Journée historique, répression des flics

Le 1er mai dernier, Journée internationale des travailleurs et travailleuses, une manifestation anticapitaliste était au programme dans les rues de Montréal. L’effort de mobilisation et d’organisation provenait de différents groupes anticapitalistes de la métropole, dont le collectif montréalais de la NEFAC, La Commune. L’agitation en vue de la manif s’étant échelonnée sur deux mois, la journée du 1er mai s’annonçait comme ce qu’elle doit être historiquement : un jour de lutte pour les prolétaires du monde entier.

Le rassemblement était prévu à la place Valois, dans le quartier Hochelaga-Maisonneuve. De cette façon, les organisateurs et organisatrices cherchaient à rendre visible la pauvreté et la gentrification grandissante de cette zone ouvrière, en proie actuellement à la spéculation des yuppies qui rêvent d’y modeler un nouveau Plateau Mont-Royal.

La journée durant, des militantEs de différents groupes communautaires du quartier investissaient la place Valois afin d’y diffuser des tracts et des journaux aux passants. De même, d’autres personnes ont pu donner les renseignements quand à la manifestation qui avait lieu en soirée, soit à partir de 18h30. C’est à cette heure que le plus gros des troupes commençaient à serrer les rangs. De la nourriture gratuite était disponible (merci à People’s Potatoe, cuisine populaire basée à l’université Concordia) ainsi qu’une multitude de pancartes et autres bannières. L’atmosphère était à la fête et au rassemblement ; on ne sentait pas une tension vive qui aurait pu installer un certain climat agressif, et plusieurs familles avec leurs enfants étaient sur les lieux.

Situés à proximité, des dizaines d’agents de la police de Montréal paraissaient, eux, sur les nerfs. Visages allongés, yeux interrogateurs, prêtEs à intervenir au moindre «dérapage». Vers 19h, un membre de la NEFAC-Montréal prit le mégaphone et lança un premier speech. Il aborda la question du développement immobilier dans le quartier : la gentrification est un effet du capitalisme, qui est la cause du problème.

Un peu plus tard, environ 800 personnes prirent la rue Ontario en direction ouest. La marche était animée et politiquement diversifiée. Soulignons la présence d’un bloc rouge et noir d’une quantité appréciable. Aucun geste de dégradation n’aura été commis sur le chemin qui mènera juste un peu avant l’intersection Ontario-De Lorimier. Au contraire, tandis que plusieurs déambulaient dans la rue en jasant tranquillement avec des camarades, d’autres informaient la population locale du but de l’événement à l’aide d’un tract. Quelques instants auparavant, deux néo-nazis pointeront le bout de leur nez à une intersection. Après quelques boutades et menaces, des antifascistes décidèrent de prendre les choses en main et de barrer le passage à l’extrême-droite, en les chassant tout bonnement. Il est à noter que peu de personnes ont pu être témoins de cette scène.

Cinq à dix minutes plus tard la police anti-émeute était déployée à l’arrière de la manifestation, là où se trouvaient pas mal d’enfants et de personnes plus âgées. Mine de rien, la police chargea à plusieurs reprises, tapant du bouclier et se montrant démesurément agressive. ArrivéEs à la hauteur de De Lorimier, nous fûmes pris en sandwich par un escadron de flics qui chargea la tête de la manif. Dès lors, ce fut l’implosion. Plusieurs personnes tentèrent de s’échapper, croyant à un encerclement. Le groupe fut scindé en plusieurs parties, les flics s’en donnant à cœur joie avec quelques individus isolés. Dans le chaos, une plus petite foule se retrouva par la suite au métro Papineau. Un discours rageur fut prononcé, dénonçant l’intransigeance de la police.

En guise de bilan, nous retiendrons la forte participation et l’engouement suscité par la manifestation, la réaction surprenante des gens du quartier, qui semblaient curieux et intéresséEs, et surtout la répression politique du SPVM. La police s’est servie du prétexte de quelques taloches sur la gueule entre une infime minorité de personnes pour s’attaquer délibérément à une manifestation populaire forte de près de 1000 individus. Plus que jamais, nous clamerons haut et fort notre opposition au capitalisme et à ses laquais, le 1er mai comme à chaque jour de l’année!

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Extrait du numéro 21 de Cause commune