« La vierge des désirs » ? (extraits)

Fuir pour construire

Dossier spécial du Monde libertaire sur les anarcha-féministes boliviennes.
Sommaire:
  • Mujeres Creando, féministes anarchistes en Bolivie

  • «Pas de ligne, tout en courbes!»
  • «La vierge des désirs» ? (extraits)
  • Mets à nu ton imagination
  • La rue
  • Expliquer ce qu’est « la vierge des désirs » n’est pas aussi facile qu’il y paraît. Ce n’est pas le siège d’un groupe ou d’un mouvement, ce n’est pas un centre culturel, ni même une maison de femmes ou pour des femmes ou encore une maison autogérée ainsi que nous avons nous-mêmes décidé de l’appeler. « La vierge des désirs » est une façon de renouer avec une stratégie que, nous femmes, avons utilisée tout au long de l’histoire, stratégie qui a consisté à fuir la réclusion et à construire un espace qui nous soit propre mais tourné vers la société. Nous sommes donc aussi des fugitives. Nous fuyons le jeu de « qui prend le pouvoir » qui s’est installé dans les mouvements sociaux, nous fuyons la relation victime-concession qui est maintenant au cœur des rapports de ces mouvements avec l’état, nous fuyons la transformation de la lutte sociale en abattoir à moutons. Nous fuyons aussi, et en même temps, toutes les formes de réclusion domestiques où on nous tient en tant que mères, filles ou épouses. Nous aimons nos mères et nous sommes mères nous-mêmes, mais mères et filles qui fuyons les limites que ces relations supposent. Comme vous le voyez, ce n’est pas très facile à expliquer puisqu’il s’agit du lieu précis où se tient le point de rencontre de la désobéissance et de la rébellion tant dans le domaine du vécu personnel que dans celui du collectif. (…………)

    La structure économique

    Nous avons donné à « la vierge des désirs » la forme d’une coopérative où se mêlent différentes petites initiatives menées respectivement par des groupes de femmes différents. L’idée est que personne ne soit salarié ou désigné pour une fonction spécifique ; au contraire, chaque groupe doit assumer son autosuffisance et participer à celle de la maison à partir de la fusion du travail manuel, du travail intellectuel et du travail créatif. Nous refusons toute forme de travail séparé et hiérarchisé par le patriarcat et le capital, ces formes de séparation qui prétendent que laver une chemise ne peut en aucun cas avoir la même valeur que concevoir les plans d’un édifice, formes de séparation qui non seulement dépouillent de sa valeur le travail mais aussi la personne qui le réalise. De là, par exemple, la totale dévalorisation du travail domestique et le fait qu’une femme à la maison a moins d’importance qu’un frigidaire, bien que son travail soit vital pour la société. C’est précisément tout cela que la maison s’emploie chaque jour à démonter et cette pratique est devenue pour nous la méthodologie centrale de l’organisation de nos tâches, de notre survie et de nos relations entre êtres différents. (…………)

    Maria Galindo