Logement: Une victoire populaire à Québec

La peur d'une nouvelle occupation du 920 de la Chevrotière a précipité sa démolition, ainsi que celle de l'édifice voisin, en mai 2003.Photo CMAQCertainEs se souviendront peut-être du «squat du 920 de la Chevrotière», à Québec en 2002? L'occupation s'était soldée par une trahison des élites du mouvement coopératif et la promesse du développement côte-à-côte d'une coopérative d'habitation et de condos de luxe. Le problème, c'est que les condos ne se sont jamais vendus et que le promoteur a déclaré forfait l'automne dernier. Revirement majeur: après six mois de pressions populaires, la municipalité vient de donner son accord de principe à un deuxième projet de coopérative pour remplacer les condos.

Une victoire après 30 ans de luttes

Dans la foulée de la Révolution tranquille, le quartier Saint-Jean-Baptiste a été défiguré il y a 30 ans par la construction des horribles édifices de la colline parlementaire, la percée d'un boulevard moderne et la construction d'une série de grands hôtels. Le hasard a voulu que le pic des démolisseurs ait oublié certains coins des secteurs visés par la «rénovation urbaine», ce fut le cas de six maisons situé sur l'Îlot Berthelot. Avec le temps, ces maisons ont pris une véritable valeur de symboles dans les luttes urbaines de la Vieille Capitale. Une poignée de locataires récalcitrantEs ont en effet tenu tête à des multinationales et aux pouvoirs publics pendant 20 ans, jusqu'à ce que, dans les années 1990, la lutte paie et transforme quatre des six maisons en coopérative d'habitation.

Même si pour le commun des mortels la lutte à l'ÎIot Berthelot était terminée avec la création de cette coopérative, les irréductibles gaulois du groupe local du FRAPRU (le Comité populaire SJB) n'ont jamais réellement accepté d'abandonner les deux maisons restantes et le terrain vague donnant sur le boulevard René-Lévesque. En 2002, le Comité populaire revenait à la charge en lançant l'occupation de l'une de ces maisons avec le renfort de plusieurs jeunes anticapitalistes et libertaires. C'est ainsi qu'est né le «squat du 920 de la Chevrotière» qui a duré quatre mois et dans le sillage duquel est né l'Infoshop La Page Noire.

Il est remarquable qu'à l'annonce de l'abandon du projet de condos de luxe, le Comité populaire ait eu l'audace de relancer un projet de coopérative sur l'Îlot Berthelot et ressorti les plans dessinés en... 1997. La mobilisation permanente d'un comité de requérantEs composé d'une trentaine de ménages du quartier croyant au projet et, surtout, désirant y demeurer a eu raison d'une administration municipale affaiblie par une campagne électorale imminente. Il ne manque plus que l'annonce gouvernementale des nouvelles unités de logements sociaux pour que commence la construction de 75 logements coopératifs sur le site. Cause commune salue l'instransigeance et l'intelligence collective du Comité populaire et des requérantEs de Saint-Jean-Baptiste. Vous nous prouvez une fois de plus que seule la lutte paie...

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Extrait de Cause commune no 6