Qui défend les ouvriers irakiens ?

Sous la dictature de Saddam Hussein, les ouvriers n’avaient pas le droit de s’organiser ou de faire grève. Il y avait bien des syndicats, assurément, mais leurs leaders n’étaient que des collaborateurs loyaux du régime, et les travailleurs étaient souvent persécutés si les leaders les dénonçaient aux autorités baasistes. Tous les syndicats ont mis en application les règles du régime baasiste, et les ouvriers n’ont eu aucun droit de protester. Cela a duré plus de 30 ans, et la ségrégation des ouvriers irakiens du reste du monde a été très préjudiciable à leur lutte en Irak. Maintenant la guerre des USA sur l’Irak, suivi de l’occupation, a crée un chômage massif en Irak et détruit la société civile. Le futur ne semble guère plus prometteur, avec l’installation - contre la volonté des personnes en Irak - d’un gouvernement de marionnettes qui rassemble les chefs tribaux , les forces les plus à droite, la Mafia religieuse et les forces nationalistes et ethnocentriques. En outre, la montée multiforme de l’Islam politique a pour résultat un manque de sécurité grandissant et l’accroissement des activités terroristes, comprenant les prises d’otages, des décapitations, l’imposition du voile et la privation pour les femmes du travail et de l’éducation. Les lieux de travail ont été transformés en champs de bataille. En avril 2004, les ouvriers de l’usine d’aluminium et les ouvriers d’usine d’approvisionnement de sanitaires de Nassirya ont refusés de donner suite au souhait du groupe terroriste de Moqtada Al-Sadr de transformer l’usine en un lieu d’affrontement avec les forces US. A Samara, les ouvriers sans emplois ont également défendus leurs droits qui étaient attaqués par les forces islamistes. L’occupation et l’islam politique ont tous deux engendré le chaos et l’incertitude en Irak. L’occupation donne aux islamistes le prétexte pour continuer leur terrorisme en Irak sous le slogan qu’ils combattent « l’ennemi de l’Islam » ou défendent la « terre des Arabes ». En réalité, ceci n’a rien à voir avec ce que demande la population et leur désir d’une réelle liberté et égalité. Aider et soutenir ces forces réactionnaires avec l’illusion que ce sont des forces de "résistance" aboutira seulement à promouvoir leur terreur et violence contre les masses en Irak - particulièrement contre les ouvriers et les femmes. En dépit du tout cela, la classe ouvrière s’est organisée et a protesté pour défendre ses droits. Un Syndicat de chômeur, l’Union des Chômeurs (UUI) s’est formé car suite à la guerre et à l’occupation la majorité des travailleurs s’est retrouvée sans emploi. Ils ont organisé au moins 14 protestations majeures à Bagdad et dans d’autres villes et ils ont organisé 45 jours de sit-in devant les bureaux de l’administration civile pour l’Irak de Paul Bremer. Les dirigeants de l’union ont été arrêtés par les forces US à Bagdad pour avoir défendu les droits des ouvriers sans emploi. La Fédération des Conseils Ouvriers et des Syndicats en Irak (FWCTUI), dont l’Union des Chômeurs est membre a été fondé pour organiser les travailleurs dans les syndicats et les usines autour d’un programme très progressiste et laïc. Ils cherchent à défendre les droits des ouvrières et des ouvriers au travail, le droit d’organiser des syndicats et de protester, de mettre fin à toute la discrimination contre les ouvrières, garantissant la pleine égalité entre les hommes et les femmes au travail. Ces syndicats et conseils d’ouvriers sont bientôt devenus très populaires en Irak et beaucoup de confédérations syndicales ont souhaité les rejoindre. Ils tiendront une conférence le 25 novembre 2004 à Bassorah. On s’attend à ce que plus de 25 syndicats soient présents pour discuter de leurs problèmes et pour élire une direction. Le gouvernement intérimaire, par l’article 16 publié le 28 janvier 2004, a illégalement imposé au peuple d’Irak le fait que la fédération irakienne des syndicats (IFTU) est la seule union légale et le représentant unique des travailleurs en Irak. Ceci viole totalement les droits des autres syndicats comme l’UUI et la FWCTUI qui ont pourtant été à la tête des protestations de beaucoup d’ouvriers. En revanche, l’IFTU n’a rien proposé et a été reconnu par le gouvernement intérimaire parce que ceci servait mieux des plans des USA pour la privatisation de Irak. C’est un moment crucial pour les ouvriers confrontés aux deux piliers du terrorisme que sont l’occupation US et l’Islam politique. Le soutien et la solidarité internationale de tous les organismes de travailleurs, des syndicats, des groupes de gauches et d’individus sont un besoin urgent pour les forces qui défendent l’humanisme, la laïcité et l’égalitarisme en Irak. Supportez-nous dans notre lutte pour la liberté et l’égalité en Irak !

Houzan MAHMOUD

Représentante de l’Organisation pour la Liberté des Femmes en Irak, militante pour l’UUI et la FWCTUI.

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Extrait de Cause Commune no 4.