Montréal : urgence maisons de chambres

Les maisons de chambres sont-elles une espèce en voie de disparition dans nos villes? On peut se poser sérieusement la question quand on sait qu’il ne reste plus que 3 000 chambres sur le marché privé à Montréal, alors qu’à la fin des années 1970 il y en avait plus de 15 000.

La spéculation et la gentrification font leur sale boulot, entraînant négligeance, abandon, délabrement et finalement démolition ou conversion en Couette & Café, hôtel ou condos. Les groupes en itinérance, en tout cas, sonnent l’alarme et revendiquent maintenant la socialisation complète pour sauver les dernières maisons de chambres. Le marché privé, ça marche pas!

Pourquoi sauver les maisons de chambres?

Selon le Réseau d’aide aux personnes seules et itinérantes de Montréal (RAPSIM), les maisons de chambres répondent à un besoin. À l’automne 2006, le RAPSIM a interrogé plusieurs dizaines de personnes fréquentant les refuges ou locataires de maisons de chambres sur leur expérience et leurs besoins en logement. Sans prétendre que la chambre soit la réponse idéale pour toutes et tous, plusieurs personnes y trouvent cependant bien des avantages : les coûts sont moins élevés que dans tout autre type de logement (350$ en moyenne contre 485$ pour un studio), l’espace est plus facile à gérer, la présence d’espaces communs aide à sortir de l’isolement, la localisation est généralement excellente, etc. C’est aussi une étape, un tremplin.

Pourtant, les maisons de chambres continuent de disparaître à grande vitesse. Un recensement de la Ville de Montréal (2006) ne dénombre plus que 180 maisons de chambres privées pour un total de moins de 3 000 chambres. « À chaque fermeture, on crée de l’itinérance. Cet automne, 2/3 des personnes interrogées à la Maison du Père avait vécu en chambre avant de venir cogner à la porte du refuge » rappelle Pierre Gaudreau, coordonnateur du RAPSIM.

Une porte de sortie : socialiser

En plus de leurs problèmes économiques, les personnes locataires des maisons de chambres vivent plusieurs autres difficultés sociales et psychosociales. Dans le cas des personnes ayant des problèmes de santé mentale, par exemple, même si les chambres constituent pour elles un lieu offrant plus d’autonomie que les institutions psychiatriques, ces milieux de vie comportent de nombreux risques d’abus (aucun reçu de paiement de loyer, violence psychologique, perte de chambre momentanée pour les réseaux de prostitutions, etc.). Les locataires des maisons de chambres sont généralement des personnes isolées et vulnérables ; les propriétaires et les tenanciers quant à eux, sont peu contrôlés... En comparaison, sauf (rare) exception, les maisons de chambres socialisées sont géré par des OSBL et offrent du soutien communautaire. C’est pas nécessairement le Pérou mais c’est quand même mieux.

Le problème c’est qu’actuellement, les programmes de développement de logement social ne permettent pas vraiment de socialiser les maisons de chambres existantes. L’affaire c’est que les maisons en question sont situé dans les quartiers centraux, ont souvent été laissé plus ou moins à l’abandon et vallent une fortune. Les budgets des programmes existant de logement social sont insuffisant pour acheter et rénover. Jusqu’à maintenant les groupes en itinérance s’en sont tiré en proposant des montages financiers impliquant plusieurs palliers de gouvernement mais c’est un processus long qui ne convient pas à un marché en effervessence. Concrètement, entre 2002 et 2005, les groupes n’ont pu socialiser que 76 chambres à Montréal avec les programmes existants…

Pour faire face à la musique, le RAPSIM revendique donc un nouveau programme montréalais d’acquisition pour profiter des occasions qui se présentent et sortir les maisons de chambres du marché privé. Dans le même ordre d’idée, le RAPSIM veut une bonification des programmes existant de logement social et surtout la remise sur pied d’un programme permettant l’achat-rénovation (ça va faire la constuction neuve!). Finalement, comme loger les gens c’est pas tout, le RAPSIM revendique également 12 millions pour financer le soutien communautaire dans les OSBL d’habitation. En attendant le lendemain du grand soir, le Réseau s’entend avec les comités logement pour revendiquer une application stricte du règlement sur la salubrité et la sécurité et un moratoire sur la conversion des maisons de chambres.

Ces revendications ne sont pas complètement utopiques dans la mesure où elles s’appuient sur une expérience relativement récente. Ainsi, à la fin des années 1980, la Ville de Montréal avait reconnue l’urgence d’agir pour préserver les maisons de chambres et l’offre de logement pour les personnes seules, pauvres et vulnérables. En 1988, la Société d’habitation et de développement de Montréal (SHDM) avait entre autre reçu le mandat d’acheter des maisons de chambres, de les rénover puis d’en confier la gestion à des OSBL. Entre 1989 et 1994, la SHDM a pu sortir 15 maisons de chambres du marché privé. Selon le RAPSIM, le bilan est positif puisque le loyer de ces 398 chambres est resté relativement abordable (entre 250 et 300$ par mois versus un loyer moyen de 343$ dans le privé). Le problème c’est que ça c’est arrêté là…

Plus d’info : www.rapsim.org

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Extrait de Cause commune no 15