Le mouvement populaire défend la gratuité scolaire

Tout le monde devrait s’intéresser à la question de l’éducation! Il est profondément injuste de laisser les mouvements étudiants se démerder seuls face à la contre-offensive idéologique des tenants du dégel des frais de scolarité.

L’automne dernier, le Mouvement d’éducation populaire et d’action communautaire du Québec (MEPACQ) prenait position pour la gratuité scolaire. Fait rare, plutôt que de se limiter à cette position, le mouvement a choisi de produire son propre argumentaire et de le diffuser. C’est ainsi qu’une brochure intitulée «La gratuité scolaire: de la garderie à l’université… au nom de notre droit à l’éducation!» vient d’être diffusée dans 333 groupes communautaires de la belle province.

L’éducation n’est pas une marchandise…

L’argumentaire du mouvement d’éducation populaire commence par une évidence qu’on a tendance à oublier dans certaines salles de rédaction : l’éducation est un droit! Mieux, le Québec et le Canada ont naguère pris des engagements internationaux à ce chapitre. Ainsi, ils ont signé, en 1976, un Pacte international relatif aux droits économiques, sociaux et culturels (PIDESC) qui stipule notamment, à l’article 13, que les États signataires s’engagent à rendre l’enseignement supérieur «accessible à tous en pleine égalité, en fonction des capacités de chacun, par tous les moyens appropriés et notamment par l’instauration progressive de la gratuité».

Évidemment, il y a belle lurette que les politiques gouvernementales ne vont plus dans le sens d’une instauration progressive de la gratuité scolaire. L’ONU s’en est d’ailleurs rendu compte et le Canada et ses provinces ont été blâmés sur la scène internationale. Un Comité de l’ONU chargé de l’application du PIDESC a même dénoncé «l’effet discriminatoire qu’a depuis 1998 l’augmentation des frais d’études sur les personnes à revenus modestes (…).»

…mais elle coûte cher aux étudiantEs

Actuellement, les étudiantEs paient deux sortes de frais pour fréquenter l’université. Il y a les frais de scolarité, qui sont fixés par le gouvernement québécois, et les frais «afférents», qui sont fixés par les universités. Selon la brochure du MÉPACQ, les frais de scolarité ont connu deux bouleversements au cours des trente dernières années. Une première hausse de 330% a été appliquée entre 1989 et 1996 et le gouvernement en prévoit une deuxième de 30% entre 2007 et 2012. Concrètement, les frais de scolarité, qui étaient de 520$ par année en 1989, vont être de 2 200$ par année en 2012. En paralèlle, pendant que les frais de scolarité étaient gelés, les universités ont augmenté leurs frais «afférents» de 260% en 15 ans, les faisant passer de 160$ à 580$ par an, en moyenne. Si on ajoute ce qui est absolument nécessaire pour étudier (un ordinateur, du papier, des crayons et les livres), un baccalauréat coûte aujourd’hui 11 440$ aux étudiantEs.

Payer pour étudier : une injustice sociale

Les fabricants de l’opinion publique prétendent que la gratuité scolaire ne profiterait qu’aux riches. Le mouvement d’éducation populaire n’est pas d’accord. Le régime d’aide financière aux études (les prêts et bourses) est discriminatoire. Pendant que les riches et une partie de la classe moyenne peuvent sauver de l’impôt en cotisant à un Régime enregistré d’épargne étude pour leurs enfants, les jeunes issus des classes populaires doivent s’endetter pour étudier. La moitié des étudiants, dont une majorité d’étudiantes (59%), vivent dans la pauvreté et doivent 12 320$ en moyenne à la fin de leur bac. Pas surprenant, dans ce contexte, que seulement 20% des étudiantEs universi-taires viennent de milieux défavorisés contre 43% qui viennent des classes les plus riches de notre société. De fait, 70% des jeunes qui décident de ne pas poursuivre d’études post-secondaires invoquent l’insuffisance des ressources financières. Plusieurs études le démontrent: plus les frais de scolarité sont élevés, moins les jeunes des classes populaires vont à l’université.

La gratuité scolaire n’est pas une utopie

La gratuité scolaire est nécessaire pour combattre l’injustice sociale d’un système d’éducation qui reproduit les inégalités. Financer l’éducation par l’impôt est la seule façon de s’assurer que tout le monde paie sa juste part et que personne ne puisse pas aller à l’école pour des raisons financières. Selon le MÉPACQ, instaurer la gratuité scolaire est loin d’être utopique. Concrètement, le mouvement estime que ça coûterait 356 millions $ par année.

C’est beaucoup et peu à la fois. Remis en perspective, c’est 0,6% du budget du gouvernement. En comparaison, la dernière baisse d’impôt coûtait deux fois plus que la gratuité scolaire. De plus, lors du dernier budget, le gouvernement a annoncé une baisse progressive de la taxe sur le capital pour les entreprises qui va coûter six fois le coût de la gratuité scolaire. Bref, c’est une question de volonté politique. Comme tout le reste.

==
Extrait du numéro 19 de Cause commune