Pour le droit à la grève !

L’Union locale de Montréal lance une campagne...

Cette année, nous aimerions profiter du 1er mai pour lancer une campagne qui nous tient à coeur : celle pour la réappropriation du droit à la grève.

La grève occupe une place de choix parmi les outils dont disposent les salarié-e-s pour faire pression sur leurs patrons. Malheureusement, le système économique dans lequel nous vivons étant le capitalisme, l’ensemble des pratiques comme la grève, le boycott et le ralentissement de la production sont aujourd’hui fortement balisées par des lois si elles ne sont pas carrément interdites.

On pourrait croire que refuser de travailler est un droit fondamental. Pas tout à fait : pour qu’une grève soit légale au Québec, elle doit obligatoirement être faite dans le cadre d’une négociation de convention collective et être menée par un syndicat accrédité. Les travailleurs et travailleuses qui ne sont pas syndiqué-e-s (60%) ne peuvent pas légalement faire la grève pour quelque raison que ce soit, et ceux et celles qui sont syndiqué-e-s ne peuvent pas légalement la faire pendant la durée de leur convention collective. En pratique, il est donc interdit de faire la grève pour des raisons politiques ou toute autre raison qui n’est pas directement liée à une négociation avec un employeur. Aucun arrêt de travail spontané des salarié-e-s n’est légal et ce, alors que les patrons peuvent légalement mettre à la porte des centaines d’employé-e-s du jour au lendemain pour des raisons économiques. De plus, on assiste à un élargissement constant du concept de « services essentiels ». On parle ici de secteurs où il est impossible de faire la grève ou du moins, sans que celle-ci ne soit balisée par le maintien de services minimums (ce n’est donc plus une grève à proprement parler).

Mais, en dehors de ces considérations légales, c’est avant tout du point de vue moral qu’il nous faut défendre le droit à la grève. D’abord, pour que le mouvement syndical puisse faire des gains significatifs, ses membres doivent reconnaître la grève comme une pratique légitime et la défendre comme telle. Ensuite, tant qu’une grande partie de la population considérera les grévistes comme du monde qui se plaignent pour rien, l’État et le patronat auront beau jeu de passer une après l’autre des «lois spéciales» afin de forcer des retours au travail.

Le resserrement de la législation ainsi que la mondialisation et la fragmentation de l’économie font en sorte qu’il y a de moins en moins de grèves en Amérique du nord depuis les années soixante-dix et que celles-ci sont de moins en moins longues.

Par notre situation de travailleurs et travailleuses, nous contrôlons la création de la richesse. Nous sommes les détenteurs d’un pouvoir économique immense et la grève est le levier qui nous permet d’utiliser ce pouvoir. C’est pourquoi il nous faut dire NON à la limitation du droit à la grève!

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Extrait du numéro 20 de Cause commune.