Critique de livre : Le mouvement étudiant au Québec de 1983 à 2006

Sabotart Édition vient de lancer «Le mouvement étudiant au Québec de 1983 à 2006», un livre de Benoït Lacourcière. Basé sur la maîtrise en science politique de l’auteur, le livre trace l’histoire du mouvement étudiant à partir d’articles de journaux, surtout de la presse étudiante, et de documents d’archives. On y découvre comment la gauche étudiante, dominante pendant les décennies 1970 et 1980, a progressivement cédé du terrain face à une tendance lobbyiste, oscillant entre concertation et compromission.

Fondée en 1975, l’Association nationale des étudiants et des étudiantes du Québec (l’ANEEQ) domine complètement le mouvement étudiant au début des années 1980. L’organisation se présente alors comme une centrale syndicale combative, n’hésitant pas à user de moyens de pression allant jusqu’à la grève pour obtenir gain de cause.

En face, les partisans du «dialogue» et de la «crédibilité» peinent à s’organiser. Une première génération d’organisations concertationistes est balayée par la combativité de l’ANEEQ qui fait reculer par la grève un projet libéral de dégel des frais de scolarité. La victoire sur les collabos sera toutefois de courte durée, ces derniers se réorganisant quelques années plus tard. Ce sera le début de l’ère de la FECQ et de la FEUQ. L’ANEEQ, après l’échec relatif d’une grève offensive, est minée de l’intérieur par des luttes intestines entre factions politiques. Elle ne se relèvera jamais de la défaite historique du dégel des frais de scolarité et crèvera dans l’indifférence généralisée au début des années 1990. Ce n’est que dix ans plus tard, après une première tentative avec le MDE, que le syndicalisme étudiant de combat retrouve le chemin d’une pratique un tant soit peu efficace: l’Association pour une solidarité syndicale étudiante (ASSÉ).

Personne n’avait jamais fait la chronique moderne du mouvement étudiant québécois. Une seule réelle étude d’envergure, commandée en son temps par l’ANEEQ, existait et elle s’arrêtait en 1983. Benoît Lacoursière vient donc combler un vide. Il faut les remercier, lui et son éditeur, d’avoir pris le mouvement étudiant au sérieux.

Si vous vous êtes toujours demandé comment la FECQ et la FEUQ, des créatures pourtant récentes, en sont venues à dominer le mouvement étudiant, il faut lire «Le mouvement étudiant au Québec de 1983 à 2006».

Le livre est notamment disponible à la Librairie l’Insoumise, à Montréal, et à la Page Noire, à Québec.

==
Extrait du numéro 18 de Cause commune.