Sur les lignes... Une chronique syndicale

Contre le dégel, pour la gratuité (une position pragmatique!)

Une étude récente de l’Institut de recherche et d’informations socioéconomiques (IRIS) démontre que, loin d’être une utopie irréaliste, la gratuité scolaire à tous les niveaux est un objectif réaliste et réalisable à court terme. L’abolition pure et simple des frais de scolarité et autres « frais afférents » ne coûterait en effet que 550 M$ et n’impliquerait qu’une hausse de 4,2% du budget du Ministère de l’éducation. Le principal frein à la gratuité scolaire n’est donc pas budgétaire mais idéologique.

Le dégel ne réglera rien

Le sous-financement du réseau universitaire québécois est généralement évalué à 400 M$. C’est un problème réel mais il ne sera pas réglé par un dégel modeste des frais de scolarité. Une étude de la CADEUL (l’association étudiante de premier cycle à l’Université Laval) évalue qu’un dégel respectant l’indice des prix à la consommation n’apporterait que 4,6 M$ de plus dans les coffres des universités. Forcément, pour avoir un impact réel, un dégel devra nécessairement être sauvage (à l’image des 350% de hausse occasionnée par le dernier dégel libéral). Même là, les chercheurs de l’IRIS mettent en garde contre la pensée magique. Partout ailleurs au Canada, les hausses de frais de scolarité ont été accompagnées d’une baisse proportionnelle de la contribution étatique. Ainsi, la part de financement des universités canadiennes provenant directement de la poche des étudiantEs est passée de 13% en 1980 à 34% en 2005 alors que la part de financement étatique est, elle, passée de 80% à 59%. Bref, au Canada anglais, les hausses de frais n’ont rien réglé du sous-financement des universités (qui est aussi criant qu’ici, soit-dit en passant).

L’impact des frais de scolarité

Préserver l’accessibilité aux études est l’argument majeur des associations étudiantes contre un dégel des frais de scolarité. Et il y a de quoi : 70 % des jeunes canadiens et canadiennes identifient « des raisons financières » comme principal obstacle à la poursuite d’études postsecondaires. Selon le Journal of Higher Education, la proportion d’étudiantEs moins nantiEs susceptible de persister et de terminer leurs études baisse de 19 % pour chaque augmentation de 1 000 $ des frais de scolarité.

Au Québec même, on constate que les frais de scolarité ont un impact marqué sur la fréquentation scolaire. De 1992 à 1997, c’est-à-dire avant que les effets du gel ne puissent se faire sentir, les inscriptions dans des programmes d’études devant mener au baccalauréat ont connu une diminution de 14,6 %. Curieusement, à partir du moment où le gel des frais de scolarité entre en vigueur, les inscriptions repartent à la hausse... Ainsi, dans la période menant de l’année scolaire 1997-1998 à 2005-2006 les programmes devant mener au baccalauréat ont enregistré une hausse de 22,1% de leurs inscriptions, cette hausse a été de 35,6 % pour les programmes conduisant à la maîtrise et de 63,2 % pour ceux se concluant par l’obtention d’un doctorat. Dans le même ordre d’idée, il n’est pas inutile de souligner qu’en 30 ans le taux de diplomation collégial (où s’applique une quasi-gratuité scolaire) est passé de 40% à 60%.

Évidemment, « quand on veut, on peut » et même des frais de scolarité élevés n’arrêteront pas des jeunes déterminés qui ont du talent (et l’appui de leur famille). On peut toutefois se demander à quel prix? Ce prix, c’est l’endettement étudiant qui suit en général la courbe des frais de scolarité. Au Québec, l’endettement moyen d’un étudiant ayant pris à sa charge son prêt à la fin de ses études de 1er cycle était de de 13 100$ en 2001-2002 alors qu’il était de 22 700$ en Ontario.

Vers la grève générale?

Réunis en congrès les 17 et 18 février dernier, les membres de l’Association pour une solidarité syndicale étudiante (ASSÉ) ont réitéré leur appui au principe de la gratuité scolaire. Comme le contexte est également marqué par une menace sérieuse de dégel des frais de scolarité, l’ASSÉ invite toutes les associations étudiantes du Québec à se doter le plus rapidement possible de mandats pour, en cas de dégel, lancer dès l’automne prochain une grève générale illimitée pour la gratuité scolaire. Une manifestation nationale, soutenue par des journées de grève, aura lieu le 29 mars prochain. Un congrès spécial est déjà prévu pour le 7 avril. À suivre...

Pour en savoir plus : « Tarification de l’éducation postsecondaire ou gratuité scolaire? ». Disponible à
www.iris-recherche.qc.ca et www.asse-solidarite.qc.ca

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La capacité de payer...

Selon le maire de Montréal, les employé-es de la Ville devront s’appauvrir pour «respecter la capacité de payer» des contribuables. Réagissant à l’annonce d’un vote de grève des employé-es d’entretien du transport en commun dans la métropole, le maire a rappelé le «cadre de règlement» des conventions collectives de la municipalité : le gel des salaires pour 2007 et des augmentations de 2% pour les 3 années suivantes. Puisque tout augmente plus vite que ça, le maire propose donc aux employé-es de s’appauvrir. Et après on se surprend des votes de grève...

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Surprise! Stéphane Dion renie sa parole

Personne ne sera surpris d’apprendre que le Parti libéral du Canada, le parti historique de la grande bourgeoisie canadienne, s’opposera au projet de loi anti-scab concocté conjointement par le Bloc et le NPD. Après tout, ce ne serait que la dixième fois que les libéraux voteraient contre un tel projet de loi...

Personne n’est surpris sauf Buzz Hargrove, l’homme qui a donné un coat des TCA à Paul Martin. En effet, lors d’une réunion tenue le 7 février 2007, Stéphane Dion s’était personnellement engagé auprès de Buzz à appuyer la loi, à la condition que les services essentiels soient maintenus en cas de grève. Buzz est donc frustré et déçu (ce sont ses mots) d’apprendre que les libéraux n’appuieraient pas le projet de loi en troisième lecture. Come’on Buzz, à quoi tu t’attendais?

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Capital politique à peu de frais

Sylvain Simard, député péquiste de Richelieu et critique de l’Opposition pour le Conseil du Trésor, a décidé de se faire du capital politique à peu de frais. Sans doute inspiré par l’appui de la FTQ à sa formation politique, le candidat a décidé d’appuyer Denis Petitclerc, un militant syndical congédié par la Société immobilière du Québec après avoir parlé aux médias. Selon le site du SCFP, l’ancien ministre s’engage d’ailleurs à faciliter un retour rapide au travail si le Parti Québécois est porté au pouvoir le 26 mars prochain.

L’élément clef de cette promesse est si le Parti Québécois est porté au pouvoir, ce qui semble de moins en moins évident. Pourquoi appuyer cette victime de la répression anti-syndicale maintenant? À qui ça profite réellement? Au syndiqué ou au politicien? Pourquoi le syndicat se prête à ce petit jeu? C’est sur qu’avoir l’appui d’élus est parfois important pour faire avancer nos dossiers, mais c’est pas pousser le bouchon un peu loin que d’écrire, comme le fait le SCFP, que “le militant vient de recevoir un appui de taille dans ses démarches pour retrouver son emploi”? Qu’est-ce que ça vaut un appui du PQ ces jours-ci?...

Source: syndical.blogspot.com

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Un scab au PQ

Le candidat du Parti québécois dans Montmorency, Daniel Leblond, a franchi les lignes de piquetage de ses collègues syndiqués pendant la grève de quatre mois et demi des techniciens de Bell Canada en 1988. Le vice-président du local 75 du syndicat, affilié à la FTQ, Denis Faucher, a confirmé l’information au Soleil, et expliqué que ce comportement avait laissé beaucoup d’animosité envers M. Leblond parmi ses membres. Cadre intérimaire syndiqué, M. Leblond a choisi de poursuivre le travail et a obtenu un statut de cadre permanent après la grève. M. Faucher a raconté que contrairement à d’autres scabs qui ont fait amende honorable, M. Leblond ne s’est jamais excusé. Ce qui ne l’a pas empêché, après avoir quitté l’entreprise 10 ans plus tard, de demander l’aide du syndicat pour le Bloc québécois et le Parti québécois. Y’en a qui ont du front tout le tour de la tête. (Source Le Soleil)

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En grève !

Il faudra voir comment Daniel Leblond va s’entendre avec son nouveau collègue Martin Courval (le candidat du P.Q. dans Portneuf)... Courval est en effet le président du Syndicat des chargé-es de cours de l’Université Laval (FNEEQ-CSN), en grève générale depuis le 14 mars. En voilà un qui a un drôle de sens des priorités... Il se présente aux élections alors que son syndicat est en pleine négociation et qu’il savait qu’une grève était imminente. Ça ressemble beaucoup à une désertion! Tu parles d’un progressiste!

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En conflit...

Au moment d’écrire ces lignes, le 8 mars, il y avait au moins 674 prolos en grève ou en lock-out au Québec.

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Extrait du numéro 13 de Cause commune, le journal de la NEFAC au Québec.