Sommet des Amériques: tract de la NEFAC

(Québec, 19 avril 2001 - Dans le contexte de la mobilisation contre le Sommet des Amériques, la Fédération des anarcho-communistes du Nord Est a décidé de frappé un grand coup propagandiste. Voici les textes en français d'un tabloïd bilingue de 4 pages que nous avons commencer à distribuer aujourd'hui à 10 000 exemplaires.)

On ne les voit jamais que lorsqu'on a peur d'eux
LES ANARCHISTES

Il paraît que c'est à cause de nous qu'on va mettre une clôture au milieu de la ville et 6500 flics autour. Nous sommes des anarchistes de Québec. Vous comprendrez que, dans ce contexte, on aurait deux ou trois choses à vous dire.

Même si nous n'avons pas collectivement déterminé de ligne tactique particulière pour le Sommet (et oui, tous les anars ne rêvent pas que de Black Bloc), depuis quelques mois, on n'a de cesse, dans les journaux et à la télévision, de vous mettre en garde contre nous. Certains, ne sachant pas qui nous étions --on cache bien notre jeu-- et s'imaginant sans doute qu'un anarchiste, ça a nécessairement l'écume aux lèvres et le regard fou, nous ont mis en garde contre nous-mêmes...

Sur la lutte contre le Sommet et la ZLÉA

Pour nous, la lutte contre la mondialisation est indissociable de la lutte contre le système économique qui la soutient : le capitalisme. Nous sommes radicalement contre le capitalisme et c'est parce que la mondialisation aggrave la situation que nous nous y opposons. Pour nous, les entreprises capitalistes sont des tyrannies privées, des dictatures, dans lesquelles les salariéEs n'ont que les droits arrachés de haute lutte. Le capitalisme crée une richesse inouïe et il fait rouler l'économie, c'est vrai, mais c'est au prix d'une concentration tout aussi inouïe de la dite richesse et d'une exploitation maximale des ressources naturelles et des salariéEs. Comme en plus le capitalisme n'a pas éliminé la misère -au contraire, il l'entretient- et nous mène à notre perte à cause de la recherche de profit qui se fait au détriment de toute autre considération (y compris écologique), nous ne voyons aucune raison de soutenir ce système.

D'autre part, nous ne croyons pas que les États soient victimes de la mondialisation. En fait, ce sont eux qui en balisent la voie. La preuve, la ZLÉA n'est pas qu'un coup de force des entreprises et des lobbys patronaux, mais bien un projet qui mûrit dans les officines des ministères des affaires étrangères des 34 pays membres de l'Organisation des États Américains (OEA, l'organisation cachée derrière le Sommet des Amériques). Nous allons plus loin et nous disons que l'État, qui repose sur l'autorité et le pouvoir des élites, ne fait pas partie de la solution mais du problème. Il n'y a aucune raison de soutenir un système de gouvernement qui va systématiquement à l'encontre des intérêts de la majorité de la population et qui, de plus, se réserve le droit d'imposer les décisions des riches et des puissants àtous et toutes. L'État est un monstre froid. Si la démocratie a encore un sens, elle ne peut se construire qu'à l'extérieur de l'État et contre lui.

Nous sommes pour une lutte radicale (qui va à la racine des problèmes) et sans concession. Nous refusons les règles du jeu et, donc, refusons de nous enfermer dans les limites du " possible " et des réformettes sans conséquence. Nous ne sommes pas contre toutes les réformes à priori, certaines sont effectivement bénéfiques et peuvent aller contre la logique du système, mais nous sommes contre le réformisme. Nous sommes révolutionnaires, si en chemin nous réussissons à arracher des concessions importantes au pouvoir, tant mieux, mais vous ne nous verrez jamais quêter des miettes. Notre alternative est le socialisme libertaire, c'est-à-dire une économie reposant sur l'autogestion, la satisfaction des besoins des gens et la démocratie directe. Face au Sommet des Amériques et à la ZLÉA, nous adoptons donc une attitude d'opposition catégorique et de confrontation.

Unissons-nous dans un seul contingent libertaire le 21 avril

Sommes nous violentEs? Non. En général, nous ne sommes pas violentEs et tabasser les gens dans les manifs ne fait pas partie de nos pratiques. Si nous ne comptons attaquer personne dans la rue, ni mettre Québec à feu et à sang, par contre, nous nous réservons le droit absolu à l'autodéfense et nous refusons la passivité. Nous croyons que c'est raisonnable. Si nous sommes attaqués physiquement, nous répondrons. Les vrais " violents " ce sont ceux et celles qui se préparent au Sommet en accumulant gaz lacrymos, balles de caoutchouc et poivre de cayenne. Ceux et celles qui votent sans sourciller des lois et des mesures qui mettront dans la rue des centaines de milliers de pauvres, ceux qui signent des ententes qui menacent les soins de santé de millions de personnes, ceux qui permettent aux compagnies pharmaceutiques de faire des milliards avec la maladie en causant la mort de millions de personnes, ceux qui brevêtent le vivant créant ainsi la dépendance et la famine. En un mot comme en cent, ceux qui mettent leurs profits avant nos vies. C'est d'eux et d'elles qu'il faudrait avoir peur, pas des anarchistes.

Si ces quelques idées vous rejoignent, nous vous invitons à marcher avec nous samedi sous les bannières noires et rouges et noires. Lors de la journée du 21 avril, l'idée pour nous n'est pas de diviser le mouvement ni de le provoquer, mais bien que toutes les tendances libertaires se déploient et se rendent le plus visible possible. Non pas visibles pour le concentré de médias bourgeois indigeste qui détournera toujours à son avantage ce qui attaque les fondements du système capitaliste, mais directement visibles pour les gens, avec nous, dans la rue. Par contre, notre discours ne saurait souffrir aucun compromis et il n'est pas question que les forces réformistes puissent récupérer notre mobilisation d'aucune façon. Nous espérons donc un large et bruyant contingent anarchiste à l'image de la diversité de notre mouvement.

Rendez-vous à 12h

Sur les Plaines, proche des contingents CLAC et CASA

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Déclaration internationale des communistes libertaires, Québec 2001

CONTRE LA GLOBALISATION CAPITALISTE !

POUR LA LIBERTÉ, L'AUTOGESTION ET LE SOCIALISME !

À Québec, en avril 2001, 34 chefs d'États de toutes les Amériques - à l'exclusion de Cuba - se réuniront pour un troisième Sommet des Amériques. L'enjeu des négociations de ce Sommet comporte, entre autres, la création d'une Zone de Libre-Échange des Amériques (ZLEA) pour 2005. Cet accord de libre-échange est, en fait, une extension des accords déjà adoptés en Amérique du Nord (ALE et ALENA) désormais étendus de l'extrême Nord du Canada à la Terre de Feu. L'ALENA a déjà meurtri très profondément le Mexique, sans compter les blessures qu'il a également infligées aux prolétaires, aux étudiantEs, aux paysanNES, aux sans-emploi et aux retraitéEs du Canada et des États-Unis. Ainsi, nous pouvons déjà voir concrètement quels seront plusieurs des effets désastreux de ce fléau que sera la ZLEA sur les populations des Amériques.

Les accords de libre-échange sont la pièce maîtresse de la globalisation et aggravent une situation déjà intolérable. En effet, ils permettent la dérèglementation et la libéralisation des marchés, c'est-à-dire qu'ils éliminent les " entraves au commerce " que sont, par exemple, la protection de l'environnement et les droits des travailleurs. De plus, ces accords contribuent à la privatisation et la marchandisation de toutes choses, même des services essentiels comme la santé ou l'éducation. Évidemment, ce phénomène de globalisation ne tient pas compte des intérêts de l'immense majorité des êtres humains, il ne vise qu'à l'enrichissement de cette poignée de nouveaux " maîtres du monde ", financiers et grands capitalistes. C'est la globalisation de l'exploitation et du pillage autant économique qu'écologique ! C'est la globalisation du chômage, de la précarité, de la misère et de l'injustice !

Et l'on veut nous faire croire que tout cela est inévitable ! Eh bien, nous refusons la fatalité de la logique capitaliste. À Seattle, à Prague, à Nice, nous l'avons refusée. À Québec, en avril 2001, nous larefuserons encore.

Nous luttons pour une société sans frontière, égalitaire, sans classe, sans sexisme, sans racisme; une société autogérée, où chacunE contribue selon ses moyens et reçoit selon ses besoins. Cette société sera libertaire, solidaire, sans État et s'appuiera sur la démocratie directe. La liberté, la justice et la dignité sont possibles !

Résister et s'affirmer, s'organiser et construire une alternative contre le capitalisme à tous les jours.

POUR UNE SOCIÉTÉ COMMUNISTE LIBERTAIRE !

Signataires;

Northeastern Federation of Anarcho-Communists /Fédération des Anarcho-Communistes du Nord-Est (United States, Canada); Al Badil al chooii al Taharouri (Liban); Alternative Libertaire (France); Ceskoslovenska Anarchisticka Federace (République Tchèque, Slovaquie); Workers Solidarity Movement (Irlande); Congreso de Unificación Anarco-Comunista (Chili); Fédération anarchiste francophone (France, Belgique); Federacja Anarchistyczna Bialystok (Pologne); Priamej Akcie – Anarchokomunistickej Organizácie Práce (Slovaquie); Bikisha Media Collective & Zabalaza Books (Afrique du Sud); Solidarita Organization of Revolutionary Anarchists (République Tchèque); Federazione dei Comunisti Anarchichi (Italie); Organisation Communiste Libertaire (France); Autonomist Action (Russia); Federation of Social Anarchists - IWA (Czech Republic); Siberian Confederation of Labor (Russie); Organizacion Socialista Libertaria (Argentine); Rézo Maloka (France); Anarchist Federation (Grande Bretagne)

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LES RÉFORMES, KOSSÉ ÇA DONNE?

Quand on parle de groupes et de militantEs réformistes, on parle d'un courant politique qui cherche à opérer des changements à l'intérieur des structures de l'ordre établi, par opposition aux groupes et militantEs à orientation révolutionnaire qui prônent ni plus ni moins que d'anéantir ces structures pour bâtir une société égalitaire sur les ruines du vieux monde écrapoutit.

L'avènement du phénomène " globalitaire " a comme conséquence politique directe de rendre l'un des organes chéris des réformistes, le parlement, complètement soumis aux milles et un caprices du capital multinational. Mais, depuis Seattle, ceux-ci et celles-ci cherchent à reprendre les devants. En janvier dernier, des réformistes du monde entier se sont réuniEs à Porto Alegre, au Brésil, pour un " Forum social ", dont l'objectif est la création d'une nouvelle Internationale réformiste. À Québec, le " Sommet des peuples " s'inscrit dans la même veine.

Tant que le peuple s'en câlice de la globalisation, les gouvernements se câlicent des réformistes. Mais, une fois que la rue se remet à s'agiter et à déborder, les gouvernements les rappellent à la rescousse. En effet, qui de mieux placé qu'un bureaucrate syndical prétendant s'exprimer au nom des travailleurs et travailleuses pour désamorcer la bombe sociale qui menace de leur péter dans face? Sûrement pas ce yuppie frais-chié de Pettigrew!

Mais que veulent les réformistes (à part des jobs subventionnées)? Bien que certainEs d'entre eux et elles s'opposent catégoriquement à la globalisation, le courant majoritaire du réfomisme limite ses ambitions à vouloir lui donner une façade humaine. Concrètement, les réformistes militent pour que des " clauses sociales " soient inclues à l'intérieur des accords libre-échangistes.

Ça changerait quoi, à part de déplacer le terrain de la lutte de la rue jusqu'aux cabinets d'avocatEs? De nos jours, tout miser sur le légalisme revient à sacrifier sa dernière chemise (si t'es pas déjà en bedaine...). Ça nous avancera à quoi d'avoir un article sur les droits des exploitéEs dans la ZLÉA quand on voit Ottawa se torcher avec SA Charte canadienne des droits et libertés pour discuter de démocratie " en toute sécurité " avec 34 canailles des Amériques???

Au fond, ce que cherchent avant tout les leaders réformistes c'est de pouvoir représenter la " société civile " aux côtés des big boss. La joke, c'est que personne semble capable de dire c'est qui au juste qui en fait parti de leur " société civile ": ça inclus-tu les businessmen? les émeutierEs?? pis les flics en civil, y en font tu parti de leur " société civile "???

Parler de " société civile " pour éviter de parler de classes sociales, c'est comme monologuer sur la mondialisation pour ne pas prononcer le mot CAPITALISME. Au-delà des fleurs du tapis, nous vivons toujours dans une société où l'écrasante majorité des gens sont dépossédés de tout véritable pouvoir sur leurs destinées au détriment d'une minorité de privilégiéEs accapareurSEs.

Alors que des millions de nos frères et de nos sœurs continuent d'investir leurs espoirs dans les promesses sans lendemain du réformisme, il est vital de réaffirmer clairement que la seule façon de mettre fin à cette absurdité c'est de construire le camp du prolétariat, la seule force sociale capable de faire dérailler définitivement ce train fou qui nous dirige tout droit dans un abîme sans fond.

Finalement, pour répondre à la question-quiz qui sert de titre à ce texte:

COMME LE CHLOROFORME, LES RÉFORMES NOUS ENDORMENT!

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UNE PSYCHOSE CALCULÉE

Accuser les flics et le gouvernement d'avoir perdu les pédales avec leurs mesures de sécurité, c'est déjà leur fournir un alibi de trop: la folie. Or, les hauts gradés de notre État policier démocratique savent parfaitement bien ce qu'ils sont en train de faire. Ils travaillent là-dessus depuis un an et demi. Ils sont allés voir ailleurs, à Seattle, Prague, Nice, etc., pour comparer.

Être cinglé, c'est perdre le contrôle. Or, c'est justement ce qui n'est PAS en train de se passer. L'opération ultrasécuritaire du Sommet des Amériques est surplanifiée, rien n'est laissé au hasard.

Par ses dimensions, les mesures de sécurité dépassent largement l'événement auquel elles sont destinées. Québec 2001 est en quelque sorte un laboratoire de la répression antimondialisation, ne serait-ce qu'à cause que le périmètre de sécurité s'est installé à l'intérieur d'une zone résidentielle, du jamais vu à l'échelle planétaire.

Dans le cadre de cette expérimentation, l'État-policier démocratique peut mesurer quel est le niveau de tolérance de la population québécoise par rapport à un déploiement aussi draconien de force répressive. Ils veulent savoir jusqu'où ils peuvent aller.

Plusieurs autres aspects de l'opération ultrasécuritaire seront encore utiles à l'appareil de répression une fois le Sommet terminé. Les formations en contrôle de foule que reçoivent des centaines de flics, leur apprentissage de comment coordonner autant de corps policiers différents sur le théâtre des opérations, leur rééquipement en technologiesrépressives, etc.

Sans oublier que toute leur collecte massive de renseignements sur les groupes et individus impliqués dans la mobilisation, des plus modérés jusqu'aux plus radicaux, leur permettra de faire une mise à jour de leurs fichiers politiques qui pourra leur être fort utile dans les années à venir...

Plusieurs activistes ont déploré que la médiatisation des mesures policières se fait au détriment des enjeux entourant la ZLÉA. Pourtant, l'accroissement de la force de frappe répressive, que l'on peut observer tant dans la rue au jour le jour que lors d'événements comme le Sommet, est pleinement partie prenante du phénomène de la globalisation. Comment pourraient-ils privatiser un continent au complet sans pouvoir compter sur une armée de flics?

Vouloir l'ignorer serait une grave erreur, car ce n'est qu'une fois confronté à la répression que se mesure la force véritable d'un mouvement. Et c'est l'attitude de ce mouvement face à la répression qui sera déterminante pour l'avenir de la lutte.

Contre la surenchère répressive, notre arme la plus puissante, c'est la solidarité!