Réflexions libertaires sur le droit au logement

Lu sur le site de l'Organisation socialiste libertaire:

Le logement : un droit, pas une source de profit

Le logement n'est pas une marchandise comme les autres puisqu'il s'agit d'un besoin essentiel. A vrai dire, le logement ne devrait pas être une marchandise du tout comme tous les autres biens et prestations qui garantissent les conditions de base d'existence de la communauté humaine. Nous combattons pour que les produits et les prestations assurant la satisfaction de ces besoins soient reconnus comme des droits et deviennent à terme gratuits.

Mais le capitalisme fait du logement un terrain de profit et de pouvoir. Ne peuvent se loger convenablement que celles et ceux qui peuvent payer. Les autres, les plus pauvres, les plus précaires, les sans statuts, sans travail, sans papiers, sont victimes de conditions d'exploitation inadmissibles avec des logements misérables et des loyers usuraires. Dans la société capitaliste, l'Etat prétend assurer un logement minimum à une partie des « insolvables » - en fait, un logement minimum de plus en plus misérable pour un nombre sans cesse restreint de bénéficiaires, la construction de logements « sociaux » et surtout la défense de la propriété privée du sol, du parc immobilier et des conditions de valorisation du capital investi dans cette activité.

La question du logement est inséparable de l'organisation générale du territoire, de la structuration de la ville, du droit au déplacement et à la mobilité. Du besoin essentiel de logement découle un droit social, inconditionnel, généralisé à un logement convenable. Il en découle aussi un droit au territoire, à la ville, au déplacement. La lutte pour la gratuité des transports pour les chômeurs euses que mènent en France de nombreuses organisations de base est exemplaire à cet égard.

Ces droits sont en contradiction avec la propriété privée, avec le mouvement d'accumulation de profit et de pouvoir aux mains des capitalistes. L'Etat défend la propriété privée et le profit avec détermination. Il réprime les occupations, il assure l'expulsion de celles et ceux qui ne peuvent payer leur loyer, il garantit aux propriétaires leur pouvoir souverain d'interdire le logement dans leurs bâtiments aux pauvres, aux précaires, aux chômeurs euses; à toutes celles et à tous ceux dont l'apparence ou la personnalité déplaisent aux proprios. La lutte pour le droit au logement et au territoire est un vieux combat social.

Les libertaires, depuis toujours, ont été très actifs ves sur ce terrain. Occupations, organisation des grèves de loyers, aide aux déménagements sauvages des familles ouvrières quand il était impossible de payer le loyer, lutte pour la construction de logements publics salubres et aux loyers abordables, construction d'organisations de base des locataires. A Genève, dans les années 30, le syndicat du bâtiment FOBB, animé par des militantEs anarcho syndicalistes, avait fait de la lutte contre les taudis et pour le relogement un de ses chevaux de bataille. La lutte sur le terrain du logement est un combat anticapitaliste permanent. Il n'y a pas de trêve, pas de compromis durable, pas de paix sociale si ce n'est au détriment des intérêts et des besoins des majorités populaires. Même si l'objectif paraît aujourd'hui lointain, impossible, nous devons mettre dans la dynamique de nos luttes l'exigence d'un droit inconditionnel au logement qui passe par la socialisation de la terre et de la propriété immobilière.

Pour y arriver, il faut ici et maintenant faire avancer la reconnaissance de nos droits et prendre en mains la satisfaction de nos besoins. Il faut utiliser l'action directe (occupations, grèves des loyers, manifestations) pour faire reculer les proprios et forcer l'Etat à développer une politique de construction massive de logements sociaux de qualité, combinant propriété publique, propriété coopérative, locations collectives. Nous devons agir pour imposer :

1. un droit au logement pour toutes et tous quels que soient le statut, la nationalité, la situation d'emploi de chacun-e,

2. En attendant qu'un réel droit au logement s'applique, il faut un véritable droit au relogement dans des conditions dignes pour les personnes expulsées,

3. la reconnaissance obligatoire par les gérances de la caution publique qui doit permettre de briser le droit d'attribution arbitraire des logements par les capitalistes de l'immobilier,

4. un droit de réquisition des locaux vides (logements ou locaux commerciaux) en cas de pénurie,

5. une baisse rapide et significative des loyers, jusqu’à la gratuité du logement,

6. la fin de la spéculation foncière, seule manière de reconnaître que le logement est aujourd’hui un besoin produit par des rapports sociaux inégalitaires (entre bénéficiaires et pourvoyeurs), mais qu’il doit demain devenir un véritable droit.

La municipalité de Lausanne et les communes d'alentour ont entrepris d'expulser les occupantEs qui ont investi des locaux vides, de réprimer les pratiques de réappropriation, d'interdire la mise sur pied d'espaces alternatifs non marchands. Et ce alors même que la crise du logement sévit et que des dizaines d'expulsions pour loyers impayés se multiplient dans le silence. Cette politique du tout répressif, de la tolérance zéro face aux besoins sociaux doit être combattue.

Le droit au logement ne se marchande pas, il s'impose par la lutte ! Contre la propriété privée, imposons les droits sociaux ! Socialisation de la terre et du parc immobilier ! Résistance populaire !

Lausanne 20 mars 2004

==> voir aussi La Régie du logement : une « justice » à deux vitesses
==> voir aussi Des logements rares qui coûtent la peau des fesses