L’impérialisme...

Le Canada est engagé depuis quelques années dans un conflit outre-mer, en Afghanistan plus précisément. Des soldats du 22e régiment partiront bientôt dans ce pays pour une mission qu’on dit périlleuse. Pourquoi justement les envoyer dans une telle mission ? Pour la démocratie, pour la libération du peuple afghan ou encore pour le droit des femmes afghanes? Bref une mission humanitaire et totalement désintéressée ! Le plus amusant, c’est que rares sont les gestes désintéressés des états envers leur propre population, mais, à l’extérieur, ils agissent toujours par pur altruisme ! Le Canada n’est rien d’autre qu’un pays impérialiste, comme l’ensemble des États occidentaux, les États-Unis en tête. Profitons de cette occasion pour s’interroger sur l’impérialisme et ses manifestations dans le monde.

L’impérialisme est une forme bien particulière de développement du capitalisme, sa phase monopoliste, au cours de laquelle le capital se concentre dans des mains de plus en plus restreintes. Les entreprises géantes qui en ressortent forment des oligopoles, d’où la désignation de capitalisme monopoliste. Ces entreprises possèdent un pouvoir considérable dans une économie nationale, au point où elles sont en mesure de dicter certaines de leurs volontés à l’État qui ne deviendra qu’un serviteur obéissant. L’État va intervenir sur plusieurs points pour permettre à ces «cartels» (1) de maximiser leurs activités, et ce même à l’extérieur des frontières.

Arrivé à ce stade de développement, le capitalisme a besoin de main d’œuvre meilleur marché (cheap labor) et entreprend des investissements dans des territoires économiquement arriérés. Les matières premières dont le Tiers-monde regorge attirent aussi l’intérêt de ces grandes entreprises. Pour les multinationales, les pays sous-développés n’ont donc que l’utilité d’être des réserves de main d’œuvre cheap et de matières premières. Le pillage s’organise à grande échelle, en utilisant la population locale qui doit travailler pour des salaires de misère. Or, une population affamée, malade, souffrante, exploitée et à qui on vole toutes ses ressources naturelles à toujours plus de chance de se révolter, surtout si l’exploitant est étranger. Alors, avec l’aide des états impérialistes, les multinationales vont former une classe dominante servile au sein de ces pays. Le Nord et ces dirigeants collaborateurs vont tisser ensemble, mais toujours sous l’impulsion du Nord, de vastes réseaux de diplomatie et d’organisations internationales (ONU, Banque Mondiale, OMC, FMI…) qui veilleront à assurer le maintien et la régulation du système mondial.

Ces organisations internationales sont dirigées de façon hégémonique par les pays les plus «développés», comme c’est le cas à l’ONU, ou bien carrément par les États-Unis, comme à l’OTAN ou au FMI… Elles ont des missions variées, allant de la défense et la promotion du libre commerce (OMC) à l’organisation militaire (OTAN) en passant par le gestion du système monétaire international (FMI), etc. La diplomatie semble le moyen préconisé par les États pour asseoir leur pouvoir. Cependant, lorsque celle-ci échoue, les États impérialistes ont une panoplie d’autres moyens pour s’assurer le contrôle. L’impérialisme c’est la stratégie de la carotte et du bâton: on essaie, d’une part, de faire chanter avec des offres «alléchantes», puis si cela ne fonctionne pas, c’est la guerre.

Sous l’impulsion des multinationales, les États impérialistes investissent des sommes colossales dans la course aux armements. Bien sur, la guerre existait avant le capitalisme et donc avant sa phase impérialiste, mais la particularité aujourd’hui, c’est l’état de guerre constant et l’armement permanent. D’un armement ponctuel en temps de guerre seulement avant le XIXe siècle, on en arrive à l’armement massif, croissant et permanent. La guerre a pour fonction de permettre la domination sur le reste du monde, essentiel à l’impérialisme. Mais aussi, l’armement offre un secteur d’investissement des plus rentables pour le capital, puisque les équipements doivent être constamment remplacés, soit à cause de la désuétude ou carrément par la destruction. Dans l’impérialisme, l’armement désuet a une seconde et même une troisième vie grâce aux ventes d’armes aux pays pauvres. Ainsi, on permet aux régimes collabos de s’armer pour bien contrôler leur population.

Dans ces États dominés par l’impérialisme, on observe une réalité sociale troublante. La classe dirigeante, celle des gouvernements et des directeurs de filiales de grandes multinationales, est bien isolée dans sa tour d’ivoire. Il y a quelques fonctionnaires, avocats, médecins, commerçants, etc. formant une classe moyenne très peu nombreuse. La majorité est marginalisée et vit souvent à cheval entre deux modes de production distincts. D’une part, les hommes sont ouvriers dans les compagnies étrangères du secteur primaire (matières premières) principalement, pendant que les femmes et les enfants doivent assurer une production agricole souvent déficiente et archaïque permettant à peine l’autosubsistance. Les femmes et les enfants vivent un isolement d’autant plus dramatique puisqu’ils et elles sont la proie des diverses maladies et les premières victimes des guerres. L’impérialisme défendant le droit des femmes en Afghanistan, c’est comme le braconnier militant contre la chasse abusive !

La conjoncture sociale des pays «sous-développés» est donc extrêmement explosive. Des foyers de résistance se créent ici et là, et ils prennent des formes diverses. Parfois il s’agit d’initiative d’alternatives locales, comme le troc en Argentine et en Turquie, ou encore la résistance armée comme en Palestine et au Mexique. Ces résistantEs se heurtent très tôt aux valets de l’impérialisme que sont leurs dirigeants. Ceux-ci sont largement appuyés par une activité clandestine des États impérialistes: services secrets, forces spéciales ou mercenaires. En Afrique, on utilise même les différences ethniques pour canaliser la rage des populations vers d’autres cibles que l’impérialisme. Cela permet aux impérialistes de s’assurer une présence militaire, puisque ces pays «sous-développés» sont dans l’incapacité de demeurer en paix. C’est le cas de la Côte-d’Ivoire, actuellement aux prises avec des troubles civils, ce qui a permis un déploiement majeur de troupes françaises.

Bien entendu, les communistes libertaires se sont toujours opposéEs à l’impérialisme et nous continuerons de le faire dans le futur. Nous ne croyons pas aux discours humanitaires et altruistes de nos gouvernements. Ils occupent les pays en notre nom et ils assassinent et exploitent des millions de personnes pour engranger le profit. L’impérialisme étant un système international, c’est par la création de liens de solidarité internationaux et une révolution mondiale que nous parviendrons à mettre un terme à cette exploitation à grande échelle. Par contre, nous devons constamment garder l’œil ouvert parce que l’anti-impérialisme attire plusieurs groupes de toutes tendances dans son sillage. Sommes-nous prêt à défendre et se solidariser avec des groupes fondamentalistes, fascistes ou autres qui mènent à un moment ponctuel un combat anti-impérialiste ? La réponse est non. Nous faisons le choix d’appuyer les groupes et mouvements populaires qui portent une critique de l’ordre capitaliste et patriarcal. Le renforcement de nos liens de solidarité est même une condition essentielle pour le succès de nos luttes respectives contre l’exploitation et la domination.

(1)Officiellement dans plusieurs les cartels ou les trusts sont interdits, mais nous utilisons cette appellation qui s’applique pourtant à la réalité.

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Extrait de Cause commune no 15