La grève s’amorce à l’Université de Sherbrooke : Un exemple à imiter

==> Voir aussi notre Dossier spécial grève étudiante

Il y a quelques semaines, peu de gens auraient pu prévoir que les 1700 étudiant-e-s de la Faculté des lettres et sciences humaines de l’Université de Sherbrooke (FLSH) allaient choisir de se joindre au mouvement de grève générale illimité qui se répand à travers les écoles du Québec. La mobilisation qui a mené à cette grève a été difficile : la tradition d’apolitisme de la vie universitaire et l’attitude non-confrontationelle qui caractérise, comme tant d’autres, l’association étudiante locale (AGEFLSH) ne laissaient pas présager que ces étudiants allaient s’engager de manière si radicale dans la lutte contre la destruction de l’éducation. Comment expliquer ce qui est arrivé ?

Les assemblées générales (AG) existent dans la plupart de nos associations étudiantes pour leur garantir un minimum de fonctionnement démocratique. C’est à la suite d’une résolution prise au cours d’une AG que l’idée de la grève a pu être débattue pour la première fois dans la faculté. C’est aussi cette AG qui a légitimisé la création d’un comité de mobilisation qui a pu préparer la population étudiante à voter la grève au cours d’une autre AG.

L’exécutif de l’AGEFLSH s’étant cantonné dans la « neutralité » et n’ayant donné comme budget de fonctionnement que 100$ à ce comité de mob, il a bien fallu que la poignée d’étudiants motivés qui s’y sont impliqués aille chercher de l’aide ailleurs. Ils l’ont trouvée chez l’Association étudiante du Collège de Sherbrooke (AECS), chez la Fédération étudiante de l’UdeS (FEUQ) et chez l’Association pour une solidarité syndicale étudiante (ASSÉ).

Munis de centaines d’affiches et de stickers tout neufs, ainsi que d’un trac de leur conception imprimé sur des feuilles glanées ici et là, ils ont pris d’assaut les corridors et les salles de cours de leur école.

Ils ont entrepris de déconstruire le discours anti-grève. Ils se sont rendu compte que l’opposition viscérale courante que plusieurs ont contre la grève n’a le plus souvent rien de politique : tout le monde est pour l’accessibilité aux études et tout le monde est contre Charest. Ce n’est pas une question de but, mais de moyen. La grève est davantage vue comme une menace au cheminement académique personnel que comme un moyen d’émancipation collectif. À ce sujet, les arguments historiques se sont révélés particulièrement efficaces. « Il y a eut sept grèves dans le passé qui ont été peu dommageables pour les étudiants, mais qui ont apporté beaucoup pour la société québécoise. Si le Québec n’est pas le Texas, c’est parce qu’il a connu un mouvement social fort. Il faut continuer! »

Petit à petit, les gens se sont mis à en parler, à participer aux débats publics. Dans la cafétéria, on pouvait entendre se répéter les arguments avancés en AG. Sur les Zoom-médias dans les toilettes, les graffitis pour la grève étaient enfin devenus d’actualité!

Le premier jour de la grève, les membres de l’AGEFLSH ont fait une assemblée d’organisation où leur première tâche a été d’empêcher l’exécutif de leur asso de prendre le contrôle d’une grève qu’il n’avait pourtant pas tout à fait souhaitée! L’implication des étudiant-e-s dans l’organisation de la grève a été impressionnante : enfin l’occasion de collectivement réaliser quelque chose dans leur école était là.

Une des tâches qu’il reste à faire aux étudiant-e-s de la FLSH est de « contaminer » les autres facultés de leur école et, pourquoi pas, le reste de la population. Moyens de pression, communiqués, performances, spectacles, piquetage… cette grève-là va kicker des culs!

(Par un militant de l'Accolade, NEFAC-Sherbrooke)