La grève étudiante, racontée par des libertaires de ...Sherbrooke

Comme beaucoup d’autres, les étudiant-e-s de la faculté des Lettres et sciences humaines à l’Université de Sherbrooke ont voulu faire de leur grève une expérience autogestionnaire en occupant les corridors, classes et salons de leur école… et ils ont réussi haut la main! Voici des extraits du guide d’information de l’université libre qui invitait les gens à participer à l’occupation de la faculté :

« Nous croyons que la meilleure façon de faire valoir le droit à l’éducation passe par la création d’une résistance étudiante créative et imaginative qui s’inspire d’un savoir qui va au-delà de la simple éducation formelle de nos cours magistraux. Si bien que nous avons décidé d’arrêter le fonctionnement régulier des cours de notre faculté, car nous sommes convaincus que le gouvernement ne nous a pas laissé d’autres chemins que celui de la lutte.

L’université libre constitue donc un espace de dialogue entre les divers individus qui participent à sa construction. Elle cherche à être un effort commun, une manifestation vive, colorée et plurielle des individus et de leur capacité à se mobiliser et à s’articuler.

Le processus d’organisation de l’université libre cherche une certaine horizontalité dans la manière de s’organiser en collectivité. Les participants sont des agents transformateurs de l’espace qu’ils utilisent; tous gèrent, décident et exécutent les décisions à un niveau égal à l’intérieur du processus.

L’organisation part du principe que tous les individus sont aptes à discuter des thèmes publics et de les convertir en des solutions pour les problèmes qui résultent de la vie en communauté.

Pour créer l’université libre, nous avons décidé d’organiser une programmation ouverte laissant la possibilité aux étudiants de partager et d’échanger leurs connaissances et leurs idées lors de table-rondes, de conférences, d’ateliers de création, de projections de films, de jeux… Ce qui permet une inter-disciplinarité digne d’une faculté des sciences humaines qui se respecte. »

La gestion de l’université libre touchait divers aspects comme l’action politique, la sécurité, les dortoirs, la cuisine, les déchets, les toilettes… Chaque matin à 10h00 se tenait un conseil de grève afin d’organiser les diverses activités de la journée, revenir sur le travail des comités (mobilisation, communication, diplomatie et facilitation), apporter et discuter de nouvelles idées, de nouveaux projets, transmettre les informations du jour concernant la grève… Cette forme d’organisation a permis d’organiser un nombre impressionnant d’actions de sensibilisation de la population et de perturbation du gouvernement. Elle a aussi amélioré la qualité de ces actions : vivre et dormir dans un même lieu permet de mettre plus efficacement nos efforts en commun; de faire du matériel de propagande, de confronter nos idées et de les améliorer, de s’entre-motiver...

Cette grève et l’expérience de l’université libre ont permis à plus d’un de mettre en pratique certaines idées sur l’organisation qu’il est rarement possible d’appliquer concrètement. Chaque geste de résistance nous en apprend un peu plus sur les moyens à prendre afin d’atteindre notre idéal d’organisation sociale. À la prochaine grève, nous serons, un peu plus, prêts.