Perspectives libertaires - L’émeute de Kanehsatake

On se souvient tous encore des événements de janvier 2004 sur le territoire autochtone de Kanehsatake au nord de Montréal : quelques 65 policiers autochtones arrivent en renfort pour effectuer le ménage sur le territoire. Grosse descente policière en vue pour éradiquer le crime organisé et les trafics de toutes sortes, selon les dires des responsables du conseil de bande. Mais la colère populaire vient changer le cours des événements… Des centaines de membres de la communauté se rassemblent devant l’infâme poste de police des peacekeepers et « séquestrent » les flics à l’intérieur avant de brûler la maison du chef du conseil de bande!

Si on revient sur ces événements qui se sont déroulés voilà bientôt trois ans, c’est qu’au mois d’octobre, un document émanant du Ministère fédéral de la sécurité publique a fait son apparition. On y apprend que les coûts de l’opération policière sont faramineux! Plus de 34 millions de dollars sur un an pour une communauté de 1300 personnes; dans les dépenses «autorisées» par la firme d’experts-comptables embauchée par le gouvernement fédéral pour gèrer les affaires du conseil de bande figurent l’achat d’armes non-conformes, de silencieux, des salaires payés en double, des frais d’hébergement pour les flics et le chef qui se font crisser dehors, des augmentations de salaires mirobolantes, Alouette! Certaines armes auraient mêne mystérieusement disparues...

En tant qu’anarchistes, on est pas vraiment surpris que la police soit une institution nuisible et coûteuse; et on sait bien qu’elle ne sert que les autorités et les riches. Mais voilà justement, après les événements de janvier 2004, on entend tous les médias bourgeois gueuler contre les « criss de sauvages ». Oh, ils sont vraiment méchants les Mohawks, ils vendent du tabac, fument du pot, ont des armes, portent des pantalons d’armée et quoi d’autre? Plusieurs membres de la communauté se font arrêter suite aux événements de janvier 2004 et sont accusés notamment « d’avoir participé à une émeute ». Lors de leur procès, qui s’est dérouler au palais de justice de St-Jérome, plusieurs furent reconnus coupables. Mais coupables de quoi?

Le rapport préliminaire qui a fait la une des journaux nous prouve justement que les Mohawks avaient entièrement raison de jeter hors de leur communauté ces policiers indésirables qui venaient semer le trouble avec des intentions plus que douteuses. Des membres de la communauté mohawk ont fait de la prison, d’autres ont eu des amendes à payer ou des travaux communautaires; le simple fait d’avoir un procès est une injustice! Et, après trois ans, la preuve est maintenant faite qu’ils avaient raison de résister.

Aujourd’hui, le gouvernement dit qu’il veut porter des accusations criminelles contre les « responsables » de ces détournements de fonds. On peut être sûr qu’il n’y aura pas d’accusation contre les anciens membres du conseil de bande et encore moins contre la firme engagée par le gouvernement ou les anciens policiers. Mais les gens de la communauté de Kanehsatake ont déjà été reconnus coupables. Le gouvernement et les médias ont trouvé leurs boucs émissaires.

Et nous? Quand est-ce qu’on se décide à se prendre en main?

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Extrait du numéro 12 de Cause commune, journal de la NEFAC au Québec.