L’OURAGAN KATRINA ET SES RÉPERCUSSIONS

Tragédie après tragédie, le capitalisme nous montre son vrai visage, protégeant les riches et leur richesse et profitant des morts par milliers pour augmenter leurs comptes de millions... L'ouragan Katrina est encore une fois un bel exemple que ce qui compte vraiment n'est pas tant la vie, mais le capital.

Ce désastre s'est produit dans une zone à forts risques d'ouragans et d'inondations, et si le bilan est si désastreux, c'est en très grande partie en raison de l'inaction du gouvernement Américain, pour qui la "sécurité nationale" ressemble bien plus à une chasse aux sorcières qu'à un véritable système de protection...

Après les inondations de 1995 qui avaient tué 6 personnes, le gouvernement Américain avait autorisé un projet ayant pour but de limiter les dégâts en cas de catastrophes naturelles en Louisiane, soit le SELA (Southeast Louisiana Urban Flood Control Project). Toutefois, après 2003, les baisses d'impôts, le coût de la guerre en Irak et les mesures anti-terroristes en général n'ont pas laissé grand argent pour le SELA (1). Que des coupures aient été faites a ce niveau était une grave erreur, car tout indique que ce programme était d'une stricte nécessité. Dans 9 des 11 dernières années, les ouragans en Atlantique ont été pires que la normale. Mais malgré les demandes, l'argent n'était pas la, et que le Sénat planifiait redonner des fonds au SELA pour 2006 n'a maintenant plus aucune importance.

La réaction des autorités

Quoi que les autorités Américaines auraient eu l'occasion de se reprendre en limitant les dégâts au minimum, ils n'en firent rien. Si un plan d'évacuation existait pour ceux et celles qui avaient une voiture, les moins nantis ont tout simplement été laissés pour compte. Malgré l'ampleur du désastre, ce qui a attiré l'attention des autorités américaines n'est pas tant les personnes en besoin, mais les "pilleurs". Est-ce une surprise que des gens détrempés, assoiffés et affamés prennent les moyens du bord pour survivre? La réponse est assez claire: Au Mississippi et en Nouvelle Orléans, la loi martiale a été décrétée pour protéger la propriété. Quelques jours après l'ouragan, 1500 flics de Nouvelle Orléans se sont fait retirés de leur mission de sauvetage pour s'en prendre aux pilleurs, 300 soldats tout frais d'Irak ont été envoyés avec l'ordre de tirer et tuer sur d'éventuels pilleurs, Bush a envoyé 22 000 gardes nationaux vers les zones sinistrées pour rétablir l'ordre, etc. Tout cela avant même que des vivres soient envoyés et qu'une mission d'évacuation digne de ce nom ne soit effectuée!

La crise du pétrole

Toutefois, si la tragédie "KATRINA" est aujourd'hui connue mondialement, ce n'est pas tant à cause du malheur des pauvres qui y sont restés, mais plutôt des prix de l'essence, qui ont augmenté dramatiquement suite à la crainte de pénurie que l'ouragan a créée. Au Québec, comme partout dans le monde, ce fut la panique. Pour ceux et celles qui s'outrageaient, il n'y a pas si longtemps, à voir les stations services rajouter de la place pour un chiffre de plus sur leur afficheur, prévoyant dépasser le cap du 1 dollar, les hausses de prix "post-Katrina" ont été tout simplement dramatique.

Le pétrole est un élément central de l'économie. On n'a qu'à se rappeler comment le choc pétrolier de '73 avait amplifié la crise économique pour s'en convaincre. Si au cours des dernières années, le prix du pétrole a été le principal facteur de l'inflation, il est certain que ce n'est pas maintenant qu'il laissera sa place. En fait, tout dépend, de près ou de loin, du pétrole. Une hausse de pétrole signifie une hausse globale. Et il serait surprenant de voir le prix du pétrole diminuer radicalement. Tant que la guerre en Irak et les tensions au Moyen-Orient continueront, la loi de l'offre et de la demande penchera pour l'offreur, surtout que la demande se fait de plus en plus grande mondialement avec le développement de pays surpeuplés. À titre d'exemple, en 2004, la Chine représentait à elle seule 30% de la hausse de consommation mondiale de pétrole...

Le prix du pétrole a rebaissé depuis l'après ouragan mais il reste des plus instables, et si les "discussions" entre les États-Unis et l'Iran devaient dégénérer, on assisterait vite à un autre hausse spectaculaire...

La réaction gouvernementale

Suite aux hausses du prix de l'essence, les gouvernements, autant fédéral que provincial, se sont fait presser de toute part d'agir. Toutes sortes de solutions ont été rejetées du revers de la main, les unes après les autres par ces deux gouvernements.
Plusieurs partis à l'opposition ont dénoncé l'argent que se fait le gouvernement avec les taxes. Quoi qu'il soit vrai que ces sommes soient assez élevées, la solution ne semble pas être là. Dans une étude menée par la CSN (2), une référence est faite à une baisse de taxe au Nouveau-Brunswick, qui n'avait pas atteint les objectifs souhaités....

...En 1992, le gouvernement du N.B. avait baissé de 2¢ la taxe provinciale à la consommation de pétrole et avait dû se rendre compte que ce n'est pas vraiment les consommateurs qui en avaient profitée, mais les marchés pétroliers, dont les augmentations avaient en grande partie couvert ce 2¢. Nous en conviendrons donc que nous n'avons aucun intérêt à enlever l'argent au gouvernement pour la redonner aux pétrolières, et pour cette raison, cette solution ne nous semble pas viable.

La réaction du provincial n'a pas été différente de ce en quoi on s'attendait. Comme la crise est mondiale, le gouvernement ne peut rien faire provincialement : "il faut composer avec ça", nous répond Charest. Tout en écartant l'idée d'une diminution des taxes, il y va de ses propres "propositions", qui ressemblent bien plus à des suggestions. Il propose d'économiser l'énergie, d'utiliser les transports en commun... M. Audet nous témoigne des mesures envisagées pour réduire la consommation, comme, à long terme, favoriser l'achat de véhicule hybride (2). Mais dans tous les cas, aucune solution concrète n'a été proposée.

Du coté du fédéral, c'est aussi l'inaction. Selon Jean Lapierre, ministre des transports, le Bureau de la concurrence a étudié le dossier plusieurs fois dans le passé et n'a pas "trouvé de preuve soutenant une collusion entre pétrolières pour fixer le prix".

Quoi qu'à moyen et à long terme, les solutions idéales aux prix du pétrole sont du coté du développement du transport en commun et des voitures écologiques, la solution immédiate qui fait le plus de sens nous vient de Frederick Quintal, porte parole de "l'essence à juste prix". Il propose que le gouvernement agisse en mettant un prix maximum pour l'essence. Selon lui, le gouvernement a les moyens de le faire, en vertu de l'article 68, qui stipule que le Québec peut déterminer par décret le prix maximum auquel peut être vendu ou distribué un produit pétrolier quand l'intérêt public l'exige.

Qui paie ces hausses?

Si on n'a aucun mal à s'imaginer les profits que ces hausses engendrent au marché pétrolier,en aucun cas n'avons-nous vu mention d'une hausse de salaire pour les quelques centaines de milliers de travailleurs/travailleuses (3) employés dans le milieu pétrolier au Canada, ni pour tous les autres dans le reste du monde... À nulle part on ne peut voir la classe ouvrière profiter de ces hausses, mais on peut très bien voir qu'elle en subit les effets.

Les plus touchés par la crise sont évidement ceux et celles dont le travail est directement lié au pétrole. Pour ces travailleur-euse-s, le gouvernement Charest a mentionné évaluer des mesures d'aide, craignant probablement un autre révolte chez les camionneurs, mais est-il nécessaire de mentionner que ces mesures se font encore attendre?

Quoi qu'il soit vrai que certaines catégories de travailleurs soient plus touchés que d'autres, il serait bon de noter que le travail de tous est lié au pétrole, ne serait-ce que pour s'y rendre, et que c'est encore une fois les plus pauvres qui doivent se serrer la ceinture, spécialement en région, où il n'y a pas toujours de transport en commun et où les distances à parcourir sont généralement plus longues. De leur coté, les riches peuvent très bien s'accommoder de ces hausses de prix. Le gouvernement travaille pour les riches, alors force est de constater que tant que la pression ne sera pas assez forte, on sera chanceux si on réussit à ramasser quelques miettes, à moins que la pression devienne assez forte.

Sur le plan écologique

Les hausses du prix de l'essence et les raisons de ces hausses ont ramené le débat écologique encore plus fortement sur la table. En fait, un expert scientifique du gouvernement britannique, David King, nous avise que le réchauffement de la planète pourrait être responsable de l'ouragan Katrina: "on sait depuis 1987 que l'intensité des ouragans est liées a la température de la surface de la mer et nous savons que, au fil des 15 a 20 dernières années, la température à la surface de la mer dans ces régions a augmenté de plus d'un demi degré centigrade". Même l'administration de Bush a admis qu'il y avait peut-être un lien avec le réchauffement climatique.

Cet ouragan qui aurait eu pour cause la pollution, a aussi pour effet la pollution. À lui seul, le pétrole déversé en raison de l'ouragan est déjà assez alarmant, et cela est sans compter tous les autres déchets chimiques qui ont été perdus, et l'énergie et les ressources qui seront nécessaires pour reconstruire. De plus, qui sait si l'instabilité prix du pétrole ne donnera pas un regain au nucléaire?

Pendant que les environnementalistes de droite continuent à implorer la modération et de plus grandes hausses des prix pour inciter à cette modération, les nécessités actuelles implorent des solutions tout autres!

L'idée qu'une hausse des prix rendra la voie écologique plus profitable ne tient pas compte des faits. Le prix du pétrole a plus que doublé depuis '99 et sa consommation n'a pas pour autant diminué. Bien avant les voitures hybrides et les sources d'énergie écologique, il ne faut pas oublier qu'il y a le diésel... Sans nier l'importance des petits gestes que l'on peut tous poser, un problème social doit se régler socialement, et non seulement par l'action individuelle des consommateurs. Tant que nous ne serons pas capables d'exiger un transport public accessible et de qualité partout, le transport en commun ne sera pas une alternative réelle à la conduite automobile et la hausse des prix de l'essence n'y changera rien...

De plus, cette vision de réduction de la pollution par la modération des consommateurs est une courte vue. La majorité de la pollution est créée, non pas par les consommateurs, mais par l'industrie. Il ne serait pas exagéré d'ajouter en plus que la majorité de la pollution qu'on attribue aux consommateurs est le fait de l'avarice de l'industrie. Si le pétrole domine en matière d'énergie, ce n'est pas parcequ'il en est la meilleure source, mais parce que quelques-uns en profitent, si les objets qu'on achète brisent si souvent, ce n'est pas parcequ'on ne pourrait faire mieux, mais car quelques-uns en profitent... Dans ces circonstances, il serait naïf de vouloir régler le problème en ne visant que les consommateurs individuellement La principale cause de la pollution est la culture du profit. Plusieurs alternatives existent quant à la production de manière écologique, mais n'étant pas aussi rentable, elles sont plus souvent qu'autrement ignorées. Une production selon les besoins, et non pour le profit, est donc un préalable à toute solution environnementale durable. Cela ne signifie pas que rien ne doit être fait en attendant que la production se fasse selon les besoins, mais que l'on doit garder cette réalité en tête.

Des alternatives doivent être proposées dès maintenant, mais elles ne doivent pas faire en sorte que ce soient les travailleurs ou les consommateurs qui en paient les frais.Elles doivent tenir compte de tous ceux et celles qui seront touchés par les changements proposés. Pour en arriver là, les nécessitées écologiques doivent faire partie des mouvements ouvriers, étudiants, etc., et les perspectives de classes doivent faire partie des mouvements écologique. Ce n'est qu'à ceux et celles qui créent et profitent de la situation actuelle de payer les frais de son changement.
L'écologie prétend vouloir libérer la nature, mais semble souvent oublier que l'humain en fait partie, et ses solutions sont souvent rétrogrades dans ce sens. Tant que l'humain fera partie de la nature, un mouvement écologique qui n'aura pas pour but de le libérer aussi sera voué à l'échec. Le combat pour l'écologie doit avoir pour base une idée très simple et généralement bien comprise : "un environnement sain n'a pas plus d'utilité pour l'esclave que la liberté n'a d'intérêt dans un environnement non vivable".

Notes :
1:À plusieurs occasions, le Times-Picayune, un quotidien de la région de la Nouvelle Orléans, a mentionné que la guerre en Irak était une raison pour le manque d'argent investit dans le contrôle des ouragans et inondations
1: Le prix de l'essence et ses effets sur l'économie du Québec (4 septembre 2001)
2: La réinstauration des frais d'immatriculations pour les hybrides, qui avait été abolie au début du mandat libéral
3: Tout au long de ce texte, les mots "classe ouvrière" ou "travailleurs" sont utilisés dans leur sens large. Ils incluent donc non seulement les salariés, mais aussi les étudiants (travail intellectuel), les travailleurs sans emploi, les mères à la maison, etc.

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Extrait de Cause commune no 9.