Après seize mois d’emprisonnement injustifié, Cherfi reconnu comme réfugié politique aux Etats-Unis

Après seize mois de détention injustifiée, le Board of Immigration Appeal des États-Unis a finalement reconnu Mohamed Cherfi comme réfugié politique, renversant ainsi la décision de la Cour américaine du 22 octobre dernier.

Cette décision met en lumière toute l’injustice dont a souffert Mohamed dans le cadre du traitement de sa demande d’immigration au Canada et au Québec. Il est clair que c’est bien une vengeance politique de l’État canadien dirigée contre Mohamed qui a motivé sa brutale déportation en mars 2004 vers les États-Unis et non des critères administratifs (comme le clame les autorités canadiennes et québécoises depuis des mois) !

Bien que Mohamed soit encore incarcéré à Batavia, il vient de remporter une lutte aussi vitale qu’éprouvante pour lui et sa conjointe, Louise Boivin. Éprouvante parce que sa santé physique et psychologique ont été durement affectées depuis son enlèvement au sanctuaire de l’Église unie St-Pierre par les flics du maire l’Allier jusqu’à son emprisonnement à la prison de Batavia où il croupit depuis seize mois. Vitale parce que dans le jugement américain (qui donne raison à Mohamed sur toute la ligne), il est reconnu que Mohamed risque la persécution en Algérie pour avoir été porte-parole du Comité d’action des sans-statut algériens (CASS) et pour avoir critiqué publiquement la situation des droits de l’homme en Algérie. De plus, ce jugement américain constitue un précédant juridique pour tous les sans-statuts algériens qui se battent pour éviter la déportation vers l’Algérie. Il y est confirmé qu’il existe des pratiques de représailles en Algérie dirigées contre les ressortissants qui osent critiquer le système tortionnaire en place.

Par ailleurs, cette décision vient prouver que le Québec et le Canada se sont acharnés sur Mohamed parce que c’était un militant actif dans sa communauté(1). En effet, son travail au sein du CASS a grandement contribué à la régularisation de nombreux sans-statut algériens. Mais, les autorités n’ont évidemment pas l’audace politique d’affirmer que leurs politiques d’immigration racistes et élitistes favorisent les immigrants riches et lettrés plutôt que des réfugiés qui s’organisent politiquement afin d’améliorer leurs conditions de survie. Ces mêmes autorités ne sauraient reconnaître que l’économie canadienne dépend du travail des réfugiéEs et des immigrantEs qui constituent un bassin de travailleurEs faciles à terroriser et à exploiter, surtout quand ces dernierEs sont menacéEs d’être déportéEs(2).

Le 2 juin dernier, la ministre québécoise de l’Immigration, Lise Thériault, a déclaré à Radio-Canada qu’elle espérait le retour de Mohamed en sol québécois pour la mi-juin. Le mois de juillet est bien entamé et pourtant Mohamed est toujours derrière les barreaux. Alors que la décision américaine a confirmé la légitimité du besoin de protection de ce dernier, les instances administratives québécoises et canadiennes persistent à poser des obstacles bureaucratiques à son retour. Pour le Comité de solidarité avec Cherfi, il est clair que c’est grâce à une lutte politique, entamée il y a plus d’un an, qu’il sera possible d’obtenir le rapatriement de Mohamed. Il est plus que temps que ce défenseur des droits de l’homme soit libéré. Justice pour Mohamed !

Notes:

1. Il est clair que Denis Coderre et ses amis n’ont toujours pas digéré l’occupation du ministère de l’immigration (29 mai 2003) où des militantEs du CASS et de Personne n’est illégal ont été littéralement torturés par la G.R.C. et leurs teasers.

2. En témoigne, le cas révoltant de la famille mexicaine Arellano-Diaz. Les agents d’Immigration Canada n’ont pas hésité à emprisonner les cinq enfants afin que les parents se livrent. Le Canada n’a pas hésité à déporter cette famille même si Lilia Diaz, la mère de la famille, a déclaré qu’elle préférait être déportée partout sauf au Mexique et qu’elle serait même prête à rester détenue au Canada plutôt que d’être renvoyée dans son pays d’origine.

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Texte extrait de Cause commune no 7.