Perspectives libertaires - Deux poids, Deux mesures

Quand les député-e-s débattent ensemble sur la pertinence des programmes sociaux, la plupart sont d’accord sur un point : il faut « responsabiliser » davantage les individus pour que chacun trouve lui-même des solutions à ses problèmes. Bien sûr, l’État doit jouer un rôle minimal, celui d’assurer un filet de sécurité sociale pour éviter aux plus démuni-e-s de toucher le fonds du baril. Mais il ne faut surtout pas leur en donner trop : comme dirait le ministre Sam Hamad, les pauvres pourraient y prendre goût !

La même logique ne semble pas s’appliquer à nos élu-e-s. La fonction de député présente une foule d’avantages sociaux passés sous silence. Outre le salaire de base plutôt alléchant (82 073$), bien des député-e-s réussissent à augmenter de 15% à 35% leur rémunération en occupant certains postes plus prestigieux à l’Assemblée nationale. Dans le cas des chefs de partis, on double la mise !

Pour les back-benchers, tout n’est pas perdu. Chaque député reçoit une allocation annuelle de dépenses de 14 467$, en plus du remboursement de ses frais de déplacement à 45 cents du kilomètres. À ce prix, les allez-retour Québec-Montréal sont plutôt rentables. Faites le calcul ! En outre, chaque député a droit à une allocation supplémentaire pour ses frais de déplacement pour activités politiques au Québec, dont le montant varie de 6900$ à 17 600$. Mais ce n’est pas tout. Alors que le gouvernement fait la sourde oreille aux besoins criants des locataires, allant même jusqu’à refuser d’aider cette année les sans-logis au 1er juillet, chaque député-e bénéficie d’une allocation logement de 13 300$ pour l’aider à se loger à Québec lors des travaux parlementaires. Un bonus de 3000$ s’ajoute à ce montant pour les principales têtes d’affiche du parti au pouvoir et de l’opposition officielle. Et il s’en trouve pour se plaindre de ce traitement royal, comme ces deux adéquistes qui souhaitaient partager leur logement tout en recevant chacune leur pleine prestation ! Pendant ce temps là, les locataires à faible revenu qui ont droit au programme d’allocation-logement voient leurs prestations (un maximum de 80$ par mois) gelées depuis plus de dix ans. Deux poids, deux mesures? Bien sûr!

Par ailleurs, rien n’oblige les député-e-s à être locataire ou de coucher au Château Frontenac : plusieurs profitent de l’allocation qui leur est versée pour faire l’achat d’une résidence secondaire. C’est ce qu’a fait François Bonnardel, homme d’affaire prospère, député adéquiste de Shefford et critique de l’opposition officielle en matière de logement, qui a finalement acheté un loft dans le quartier Saint-Roch dont il très heureux, paraît-il. Ce même Bonnardel, en bon chien de poche des associations de propriétaires comme la CORPIQ, souhaite que le gouvernement se lance aux trousses des « profiteurs du système ». Parlait-il de la clique de « bougons » qui siège à l’Assemblée nationale ?

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Prime de départ

Se faire battre aux élections, c’est parfois payant. Parlez-en aux 54 député-e-s qui ont perdu leur comté lors des dernières élections provinciales ou qui ont pris leur retraite de la politique. Chacun-e a droit à une indemnité équivalent à deux mois de traitement (équivalent à son salaire mensuel et aux allocations reçues pour le logement, le transport, les dépenses personnelles, etc.) pour chaque année de bons et loyaux services, jusqu’à concurrence d’une année complète de rémunération. Ces allocations dites de « transition » totalisent cette année 4,3 millions de dollars, dont le tiers sera versé aux 15 député-e-s qui ont pris leur retraite et dont le mandat se terminait en 2007. Un constat s’impose : ce n’est pas tout le monde qui subit des coupures sur son chèque de chômage !

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Extrait de Cause commune no 15.