OTAN en emporte l’argent...

Le Kosovo est un État indépendant depuis le mois de février 2008. Son accès à l’indépendance a provoqué de nombreuses réactions à travers le globe, suscitant des prises de positions antagonistes, réduisant ainsi la question aux pro-Kosovo ou aux anti-Kosovo. Ces derniers sont bien entendu majoritairement serbes. Le gouvernement de Belgrade qualifie le Kosovo de «région historique» de la Serbie, prétextant la présence de nombreux monastères orthodoxes. La Serbie est notoirement appuyée par la Russie, alliée historique, mais aussi la Chine. Et bien entendu, les Chinois n’offrent pas leur support en vertu du respect du patrimoine religieux...Qu’est-ce qui se cache derrière l’indépendance kosovare ? Après un bref passage dans ce tout nouveau pays, il est facile de se faire une idée rapide de la situation, tant tout cela saute aux yeux.

Rappelons déjà que le Kosovo a été en guerre durant de longues années. L’UCK, une organisation de guerrilla, y a été active jusqu’à récemment. C’est Ibrahim Rugova, politicien populaire local, qui s’est chargé des négociations politiques et diplomatiques avec la Serbie, sous l’égide des États-Unis. Depuis la guerre civile de 1992-1995, l’OTAN a favorisé l’indépendance de pays tels que la Slovénie, la Croatie, ou la Bosnie-Herzegovine, au détriment, selon elle, de la Serbie dont Belgrade était le Moscou de l’ex-Yougoslavie de Tito. Cette désagrégation s’est soldée par un sentiment de victimisation de la part des Serbes, qui a exacerbé la montée d’un populisme radical et d’un nationalisme ethnique incarné par Slobodan Milosevic et surtout les différentes sphères de l’armée serbe. Ce repli sur soi a culminé en 1999 avec le bombardement de la Serbie par l’OTAN et la situation au Kosovo. Les États-Unis et l’OTAN ont tout fait pour aider le Kosovo à parvenir à une autonomie totale, tolérant même les activités de l’UCK, ou tout du moins en n’exercant pas envers elle une répression systématique. Mais pour quel motif ? Jouer le rôle du gentil pacificateur dans la guerre binaire méchants Serbes contre gentils Kosovars ? C’est un rôle qui sied bien a la police de la planète, si prompt a invoquer des raisons morales à ce qui est en définitive l’inverse.

Si bien qu’il y a encore quelques mois, le Kosovo était
synonyme de tension, d’instabilité. Depuis l’indépendance, il y a un black-out sur la situation locale dont même les Serbes n’ont pas idée. En effet, étant à quelques kilomètres de la frontière, les habitants locaux ne savaient rien de ce qui s’y déroulait. En passant la frontière au nord, nous sommes confrontés à premièrement la police serbe, puis l’ONU et la KFOR, la force de l’OTAN. Aucune présence d’une éventuelle autorité kosovare. Les militaires sont partout sur la route qui mène à Pristina, la capitale. Sur celle-ci, on y retrouve bien entendu des traces de la guerre, mais surtout un immense effort de reconstruction. Les travaux sont apparents. C’est simple : il n’y a qu’une route qui conduit vers Pristina, et celle-ci a été payée par l’Union Européenne. Quand en Serbie on retrouve le dinar, le Kosovo jouit déjà de l’euro. Les plans de partenariat avec l’UE sont partout affichés, promus. À proximité de la capitale, on constate la présence de riches résidences nouvellement construites, au style résolumment contemporain. On croirait qu’on y construit une véritable banlieue comme Laval. Les scènes sont surréalistes. Dans ce décor de type désertique se dresse d’immenses baraques de trois étages. Les Mercedes pullulent sur la route. Nombreuses sont celles qui sont immatriculées en Allemagne, en Autriche ou ailleurs en Europe de l’Ouest. En arrivant à Pristina, c’est la confirmation. Des travaux à n’en plus finir, d’énormes bâtiments administratifs en chantier, des drapeaux américains flottant au vent aux quatres coins de la ville...En discutant avec un entrepreneur local, celui-ci explique la création toute nouvelle d’un McDonald a Pristina. Les compagnies américaines et les investisseurs étrangers se bousculent à l’entrée du Kosovo afin de profiter de cette nouvelle manne de profits. Le contraste avec la Serbie toute proche est saisissant. Celle-ci est pauvre, rurale et paysanne. Le Kosovo est bien entendu marqué par une longue guerre, mais on sent qu’en quelques mois, c’est à dire depuis l’indépendance, tout avance à vitesse grand V. Le point culminant est la découverte d’un immense centre commercial édifié sur le modèle nord-américain.

On comprend ainsi très bien les intérêts des USA et des puissances membres de l’OTAN. Les États-Unis bénéficient de la plus importante base militaire de la région, spécialement utilisée pour surveiller les dispositifs russes, et située en pleine Europe de l’Est, position géographique idéale. Voila pourquoi la Russie et la Chine n’acceptent pas le nouveau Kosovo, qui est ni plus ni moins qu’un territoire annexé pour les investisseurs occidentaux. Petit pays ancré au sud des Balkans, celui-ci a tout à gagner de sa position actuelle, avec des dirigeants qui peuvent légitimement rêver de s’en mettre plein les poches. La population kosovare, elle, est bercée dans cette illusion que les États-Unis jouent un rôle humaniste bienveillant, «parce qu’ils apportent du travail et de l’argent». Voici encore le résultat d’une guerre impérialiste dans une des régions les plus troublées du globe. Il y a ceux qui organisent et instrumentalisent la guerre, et ceux et celles qui souffrent des conséquences, quelles qu’elles soient.

==
Extrait du numéro 22 du journal Cause commune