développer l’unité et la conscience de
classe nécessaire au renversement de l’ordre social capitaliste. C’est
donc dans cette perspective que les membres de la NEFAC cherchent
activement à s’impliquer sur leur lieu de travail.
4. Les divisions au sein de notre classe
Nous reconnaissons que de nombreux travailleurs et de nombreuses
travailleuses doivent affronter quotidiennement différentes formes
d’exclusion liées au capitalisme, en raison de divers types de discrimination,
comme le racisme et le sexisme. Ces formes de division sont alimentées
par les rouages de l’isolement qu’engendre le capitalisme entre les
exploitéEs, en plus de renforcer les attitudes réactionnaires qu’ils et elles
nourrissent les unEs envers les autres.
Nous devons reconnaître l’existence de profondes divisions au sein du
monde du travail entre les personnes de différentes langues, de différentes
races ou origines ethniques. Ces divisions alimentent les attitudes racistes,
xénophobes et réactionnaires entre les travailleurs et les travailleuses.
Nous devons lutter contre ces divisions en agissant de façon autonome
et en construisant des alliances internationalistes et antiracistes. Par
l’organisation de classe dans les lieux de travail, les travailleurs et les
travailleuses peuvent développer des stratégies pour briser les divisions
racistes et xénophobes, à l’intérieur comme à l’extérieur du lieu de travail,
démontrant ainsi que le racisme est une construction sociale qui sert à
maintenir le pouvoir de la classe dominante (diviser pour mieux régner).
En rendant possible une lutte de classe internationaliste et antiraciste,
nous formons une alternative sociale permettant à des travailleurs et des
travailleuses de différentes origines de se rencontrer et d’apprendre les
unEs des autres.
Tout en défendant les sans-papiers contre les assauts capitalistes et
l’exploitation de leur statut légal, nous devons construire des liens de
solidarité entre salariéEs «citoyenNEs» et «sans-papiers» pour contrer
les attitudes racistes et xénophobes entre travailleurs et travailleuses.
Notre meilleure arme contre les attitudes racistes et xénophobes, c’est de
nous organiser sur la base de revendications et de buts communs, pour
faire en sorte que les capitalistes ne puissent tirer avantage du statut des
immigrantEs, ce qui a pour effet de diminuer les salaires et les conditions
de travail de l’ensemble de notre classe. En organisant la défense des
travailleurs immigrants et des travailleuses immigrantes, nous mettons
en lumière la relation entre l’organisation capitaliste et la présence de
frontières nationales (qui servent les intérêts de la classe capitaliste et
non ceux de différents secteurs de la main-d’oeuvre issus de frontières
géographiques artificielles). Par le fait même, nous affaiblissons le
contrôle de l’État sur les distinctions nationales et ethniques.
Nous devons également reconnaître l’oppression spécifique que
subissent les femmes à la fois par le capitalisme et la patriarcat. Bien
avant l’industrialisation - et longtemps après - la place assignée aux
femmes était celle de la « reine au foyer », place désignée comme
étant leur vocation première et naturelle. Ainsi, lors de l’entrée massive
des femmes sur le marché du travail, une contestation s’est déployée de
toutes parts, tant du côté clérical que du côté syndical, prétextant que
le travail féminin allait contre l’ordre naturel des choses. Mais puisque
la société ne pouvait se passer du travail des femmes, indispensable
au développement du capitalisme et surtout à la survie des familles
ouvrières, on verra toute une série de réglementations orienter le travail
des femmes vers des occupations convenant le mieux à leur « nature
». Ceci entraîna la création de larges ghettos d’emplois féminins dans
lesquels la qualification professionnelle des femmes n’était pas reconnue
puisque « naturelle ». Comme le travail des femmes n’était pas reconnu
comme étant le fruit d’apprentissages et d’aptitudes spécialisées, mais
plutôt comme faisant partie de leurs qualités innées, il ne méritait donc
pas de rémunération particulière. C’est pourquoi les emplois féminins
demeurent jusqu’à ce jour moins bien payés et non-valorisés. La réalité
de la double journée de travail - le travail domestique des femmes
comme capital reproductif associé à leur travail salarié sous-payé - force
les femmes à rester à la maison dans la sphère privée et contribue à leur
isolement. Nous devons donc lutter contre les inégalités économiques
et sociales que vivent les femmes dans la société comme sur le lieu de
travail en combattant la discrimination salariale envers les femmes et le
faible taux de syndicalisation des emplois féminins, de leur précarité et
de leurs mauvaises conditions de travail. La solidarité du mouvement
ouvrier doit s’étendre à toutes les travailleuses et tous les travailleurs,
peu importe si leur travail est reconnu, rémunéré, légal ou non. Nous
devons aussi appuyer et défendre les femmes qui s’organisent sur la
base de leurs conditions matérielles et défendre de façon combative les
acquis de notre classe qui profitent autant aux femmes qu’aux hommes.
Nous ne croyons pas qu’en abolissant le capitalisme, le racisme et les
attitudes patriarcales disparaîtront au sein de la classe ouvrière du jour
au lendemain. La lutte des classes est aussi un combat contre toutes les
formes d’oppression. Le système de classes doit donc tomber par une
révolution ouvrière de masse qui permettra de dépasser les genres et de
briser les divisions raciales. En luttant contre ces formes de discrimination à
l’intérieur du lieu de travail, en appuyant et en encourageant l’organisation
autonome de tous les groupes opprimés dans toutes les sphères de la
société, nous nous donnons les moyens d’affronter d’un même souffle
l’exploitation capitaliste et l’oppression sociale dans un combat collectif,
une lutte de classe pour la libération de tous les travailleurs et de toutes les
travailleuses. Par l’action à la base, nous devons nous organiser contre
ces divisions en initiant des campagnes et des organisations ouvrières
qui soient antiracistes, pro-immigrantEs et antisexistes. En agissant pour
défendre les secteurs marginalisés de notre classe et en leur laissant un
rôle de leadership interne dans les luttes, nous contribuons à la création
de stratégies organisationnelles de classe féministes, internationalistes
et antiracistes tendant vers un mouvement de classe plus global.
5. L’autonomie ouvrière
Si la société dans son ensemble est fondée sur un réseau de travail
coopératif interdépendant, ce réseau de coopération doit constituer
le point de départ d’une vaste opération de libération des liens de
coercition, d’autoritarisme et d’exploitation qui pèsent sur lui. C’est dans
ces relations de travail coopératif, qui sont la prémisse d’innombrables
actions quotidiennes, que l’on trouve le fondement véritable de la vie
sociale. Sans ces réseaux, souvent non reconnus et non payés, la société
s’effondrerait.
Pour que les luttes menées par les travailleurs et les travailleuses
préparent l’avènement du communisme libertaire, elles doivent porter en
elles les bases sociales d’une réorganisation de la production, tel que
l’exige le passage d’une économie capitaliste à une économie libertaire
et communiste.
Ces bases sociales impliquent que les luttes des travailleuses et des
travailleurs doivent être menées dans les lieux de travail et étendues non
seulement aux autres lieux de travail, mais aussi en dehors de ceux-ci,
c’est-à-dire dans les communautés dans lesquelles ils sont localisés.
À l’occasion, ces luttes prennent forme à travers des groupes de
travailleurs et de travailleuses qui agissent en opposition et à l’extérieur
des cadres établis par la classe exploitante et la bureaucratie syndicale.
Par le passé, ces groupes ont pris des formes diverses, comme des
comités de travailleurs et de travailleuses, des comités de mobilisation
(flying squads), des groupes de résistance, des comités d’action, etc.
À d’autres moments, ces formes de lutte se sont exprimées à travers des
actions collectives et spontanées, comme des sit-in, des occupations,
des ralentissements de production, du sabotage et des grèves sauvages,
émergeant de réseaux informels existant entre les travailleurs et
travailleuses.
Ce qui importe, ce n’est pas le nom ou même la forme organisationnelle
spécifique que prennent ces luttes, mais plutôt comment la lutte de
classes intransigeante qui émerge de ces groupes peut conduire à la
transformation de l’organisation de la production.
6. Alliance communauté-travail
Nous devons construire activement des ponts entre les luttes de base
dans les quartiers et celles menées sur les lieux du travail afin de
développer l’alliance entre le travail et la communauté. Ces alliances se
construisent par le renforcement mutuel des luttes ayant cours de part
et d’autre. C’est pour cette raison que la NEFAC incite les travailleurs et
les travailleuses et les militantEs des groupes populaires à se soutenir
les unEs les autres, à construire des liens de solidarité et en finir avec la
division artificielle entre les luttes du travail et les luttes populaires.
7. Les institutions alternatives
Par le passé, le mouvement ouvrier a mis beaucoup d’efforts pour
construire des institutions alternatives permanentes. Toute une série
d’initiatives solidaires ont ainsi été développées dès l’origine du
mouvement ouvrier. Bien avant la monopolisation des services sociaux
par le gouvernement, de nombreuses organisations ouvrières ont créé
des réseaux de coopératives en tous genre : écoles, garderies, camps
d’été pour enfants et adultes, maisons pour les aînéEs, centre de
santé, maison de la culture, mutuelle d’assurance, éducation technique,
logement, caisses d’économie, etc. Tout en reconnaissant que les
travailleurs et les travailleuses ont remporté des victoires significatives
par le passé en forçant le gouvernement à offrir certains de ces services,
nous luttons activement pour leur autogestion, sous le contrôle direct des
travailleurs et les travailleuses.
Bien que la création d’institutions alternatives ne constitue pas en soi une
stratégie révolutionnaire et que ces institutions ont parfois été absorbées
par le système capitaliste, nous sommes en faveur du développement de
services gérés directement par les travailleurs et les travailleuses se basant
sur les besoins exprimés par la classe ouvrière, avec la participation des
communautés qui bénéficient de ces services. Nous croyons que de tels
projets permettent l’éclosion d’expériences autogestionnaires, même si
leur rayonnement est inévitablement entravé par le système capitaliste.
8. Les centres de travailleurs et de travailleuses
De nos jours, le développement de centres de travailleurs et de travailleuses
(worker’s center) peut servir de point d’ancrage pour construire l’alliance
communauté-travail et faire le lien avec les institutions alternatives dont
nous parlions précédemment. Ces centres fournissent un espace et un
support organisationnel pour des campagnes visant à défendre les droits
des travailleurs et travailleuses précaires. comme les immigrantEs, celles
et ceux travaillant dans les PME ou dans les secteurs industriels non
syndiqués. La NEFAC appuie le travail des centres de travailleurs et de
travailleuses. Le militantisme qui en découle s’inscrit dans notre stratégie
«extra » syndicale.
9. Syndicalisme de base et syndicalisme industriel
Nous appuyons le syndicalisme industriel plutôt que l’organisation
syndicale sectorielle ou par métier. Le syndicalisme industriel vise à
regrouper l’ensemble des travailleurs et des travailleuses d’un lieu de
travail dans un syndicat commun. Le syndicalisme de métier - qui fait en
sorte de compartimenter chaque profession par des syndicats différents
- affaiblit l’identité et la solidarité de classe.
Dans le but de créer un mouvement ouvrier sur des bases de classe, la
NEFAC appuie l’objectif d’un éventuel One Big Union*, qui incorporerait
l’ensemble des travailleurs et des travailleuses peu importe leurs habilités,
leur métier ou l’industrie dans laquelle ils et elles travaillent, allant jusqu’à
inclure en son sein les sans-emplois.
*One Big Union (OBU) : projet syndicaliste révolutionnaire pour la
construction d’un grand syndicat regroupant l’ensemble des travailleurs
et des travailleuses.
10. La grève générale
L’appel à la grève générale est au coeur de notre programme. Elle sert
de pont entre les demandes de réformes et notre but ultime, la révolution
sociale. La vieille méthode voulant que chaque syndicat se batte seul pour
obtenir ses propres gains en faisant seul la grève contre son employeurE,
s’avère plutôt inutile. Les capitalistes s’entraident contre les syndicats.
Les compagnies ont développé leurs tentacules à coups de fusions et
d’expansions, tant à l’échelle nationale qu’internationale. Une compagnie
multinationale peut utiliser les profits d’une partie de son empire pour
compenser les pertes dues à une grève dans une autre partie. N’oublions
pas que le patronat a son propre « syndicat », qui s’incarne notamment
à travers l’État-nation. Grâce à l’intervention de l’État, les patronNEs ont
réussi à rendre illégales les méthodes de lutte les plus efficaces, comme
les lignes de piquetage de masse, les grèves sur le tas (occupations
d’usine) et les grèves de solidarité. La bourgeoisie a donné aux tribunaux
le droit de limiter les grèves, et dans certains secteurs, de les interdire
tout simplement.
La réponse à ces attaques passe par la solidarité inter-syndicale, de
même qu’entre les syndicats et la communauté. Plus les travailleurs
et les travailleuses seront prêtEs à faire la grève ensemble, plus nous
serons en mesure d’arrêter la production et de gagner la lutte. Ce qui
peut être fait dans une ville, peut l’être à travers un pays, plusieurs pays
ou même le monde entier. Imaginez la force collective qu’une telle grève
peut représenter.
Lors du déclanchement d’une grève générale, les travailleurs et les
travailleuses devront occuper les usines, les bureaux et tous les autres
lieux de travail au lieu de les abandonner. En procédant ainsi, les
capitalistes auront beaucoup plus de mal à utiliser des scabs ou à attaquer
les grévistes (étant donné que de telles attaques pourraient détruire leur
propriété). En mettant leurs patronNEs à la porte, les travailleurs et les
travailleuses seront en mesure de reprendre l’entreprise et de produire
Il y a eu des grèves générales dans plusieurs pays à différentes époques
: dans les Amériques, en Europe, en Asie, en Afrique et en Australie. Si
la plupart de ces grèves ont permis de remporter des gains limités, une
grève générale pose également la possibilité d’une révolution, surtout si
elle s’étend à plusieurs villes ou à toute une région. Quand les travailleurs
et les travailleuses gèrent la ville ou la région, même pour un temps,
lorsque les conseils ouvriers remplacent l’État, que les travailleurs et les
travailleuses patrouillent la ville au lieu de la police et que les lieux de
travail produisent afin de répondre aux besoins des travailleurs et des
travailleuses, cela suggère une forme de société différente. En définitive
: pourquoi ne nous débarrassons-nous pas de l’État et du capitalisme?
Au cours des dernières années, les travailleurs et des travailleuses ont
subi nombreuses défaites que leurs rares victoires ne parviennent pas
à faire oublier. Ils et elles n’ont pas confiance en leur propre pouvoir.
Plus que tous les discours radicaux, c’est d’une grève générale réussie
dont nous avons besoin afin de démontrer en pratique que nous avons le
pouvoir de changer le monde.
11. Révolution
Tout mouvement populaire luttant pour établir un pouvoir ouvrier doit être
prêt à se défendre. Bien sûr, la classe ouvrière a déjà une source de
pouvoir. Elle a l’habilité d’arrêter l’économie et de la faire renaître sur
d’autres bases. Par contre, ce pouvoir n’est pas suffisant pour résister
au règne persistant de la terreur physique de l’État. Les travailleurs
et les travailleuses doivent être en mesure de résister les armes à la
main. Les brigades de défense ouvrières doivent passer du stade de
la défense des lignes de piquetage contre les scabs et les fiers à bras
pour passer à celui de milices populaires. La défense armée doit être
jumelée à un appel à la solidarité lancé aux militaires envoyéEs contre
les travailleurs et les travailleuses. La plupart des soldatEs proviennent
de la classe ouvrière et peuvent être influencéEs par des positions
politiques révolutionnaires. Ils et elles sont encore plus susceptibles
d’être convaincuEs d’abandonner leur poste si on peut clairement voir
que les travailleurs et les travailleuses se battront jusqu’au bout. C’est un
acte assez sérieux que de défier les ordres militaires et les soldatEs ne le
feront que s’ils et elles ont la certitude de s’en sortir en bout de ligne. Plus
la classe ouvrière sera préparée sérieusement à l’autodéfense, moins les
chances de se retrouver dans une situation violente seront fortes.
Par le passé, les révolutions violentes n’ont abouti qu’à la création
construisons un mouvement pour l’autogestion de la classe ouvrière, où
le peuple en arme est organisé démocratiquement, où l’économie de type
communiste est basée sur la maxime: « De chacun selon ses moyens,
à chacun selon ses besoins ». Nous désirons détruire l’État, démanteler
le capitalisme et toutes les institutions autoritaires pour créer une liberté
durable, un monde communiste libertaire.
Nous voulons une révolution sociale qui permettra à toutes celles et ceux
à la base de la société de « renverser » leurs maîtres pour gérer
eux et elles-mêmes leurs affaires. Si cette société veut survivre, les
travailleurs et les travailleuses doivent remplacer le capitalisme par
une fédération d’industries et de communautés autogérées où la
production sera basée sur la réalisation des besoins de l’humanité et
non sur l’accumulation de profits.
Sous le capitalisme, les travailleurs et les travailleuses sont l’une des
composantes de la production de plus-value qui est volée de notre
travail et accumulée par les capitalistes. Dans une société communiste
libertaire, la production sera organisée sur la base des besoins
exprimés, sans qu’il y ait de plus-value. Cette production communiste
libertaire ne peut être réalisée que par la coopération de l’ensemble
de la communauté. Il ne peut exister de lieu de travail communiste
libertaire isolé du reste de la société. Si nous voulons réorganiser
la production, nous devrons également réorganiser la société sur de
nouvelles bases. Tel est le sens de notre action.
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