Conseil d'un vieux camarade

Où Alexandre Berkman répond aux interrogations d'un camarade désespéré de voir Bush réélu.

Ce qu’on a reçu récemment d’un lecteur :

Je n'en reviens pas que la majorité des américainEs ont voté pour George W. Bush, pour un deuxième mandat ! Comment avoir de l'espoir pour un changement révolutionnaire ou même progressiste en Amérique du Nord s'il y en a plein qui sont assez cons pour voter pour lui, surtout après tout ce qu'il a fait ? Moi, en tout cas, je suis complètement désespéré.

Signé, Désespéré.

Alexandre Berkman répond à Désespéré :

Camarade Désespéré !

Mais pourquoi t'en fais-tu autant que ça, avec une élection ? Ce qui est arrivé aux États-Unis n'est pas un grand changement fondamental dans la logique du capital et de l'État. Comme si Kerry, une fois élu, aurait changé la nature de l'impérialisme et de la domination de classe états-unienne. De toute façon, il l'a bien dit à plusieurs reprises : des États-Unis plus fort et plus présent sur la scène mondiale, plus de ressources pour les forces militaires, etc.

Comme j'ai dit aux jeunes états-uniens lors de la Première Guerre mondiale : "L'autocracie, une fois bien installée sur sa selle, est difficile à déloger. Vous devez savoir que le cri pour la démocratie est un monsonge et un appât pour le non-penseur. Vous devez savoir qu'une république n'est pas un synonyme de la démocratie et que l'Amérique n'a jamais été une vraie démocratie, mais qu'elle est plutôt la plus vile forme de plutocratie sur le globe. Si vous pouvez voir, entendre, sentir et penser, vous devez savoir que le Roi Dollar est le chef des États-Unis et que les travailleurs se font voler et exploiter par les maîtres dans ce
pays comme bon leur semblent. "

Ces paroles sont toujours aussi vraies maintenant qu'hier. L'élection d'un démocrate aux larmes de crocodile ou d'un républicain qui aboit plus fort qu'un chien de garde ne changera rien à cela.

Cependant, si ça peut te consoler mon cher Désespéré, rapelle-toi que seulement 60% de l'électorat est allé aux urnes, que presque la moitié de la population de ce pays est toujours aussi découragée par le système électoral et qu'elle préfère ne pas perdre son temps à aller voter.

La vraie démocratie est celle qui ne se mesure pas par de petits bouts de papiers qu'ils appellent " bulletins de vote ". La vraie démocratie n'est pas une course au pouvoir, avec un " play-by-play " raconté par des médias de masse. Au contraire, la vraie démocratie est directe. Elle doit avoir lieu dans les rues et dans le quartiers, dans les usines, sur les champs et dans les salles d'audience publique. La vraie démocratie n'est pas un concept idéal qui demeure hors de portée, géré par une élite patronale et une élite académique. La vraie démocratie nous appartient et nous devons la reprendre.

Ça va nous en prendre pas mal avant que le systeme capitaliste, l'État et toutes les autres boufonneries qui nous exploitent puissent s'effondrer. Cher Désespéré, reprend ton espoir en la classe ouvrière et tu auras bien plus qu'un résultat électoral pour te réjouir. En effet, en luttant avec des principes d'action directe et d'implication dans ta communauté, tu verras petit à petit un vrai changement radical par la base et pour la base. Ce changement, malgré que plus long et plus laborieux que la distraction électorale, est le seul réel changement : le changement révolutionnaire.

Je te salue, lève mon verre et te dis : " À la sociale (et à ton courage, mon camarade) ! "

Alexandre Berkman

Berkman a été un écrivain et un participant influent du mouvement anarchiste au 20 ième siècle. Le jeune, idéaliste Berkman pratiqua la propagande par le fait en tentant d’assassiner, en 1892, le président de la Homestead Steel dont les ouvriers étaient en grève. Arrêté, il fut emprisonné jusqu’en mai 1906. À sa sortie, Berkman devint éditeur du journal d’Emma Goldman, The Mother Earth, et créa son propre journal, The Blast. Déporté des États-Unis à sa Russie natale en 1919, il vit de près l’échec de la révolution bolchévique et dédia ensuite sa vie à l’écriture anarchiste.