L'anarchie de «A» à «Z»: «Q» comme Quartier

Le quartier est à la fois un lieu de vie, un terrain de lutte et l’un des points de départ de toute transformation fondamentale de la société. Le quartier est au cœur du projet politique libertaire.

Au Moyen-Âge, on disait que «l’air de la ville rend libre». C’est encore vrai dans une certaine mesure: l’ordre moral y est moins prononcé et le champ des possibles, entre autres, y est plus large qu’ailleurs. Plus la ville est grande, plus on est libre… et anonyme. C’est l’envers de la médaille, le côté obscur de la société de masse et du «vivre et laisser vivre». Heureusement, nous ne vivons ni dans le transport en commun, ni dans le trafic! En grattant à peine, pour peu qu’on s’y investisse, on trouve dans la ville plusieurs communautés à échelle humaine: les quartiers. Le quartier est une partie de la ville ayant sa physionomie propre et une certaine unité sociale. Chaque quartier a son histoire, son cachet et, pour certains quartiers ouvriers, son fumet (tout dépendant de l’usine la plus proche!).

Les vieux quartiers populaires sont devenus des terrains de lutte de classe importants. Sous couvert de revitalisation et pour répondre aux besoins de la dictature automobile, on démolit, construit et défigure à tour de bras. Face aux bourgeois, grands ou petits, et à l’État, des gens se lèvent et la résistance s’organise en comités de citoyenNEs et groupes populaires. Droit au logement, services communautaires, aménagement urbain, revendications locales, les habitantEs des quartiers veulent avoir leur mot à dire et maîtriser leur environnement immédiat.

De communautés fortuites, certains quartiers se sont tranformés avec le temps en communautés solidaires. Pour qui ne s’enfarge pas dans les fleurs du tapis, c’est l’une des rares expressions contemporaines d’antagonisme socio-politique et, n’ayons pas peur des mots, de conscience de classe (au moins potentiellement). Voilà qui est précieux pour ceux et celles qui veulent changer le monde. Pas surprenant que les communistes libertaires soient investiEs avec autant d’énergie dans les quartiers que sur les lieux de travail.

Communisme libertaire

En parlant de notre projet de société, nous avons souvent braqué les projecteurs sur son versant économique («De chacun selon ses moyens, à chacun selon ses besoins»). Dans «communisme» il y a, bien sur, «commun» mais aussi «commune». Les révolutionnaires que nous sommes pensent automatiquement à «La Commune», celle de Paris (rien à voir avec les hippies), et oublient qu’en Europe, là où a d’abord été pensé le communisme libertaire, «commune» désigne aussi, plus prosaïquement, une simple municipalité.

Le communisme libertaire part des quartiers et des entreprises autogérées, dont les assemblées de masse sont souveraines. La démocratie directe telle que la conçoivent les anarchistes est un fédéralisme à deux pattes, l’une économique, l’autre géographique. La commune se trouve à être la fédération des assemblées, le conseil municipal la rencontre des déléguéEs de quartiers et d’entreprises, choisiEs, mandatéEs et révocables par la base. Les communes existent pour planifier l’économie, doter les villes de services publics et mener à bien les projets locaux. Elles s’unissent en fédérations pour ce qui les dépasse et ce dont elles ne peuvent s’occuper seules. Les assemblées d’entreprises font de même pour former des fédérations industrielles, les deux secteurs étant unis à tous les niveaux, du local au global, en structures confédérales.

Le communisme libertaire, c’est la mise en commun de la richesse, et des moyens de la produire, mais aussi le triomphe de la fédération des communes libres sur l’État-nation.

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Extrait du numéro 18 de Cause commune