Grève étudiante : l’exercice d’un droit collectif

En collaboration avec le Conseil exécutif de l’ASSÉ

Depuis l’avènement du mouvement étudiant en tant qu’acteur social au Québec, la grève demeure un moyen privilégié de faire pression sur les gouvernants afin de nous faire entendre. Sept grèves générales illimitées et un nombre incalculable de grèves locales ont eu lieu depuis 1968 dans le but de se doter d’une éducation accessible et de qualité, mais aussi pour construire une société plus juste, en lien avec les diverses luttes sociales. La grève étudiante de 2005, malgré les dérapages encourus, aura permis au mouvement étudiant combatif de s’imposer comme un acteur incontournable du monde de l’éducation. Les réactions ne tardèrent pas à venir…

Une répression générale et illimitée

En effet, la répression politique et administrative s’est multipliée envers les étudiants et étudiantes depuis 2005. D’abord, bon nombre d’administrations collégiales se sont appuyées sur l’antisyndicale loi 43 pour interdire tout recours à la grève des associations étudiantes locales. Nous avons appris par la suite que cette stratégie avait été suggérée par la Fédération des cégeps afin d’inciter les administrations à ne pas reconnaître les votes de grève. Les associations étudiantes membres de l’ASSÉ ont résisté malgré les menaces et la présence policière et ont réussi à faire respecter leurs mandats de grève. Par contre, un flou volontaire persistait sur l’application des sanctions aux associations étudiantes en cas de grève. La situation ne fut clarifiée qu’en novembre dernier, lorsque la mobilisation étudiante et les appels de l’ASSÉ forcèrent le Conseil du Trésor à préciser que la loi interdisant toute grève des travailleurs et travailleuses du secteur public ne s’appliquait pas au mouvement étudiant. La mobilisation étudiante, le rapport de force discursif ainsi que l’appui d’organisations syndicales ont permis un recul politique important: les administrations collégiales refusant de respecter les votes de grève n’avaient plus aucune justification légale pour le faire, et les rares qui persistaient dans cette voie furent condamnées à prêcher dans le désert.

Les mesures répressives gouvernementales pour contrer le mouvement de grève étudiante ne s’arrêtèrent malheureusement pas là. En effet, l’intervention musclée de l’escouade anti-émeute lors du bed-in au Cégep du Vieux-Montréal le 12 novembre dernier entraîna plus d’une centaine d’arrestations arbitraires sans compter les blessures infligées. La situation allait se reproduire quelques jours plus tard, à l’UQÀM, où seule la spontanéité des militants et militantes permit d’éviter une autre série d’arrestations massives. Au-delà des conséquences néfastes de la répression sur le plan individuel, le traitement médiatique misérable des événements contribua à discréditer le mouvement étudiant combatif, qui dû par la suite justifier chacune de ses actions en fonction de la pseudo-violence des grévistes.

Qui plus est, les grévistes de l’UQÀM dûrent composer avec les innombrables interventions policières au sein même de l’université. Non seulement ces interventions violaient l’espace de réflexion et de discussion qu’est l’université, mais elles montraient aussi la volonté de l’administration uqamienne de ne pas négocier avec les grévistes et de répondre par la force à leurs revendications. La réponse étudiante fut directe : il fallait réagir activement aux tentatives de l’administration pour briser la grève. Devant son incapacité à offrir une solution au conflit, le recteur de l’UQÀM, Claude Corbo, récidiva en
utilisant l’appareil juridique pour contraindre les actions des grévistes par une injonction, comme il l’avait fait durant la grève étudiante de 1988. Les nombreux appuis récoltés contre cette injonction ne parvinrent pas à faire retirer celle-ci, qui fut plutôt prolongée jusqu’en juin. Rappelez-vous qu’au moment d’écrire ces lignes, toute personne qui « perturbe le fonctionnement de l’université » risque une amende de 50 000$ et/ou jusqu’à un an d’emprisonnement.

Imposer le droit à la grève

Bien que la grève ait été un moyen de lutte privilégié du mouvement étudiant combatif au Québec, les dernières expériences nous ont montré que les appareils répressifs administratifs, policiers et gouvernementaux sont prêts à tout pour nous faire reculer. L’échec relatif de la mobilisation étudiante cette année ne doit pas se solder par une apathie généralisée, mais plutôt par une active dénonciation de la répression, et un retour en force du mouvement étudiant. Il s’agit de clamer haut et fort que la grève est un droit historique permettant aux peuples et individus opprimé-e-s de faire valoir leur vision du monde et de résister aux attaques capitalistes. Si la grève n’est pas une fin en soi, elle demeure un moyen judicieux et démocratique de se faire entendre; c’est pourquoi il faut la faire respecter.

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Extrait du numéro 20 de Cause commune