Sur les lignes, Une chronique syndicale (4)

OÙ EST LA COLÈRE? On peut se poser la question après la manifestation du Réseau de vigilance devant le «Forum des générations» à Saint-Augustin. À peine mille participantEs, et nous sommes généreux, avec autant de passion et d'entrain qu'une famille à l'enterrement. Un rassemblement tape-cul d'un ennui mortel... Les gentils-organisateurs ont même trouvé le moyen de nous faire passer une cassette de slogans pré-enregistrés. Non, mais! Où est passée la colère, l'indignation? Le mouvement est-il déjà mort et enterré, en même temps que la perspective de grève générale? Sans mouvement d'ensemble, nous retournons à nos luttes isolées, que nous risquons de perdre l’une après l'autre. Pourtant, des luttes, c'est pas ça qui manque.

REGAGNER SES LETTRES DE NOBLESSE et reprendre un leadership socio-politique, c'est ce que veut faire le Syndicat des employés de magasins et de bureau de la SAQ (SEMB-SAQ). Après une tournée de neuf semaines pour discuter des enjeux des négociations avec les membres et avec un mandat de grève à 86%, le SEMB-SAQ a décidé de montrer de quel bois il se chauffe maintenant. Un premier coup de semonce par une grève «surprise» de 24 heures dans 10% du réseau, puis un deuxième avec une grève générale de 4 jours début novembre. Au cas où la direction n'aurait pas compris, le syndicat menace de déclencher une grève générale illimitée avant les fêtes. L'enjeu du conflit: stopper la précarisation des temps partiels (68% des membres), instaurer un horaire rotatif garantissant au moins un jour de congé par fin de semaine à tous les temps plein et un moratoire sur la perte d’emplois de bureau (qui ont fondu de 30% depuis le 1er janvier 2003). http://www.semb-saq.com

UN POUR TOUS... Le climat de travail est pourri rare au Réseau de transport de la Capitale (RTC). Déjà que les chauffeurs et les chauffeuses n'ont réussi qu'à arracher 6¢ de plus après 11 jours de grève (et à se mettre la sacro-sainte «opinion publique» à dos), voilà que ça se gâte aussi dans les garages qui sont les prochains à passer au bat en janvier. Le 4 novembre, une centaine de mécaniciens ont causé tout un émoi quand ils sont montés dans le bureau du directeur de l'entretien pendant leur pause-café. Selon le RTC, il a fallu faire appel à une firme de nettoyage spécialisée à la suite de leur passage. Le président du syndicat, Pierre Lépine, soutenait sur les ondes de Radio-Cadenas qu'il n'y a pourtant rien eu de grave : « C'est sûr qu'il y avait peut-être des papiers par terre. Il y avait peut-être des graines de muffins. Une centaine de personnes qui mangent des muffins, ça fait des graines par terre. Il y a eu peut-être du monde qui ont échappé un peu de café par terre, ça peut arriver aussi, 100 personnes avec un café dans les mains. » Ils voulaient protester contre la suspension de sept des leurs. Ces suspensions surviennent à la suite d'une enquête menée auprès des mécanicienNEs afin de trouver la personne qui aurait mis des excréments sur la chaise d'un contremaître (!!). Les mécanos suspendus auraient refusé de collaborer avec les enquêteurs. Alors que la gauche caviar qui tient l'Hôtel de Ville chie dans ses culottes, nous, ça a plutôt tendance à nous rassurer de savoir qu'il a encore du monde qui savent se tenir debout.

LE GRAND CHANTAGE. Pour mettre fin à une grève de cinq mois, la direction du fabriquant de meuble Shermag a annoncé au début octobre qu'elle fermait son usine de Disraéli et délocalisait définitivement la production en Chine. Les syndiquéEs venaient juste de refuser les dernières offres patronales. Ils et elles se sont reviréEs comme sur un trente sous, ont ravalé leur orgueil et ont décidé, après une très pénible assemblée générale, de tenter le tout pour le tout afin de sauver leur job. Moins de la moitié des syndiquéEs sont finalement retournéEs au travail à la mi-octobre. Complètement écoeuré, le président du syndicat à préféré remettre sa démission que de rentrer travailler. Il a souhaité bonne chance à la CSD pour relever le syndicat de ce knock-out...

WAL-MART RIT DE NOUS AUTRES... Une fois que l'accréditation syndicale a été accordée au Wal-Mart de Jonquière, voilà-t'y pas que les patrons nous apprennent que le magasin n'est pas vraiment rentable. Non, mais, pour qui ils nous prennent...

Au moment d'écrire ces lignes (9 novembre), il y avait au moins 1 956 prolos en grève ou en lock-out dans la «belle province».

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Extrait du numéro 4 de Cause Commune, le journal d'agitation de la NEFAC.