Chronique syndicale : SUR LES LIGNES

FRAPPER VITE ET FORT.

La menace très concrète d'une grève générale au plus fort de la saison touristique aura été suffisante pour faire plier les tauliers de l'hôtellerie. Tous, sauf ceux du Plaza Métro-Centre et de l'Omni au centre-ville qui ont forcé un affrontement avec leurs employé-e-s. Les patrons du Plaza Métro-Centre ont pliés après trois semaines de grève (et un rapport condamnant l'utilisation de scabs) mais ceux de l'Omni ont fait durer la grève 9 semaines avant de se rendre face à la détermination des syndiqué-e-s. Devant l'intransigeance patronale, les syndicalistes révolutionnaires du Réseau de solidarité des travailleurs-euses ont menés plusieurs actions de soutien.

Ailleurs en province la partie se joue grosso-modo comme à Montréal. Sauf au Manoir Richelieu où une grève générale des 130 syndiquéEs CSN est en court. Très combatif, les syndiqué-e-s de l'hôtel ont répondu par une grève sur le tas aux brimades de la direction qui interdisait des moyens de pression banal (port de t-shirt, macaron, etc.). La grève risque d'être longue, puisqu'il y a un rattrapage salarial énorme à faire dans cet hôtel longtemps syndiqué aux TUAC (FTQ). Pour un même travail, l'écart est en effet de 5,15$ de l'heure entre le Manoir Richelieu et un hôtel de même catégorie et de la même chaîne à Montréal.

La négociation coordonnée dans l'hôtellerie s'avère une fois plus très payante pour les syndiqué-e-s. Outre des augmentations de salaire substentielles (11,5% sur 3 ans), les syndiqué-e-s sont allée cherchée une prime intéressante pour les départs à la retraite (jusqu'à
8 000$ dépendant de l'ancienneté) et la possibilité d'une réduction du temps de travail pour les plus vieux salarié-e-s. De plus, les syndiqué-e-s ont repoussée l'introduction d'une échelle de salaire qui aurait eu pour effet de faire payer les augmentations par les nouveaux employé-e-s (les syndiqué-e-s tiennent mordicus au principe "à travail égal, salaire égal" peut importe l'ancienneté). Voilà la preuve formelle que l'industrie du service n'est pas condamné à des conditions minables pour peu qu'on daigne y développer un syndicalisme combatif.

QUELLE EST LA QUESTION?

Les fabricants d'opinion publique ont travaillé dur dans l'espoir de retourner la population contre les syndiqué-e-s du secteur public. Sondages, caricatures, éditoriaux, chroniques, reportages tronqués, rien n'a été épargné pour soulever les masses contre les "salauds de privilégiés qui les tiennent en otage". Une fois la poussière retombée, il faut retenir que malgré la propagande "les québécois-es" sympathisent avec les revendications des syndiqué-e-s du secteur public mais désaprouvent le recours aux moyens de pression, surtout la grève. On a quand même fait des progrès... Il est maintenant admis que les salarié-e-s puissent avoir des revendications et désirer améliorer leur sort. Prochaine étape: réhabiliter l'idée de rapport de force et faire comprendre "aux gens" que sans moyens de pression, incluant la grève, on n'obtient jamais rien.

UNE QUESTION DE GENRE...

L'imagerie entourant les négociations dans le secteur public ne réflète vraiment pas la réalité. Encore récemment le Journal de Québec y allait d'une caricature représentant deux matamores --la CSN et la FTQ-- taxant des gamins --le gouvernement-- dans une cour d'école. Pourtant, deux salariés sur trois du secteur publique sont des travailleuses. Et si le mépris affiché pour ces travailleuses et leurs revendications venait surtout de leur genre? Messieurs les chroniqueurs, c'est si gênant que ça des femmes gagnant relativement bien leur vie?

OÙ EST LE MINISTRE QUAND ON A BESOIN DE LUI?

Deux collèges privés de la grande région de Montréal ont préférés mettre en danger la rentrée scolaire plutôt que de s'entendre avec leurs enseignant-e-s. Il s'agit du collège Saint-Sacrement et du collège Saint-Paul, tous deux en lock-out à la date prévue de la rentrée. À notre connaissance, les directions de ses deux collèges n'ont pas été publiquement accusé de prise d'otage et n'ont pas non plus été interpellé sur leur sens des responsabilités par le ministre de l'éducation. Heureusement, les parents s'en sont chargés. Une assemblée d'information a tourné au vinaigre pour le directeur du collège Saint-Paul et une entente "providentielle" est intervenue dans les jours
suivants avec le syndicat des profs. Quant au collège Saint-Sacrement, les
négociations auraient reprises, sous la pression des parents, au moment d'écrire ces lignes.

Au moment d'écrire ces lignes (16 septembre), il y avait au moins 829 prolos en grève ou en lock-out dans la "belle province".

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Extrait de Cause commune no 9.