Lorsque le respect passe par la répression

En avril 2006, un projet très peu médiatisé a été mis en branle par la police municipale de Québec sous le nom on ne peut plus ironique de : « respect ».

Les détails de ce projet étant en général méconnus, on en connaît toutefois la forme par ce que la police a communiqué aux médias et par les faits que les victimes de ce dit projet ont été en mesure de constater. Ce projet s’inscrit clairement dans une logique de marginalisation et de criminalisation des jeunes de la rue, au même titre que l’était précédemment le projet « macadam »…

À ce jour, trop peu de gens se sont intéressé-e-s à ce sujet, de sorte que les contradictions évidentes des sorties médiatiques maladroites de la police sont restées sous silence, même après 7 mois de réalité confirmant le caractère discriminatoire du projet. Pour la minorité qui en subit les conséquences, il est difficilement envisageable d’attendre de « deux à quatre ans » (1) avant que ça cesse.

Le 18 avril, Radio-Canada mentionnait que « les policiers auront le mandat d’appliquer davantage les règlements municipaux. Consommer des boissons alcoolisées, flâner et promener son chien sans laisse sont des exemples de comportements pour lesquels les policiers émettront des contraventions […] ». À ces comportements, on se doit d’ajouter le squeegee et la mendicité, qui sont deux des principales infractions sur lesquelles les flics sévissent dans le cadre du projet « respect ».

Prévoyant les critiques, la police s’est empressée de préciser qu’elle « parle de tous les groupes de citoyens, que ce soit les marginaux, les jeunes de la rue, les gens d’affaires [sic] et tous [sic] le monde qui utilise les places publiques. »(2) On constate bien la véridicité de ces propos en sachant que non seulement le lien entre ces comportements et les jeunes de la rue est clair, mais que les principaux endroits visés sont aussi ceux où ils/elles se tiennent!(ie « la Place d’Youville, le parvis de l’église St-Roch et la bibliothèque Gabrielle-Roy » (3)). Si les gens d’affaires sont également visés, comment expliquer que le directeur général de la Société de développement commercial du centre ville qualifie le projet « respect»
d’ « excellente idée » (4)? Qu’on nous dénombre les cas de gens d’affaires arrêté-e-s pour mendicité pour nous en convaincre!

Si le seul fait que les flics s’acharnent sur les jeunes de la rue est en soi déplorable, les manières utilisées le sont d’autant plus. Bien que la police fait valoir que « ce ne sont pas des crimes qui sont commis ici, mais des infractions à des règlements municipaux » (5), elle se contredit elle-même dans la parole et dans l’acte. En parlant des squeegees, Sylvain Boivert, de la police de Québec, mentionnait que « lorsqu’on assiste à une récidive régulière, on va passer du constat d’infraction même à des accusations criminelles » (6). Une fois que des charges criminelles sont déposées (ie : désordre public ou avoir troublé la paix), les flics peuvent désormais donner des conditions de remise en liberté (ex.: ne pas fréquenter un quadrilatère). Les récidives sont alors traitées au criminel sous des charges de bris de conditions… D’un côté comme de l’autre, on se retrouve face à une contradiction évidente : si l’on n’a pas affaire à des criminels, comme le dit le sergent Marillon, comment peut-il être justifié de donner des charges au criminel? Et si l’action est criminelle, pourquoi ne l’est-elle pas lorsqu’elle elle est perpétrée pour la première fois?

Pour ce qui est des résultats, que peut-on attendre d’un projet qui tente de régler le problème de la pauvreté en la criminalisant? Personne ne se sentira davantage attiré par le moule sociétal après avoir reçu des milliers de dollars de tickets. Le temps et l’argent dépensés par la police pour jouer au chat et à la souris ne réussiront jamais qu’à déplacer et disperser le « problème », et les seuls gagnants seront bien entendu le commerce et le tourisme…

Notes :

1) Durée estimée du projet par Mme Isabelle Mercure au conseil de quartier de montcalm
2) http://www.radio-canada.ca/nouvelles/regional/modele.asp?page=/regions/Q...
3) Idem
4) Idem
5) http://www.cyberpresse.ca/article/20060508/CPSOLEIL/60509001/5785/CPSOLE...
6) Jean-François Nadeau rapporte que les squeegees estiment que la police exagère, Radio-Canada

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Extrait du numéro 12 de Cause commune, le journal de la NEFAC au Québec.