Quand les centrales jouent le jeu de l’État libéral

S’entre-déchirer pour être mieux dominéEs!

En décembre dernier, alors que les syndicats se mobilisaient pour faire échec à l’adoption des lois Charest, on aurait cru voir l’émergence d’un mouvement semblable à celui qui a balayé le Québec en 72 avec un front intersyndical sans précédant. Plus de 9 mois plus tard, alors que les lois sont adoptées et commencent à être mises en application dans certains secteurs de l’économie, où en sont rendus les syndicats?

Tout le monde sera d’accord avec cela, au cours des dernière années, les gouvernements tant péquiste que libéral, ne se sont pas privés d’utiliser tous les pouvoirs en leur possession pour faire du fric sur le dos des classes laborieuses : décrets, prolongations de convention collective, réformes de structures, injonctions et lois anti-ouvrière. Il est bon de se rappeler que les travailleuses et travailleurs du système de santé ont ceci de particulier : leur véritable employeur, l’État, est aussi celui qui vote les lois, réprime et assassine.

L’intelligence tactique de Charest

L’automne dernier, le gouvernement libéral a mis son chapeau de législateur en votant une série de lois anti-démocratiques : les lois 25, 30. 31…L’une d’elles, la loi 30, est en train de faire ses premières victimes. Cette loi vient modifier la forme de la syndicalisation que nous connaissons aujourd’hui en regroupant les travailleurs et travailleuses en quatre groupes distincts. L’intelligence tactique du gouvernement Charest dans ses projets de privatisation et de sous-traitance peut se résumer ainsi : avec la loi 25, on fusionne les établissements de santé en plus de donner une dimension « commerciale » aux régies régionales, désormais appellées agences de développement. En second lieu, on vient harmoniser entre les établissements les pratiques du personnel en millieu hospitalier par la loi 90. On fusionne les accréditations syndicales et les divisant en quatre types de métiers, en décentralisant à 80% la négociation de la convention collective avec la loi 30. On sabre dans l’article 45 du code du travail, article encadrant le recours à la sous-traitance par un employeur, facilitant ainsi le recours à cette dernière. Pas besoins de vous dire qu’en décentralisant la négociation, le mouvement ouvrier perd sa force première face à l’employeur-législateur : l’unité! Rendant encore plus difficile l’inclusion de clauses anti-sous-traitance ou le respect de celle-ci dans la convention collective, cette division sera accentuée par l’éclatement des unions locales en quatre entités. L’État-employeur aura alors beau jeu de sous-traiter secteur par secteur les différents corps de métiers, la solidarité syndicale étant amoindrie.

Selon le gouvernement Charest, cette loi vise à réduire le nombre d’accréditations syndicales dans un même établissement. Ce que Charest occulte avec une telle affirmation, c’est que dans certains cas, 90% des employéEs d’un établissement peuvent être regroupéEs dans seulement deux ou trois locaux syndicaux, ces derniers, regroupant dans un syndicalisme de forme industriel des métiers aussi différents que plombier et infirmière auxilliaire, favorise la solidarité entre employéEs, malgré l’énorme différence de fonction. Les accréditations syndicales seront désormais divisées en quatre, soit entre le personnel en soins infirmiers et cardio-respiratoires, le personnel paratechnique, des services auxiliaires et de métiers, le personnel de bureau, les professionnels de la santé et des services sociaux.

Les causes du déchirement

Avec ce remaniement, en premier lieu des structures hospitalières et ensuite des structures syndicales, le gouvernement vient provoquer une période de maraudage forcée, un exercice qui permet aux syndiquéEs de choisir la centrale qui les représente, à un moment où la classe ouvrière a besoin plus que jamais d’unité. On a vu en décembre dernier une montée aux barricades des syndicats contre les réformes du code du travail. Au moment où il était temps de sortir en force contre les projets de lois, par une grève générale et sociale, les têtes dirigeantes des centrales syndicales commençaient déjà à s’entre-déchirer. Car, il faut bien s’en rendre compte, le redécoupage de la carte syndicale fait l’affaire de certaines centrales, comme la FIIQ, qui par leur position prédominante dans le système de santé, risquent de ramasser le « jackpot » en terme de membership. Malgré le fait que des dizaines de locaux syndicaux aient en poche un mandat de grève illégale conditionnel à la construction d’un front commun intersyndical, on risque peu de voir éclater une telle riposte aux réformes libérales.

Mais que font présentement les syndicats pour combattre cette offensive libérale? Contrairement à ce que l’on croyait, elles ne préparent pas de campagnes contre Charest et ses amis du patronat, elles préparent plutôt la guerre face aux autres centrales, en investissant des sommes astronomiques, se chiffrant dans certains cas en millions, dans des campagnes de publicité afin de gagner les différents votes d’allégeance syndicale qui se déroulent ou se dérouleront bientôt à travers la province. Des dizaines de millions en cotisations syndicales, allant non pas dans l’éducation des travailleuses et travailleurs sur les véritables enjeux des attaques libérales, dans la mobilisation et l’organisation d’actions de masse, encore moins dans la syndicalisation de nouveaux lieux de travail, mais bien dans le combat contre les autres centrales dans le but de conquérir l’hégémonie syndicale dans le système hospitalier!Si après avoir lu ce texte, vous êtes d’accord avec le point de vu amené, que vous êtes révoltéEs face à cette situation et que vous militez dans un syndicat tout en étant dégoutéEs de la situation, écrivez-nous (syndicalistes_solidaires (at) yahoo.ca) pour nous donner votre point de vue sur la question et, qui sait, amoindrir ensemble les divisions du mouvement syndical.