Dommages collatéraux

Le suicide et les désertions déciment les rangs des armées nord-américaines

Les soldats nord-américains désertent de plus en plus. L’an dernier, selon l’Associated Press (1), le nombre de déserteurs dans l’armée étatsunienne a franchi un sommet datant de 1980. En effet, 4 698 soldats auraient déserté en 2007, une hausse de 80% depuis le début de la guerre en Irak, un bond de 42% depuis l’an dernier.

Des chiffres qui demeurent inférieurs à ceux recensés durant la guerre du Vietnam, mais, à l’époque, la conscription était en vigueur. Ces statistiques de l’armée nous apprennent aussi qu’environ 9 soldats sur 1 000 ont déserté au cours de 2007 comparativement à 7 pour 1 000 en 2006. Du côté canadien, même si peu de statistiques sont disponibles, on nous rapporte que le nombre de désertions serait passé de 340 en 2000 à 708 en 2005 (2).

The Times (3) rapportait récemment qu’au moins 6 256 vétérans américains se seraient suicidés en 2005, soit une moyenne de 17 par jour. Des drames qui seraient principalement liés au syndrome post-traumatique. Le taux de suicide aux États-Unis est de 22,9 sur 100 000 chez les jeunes vétérans âgés de 20 à 24 ans. Ce qui équivaut à près de 4 fois la moyenne pour la même tranche d’âge dans la population civile!

Des chiffres astronomiques si on les compare aux pertes militaires qui sont d’environ 3 901 (en date du 26 décembre (4)) depuis le début de l’invasion Irakienne, soit une moyenne de 2,4 par jour. Autrement dit, il y a 7 fois plus de militaires qui se suicident qu’il n’y en qui se font tuer au combat. Des statistiques qui font réfléchir mais qui ne semblent pas attirer énormément l’attention. Étrangement (!), ces statistiques ne nous révèlent pas le nombre de hauts gradés et de généraux morts au combat ou qui se sont enlevés la vie pour cette même période…

Plus près de nous, on peut aussi se rappeler le suicide récent d’un jeune militaire du 22ième régiment. Son retour du bourbier afghan, en raison de l’amputation d’une partie de sa jambe gauche durant une mission, avait d’ailleurs été largement médiatisé en 2006 (5). En contrepartie, on peut constater que les problèmes reliés au syndrome de stress post-traumatique dont souffrent des milliers de vétérans, tels que la consommation abusive de drogues et d’alcool, la dépression, l’anxiété et les flashbacks sont quant à eux rarement médiatisés. Il est d’ailleurs rapporté que, pour la seule région de Québec, plus de 700 militaires à la retraite vivent avec des problèmes de santé mentale résultant de leur travail au front (6). Il faut croire que publiciser la réalité de ces vies détruites au nom du libéralisme économique ne cadre peut être pas assez avec la campagne de recrutement féroce lancée dernièrement par les Forces canadiennes?

Malheureusement, le recrutement est tout de même en hausse tant au Canada qu’aux États-Unis. En effet, au Canada, entre avril 2006 et mars 2007, le nombre de recrues dans les forces régulières a atteint 6 536 personnes, soit une augmentation de 2 % par rapport à l’année précédente. Le nombre de recrues réservistes a quant à lui augmenté de 5 %, pour un total de 6326 (7). Allez y comprendre quelque chose...

Camarade, réfléchit avant de t’enrôler sous les drapeaux!
Pas de guerre entre les peuples, pas de paix entre les classes...

Notes :
(1) Associated Press. Army Desertion Rate Up 80 Pct. Since ‘03. 17 novembre 2007
(2) http://aqoci.qc.ca/ceg/assets/files/recrutement/education_vs_militarisme...
(3) The Times. America suffers an epidemic of suicides among traumatised army veterans. 15 novembre 2007.
(4) http://icasualties.org/oif/
(5) La Presse. Un soldat canadien se suicide. 17 novembre 2007
(6) La Presse. Émue, la ministre Verner annonce un programme d’aide aux anciens combattants. 17 novembre 2007
(7) Le Devoir. L’armée séduit de plus en plus. 19 et 20 mai 2007.

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Extrait du numéro 18 de Cause commune