L'anarchie de A à Z, «S» comme Syndicat

Dans notre société, la démocratie, pour peu qu’elle existe, s’arrête aux portes de l’entreprise. Pour le commun des mortels, les droits et libertés ne s’étendent pas au monde du travail. Exprimer son opinion est risqué, protester et revendiquer ses droits l’est encore plus. Sauf exception, au travail on ne discute pas et on ne vote jamais. Dans le meilleur des mondes, on ne penserait même pas…

L’ennui, c’est que les salariéEs ne sont pas encore des machines. Il y a des limites à ce qu’on peut endurer. Il y a des situations où même les plus effacéEs et les plus obéissantEs vont choisir de dire non et de se tenir debout. C’est pour ça qu’il y a des syndicats. Pour se faire respecter et défendre ses droits au travail.

Un syndicat est une association qui a pour objet la défense d’intérêts communs. Se reconnaître des intérêts différents de ceux des patrons, c’est le B-A-BA de la lutte de classe. Dans une perspective anarchiste, c’est éminemment positif.

Les syndicats établis ne sont pas des organisations révolutionnaires et n’ont pas la vocation de le devenir. S’ils étaient des organisations d’auto-défense efficaces ce serait déjà ça de pris. Le problème, c’est qu’ils le sont de moins en moins…

Si le syndicalisme est le principal mouvement de masse en activité au Québec, il faut reconnaître qu’il est particulièrement sclérosé et gangrené par la bureaucratie et le réformisme le plus plat. L’immense majorité des syndiquéEs ont développé le même type de relation amour-haine avec leur syndicat qu’ils et elles ont avec leur compagnie d’assurance. Le moins que l’on puisse dire, c’est que, quand les choses deviennent sérieuses et qu’il faut vraiment se battre, la plupart des syndicalistes manquent légèrement de pratique. Pourtant, comme l’ont démontré les premières années du règne de Jean Charest, le potentiel est là et il est immense.

Les anarchistes qui s’intéressent au syndicalisme le font d’abord à titre de salariéEs. Nous avons tous et toutes intérêt à ce que les syndicats soient plus combatifs et efficaces. Chaque défaite a un impact désastreux sur le climat social, rendant les prochaines batailles plus difficiles. La tâche la plus urgente nous semble être de diffuser l’information sur les luttes en cours et de développer la solidarité tant à l’intérieur qu’à l’extérieur des syndicats établis.

Nous ne cessons pas d’être anarchistes en entrant au syndicat et nous continuons de prôner les pratiques qui nous semblent les plus porteuses (démocratie directe, solidarité, action directe, etc.). Les luttes syndicales sont un terrain de propagande et d’agitation comme un autre.

En tant que révolutionnaires, le lieu de travail revêt toutefois une importance particulière. C’est l’un des principaux lieux physiques où se fait l’exploitation et c’est l’un des endroits où les gens ordinaires ont le plus de pouvoir potentiel (la plus grande capacité de nuisance en tout cas).

Toute transformation sociale radicale devra partir, entre autres, des lieux de travail. Sans organisation préalable au cœur de l’économie, il n’y a pas de réorganisation autogestionnaire à grande échelle possible. S’ils ne sont pas l’institution révolutionnaire qui reprendra en main l’économie, en organisant la résistance sur les lieux de travail, les syndicats pavent la voie.

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Extrait du numéro 20 de Cause commune