Élections: qu’en est-il de l’avortement

Avec les élections, le projet de loi C-484 pour octroyer un droit distinct de celui de la mère au fœtus est mis au rancart. C’est là bien probablement la seule bonne nouvelle des élections ! Harper nous promet même que le projet de loi sera retravaillé avant d’être redéposé en Chambre. Là-dessus, il est sûrement nécessaire de se poser des questions : ne nous avait-il pas promis avant les dernières élections que les libertés fondamentales, telles l’avortement, n’allaient pas faire l’objet d’un débat ?

Ce dossier chaud n’est très certainement pas étranger à sa décision d’aller en élection : il est beaucoup plus sûr d’avoir la majorité en Chambre avant de passer un projet de loi aussi controversé ! N’oublions pas, en effet, que même la Fédération des médecins du Québec a osé émettre son opinion politique sur cette remise en question de l’avortement qu’elle a vertement dénoncée. Le débat ravive les passions et ce, de tout bord, tout côté.

Mais même si le projet de loi C-484 est mort au feuilleton, les stratégies pour faire valoir les mœurs conservatrices ne font que redoubler d’ardeur. Aider des conservateurs dans l’arène politique, rien n’est plus facile. Rappelons que la mission de Condition féminine Canada n’est plus de favoriser l’égalité entre hommes et femmes, mais de faire la promotion de la participation des femmes aux institutions. Concrètement, ce que ça veut dire, c’est que les groupes de femmes en défense de droits se sont fait couper leurs subventions et que ceux font la promotion du rôle des femmes comme mère et épouse avant tout sont subventionnés par le gouvernement alors qu’ils ne l’étaient que par des organismes privés par le passé. L’avortement est donc loin d’être un débat clos.

Même si C-484 ne reviendra peut-être pas sous sa forme actuelle, il reste tout de même trois autres projets de loi privés qui tentent de restreindre le libre-choix des femmes. Dans tous les cas, ce qu’on sait, c’est que ce n’est pas par la répression qu’on réussit à faire diminuer le nombre de grossesses non-désirées. Ce qu’on crée avant tout, c’est l’insécurité et l’anxiété des femmes qui, souvent, ferait le même choix d’interrompre leur grossesse dans l’illégalité. D’après Édith Guilbert, médecin invitée à la conférence de SOS Grossesse mardi le 16 septembre dernier à Québec, le taux de mortalité des femmes subissant un avortement est de 330 pour 1 000 dans les pays en voie de développement où l’accès et les ressources sont réduits. Dans un pays comme le Canada, il se situe entre 0,2 et 1,2 pour 1 000 femmes.

L’enjeu est évidemment politique. Les Conservateurs l’ont bien compris. Il ne s’agit pas seulement de défendre sur la place publique des positions morales beaucoup trop teintées de dogmatisme religieux. C’est un enjeu idéologique qui donne à l’État le pouvoir de contrôler nos vies, nos corps et donc, notre autonomie.

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Extrait du numéro 22 du journal Cause commune