Syndicat battu chez Décarie et Complices à Montréal

Souvent, quand les salarié-e-s aiment parlé d'activité syndicale à leur lieu de travail c'est lorsque le résultat est positif. Les gens n'hésiterons pas à se référer à la fois que leur syndicat à signer une bonne convention collective ou quand les travailleurs-euses ont spontanément 'visité' le bureau du patron. Nous parlons aussi de nos défaites, habituellement avec une bonne dose de rancune envers nos patrons, et des fois même envers nos collègues de travail et nos syndicats. Il est rare, par contre, que nous prenons le temps de comprendre ce qui n'a pas fonctionné. Pour qu'un renouveau du syndicalisme s'opère, l'amenant à des positions plus radicales et à un fonctionnement plus démocratique et paticipatif, nous devons faire face aux défaites actuelles. Des travailleurs d'un centre d'appel de Montréal qui ont récemment initié une campagne de syndicalisation ont partagé avec nous les hauts et les bas d'une campagne échouée.

C'est quoi Décarie et Complices?

C'est un centre d'appel, une firme de recherche en communications. La plupart du travail se fait par téléphone mais parfois nous faisons du comptage de foules pour les festivals et des sondages 'porte à porte' pour des compagnies en particulier.

Qu'est qui vous a amené à vouloir vous syndiquer?

En fait c'est des petites victoires qui nous ont amené à en vouloir encore plus. Avant le projet du syndicat, nous avions réussi à faire passser le salaire minimum de 7,50$/h à 8,50$/h. Nous avons aussi été en mesure de faire appliquer certaines normes du travail qui ne l'étaient pas auparavant. Par exemple, il y avait des congiés fériés qui n'étaient pas reconnus...C'est simplement en 'geulant' un petit peu que nous avons gagné ça.

Pouvez-vous nous expliquer le processus de syndicalisation du début à la fin?

Au début, on l'a pas encore dit, ça partait d'un écoeurement face à superviseur particulier. Les gens étaient tannés de se faire traités comme des objets. On se faisait dire "Si t'es pas content de comment ça se passe, retourne à la maison!", sans être payé bien sûr. L'ambiance de travail portait à cette écoeurement là, les superviseurs et les patrons faisaient tout pour économiser le moindre argent, ils refusaient de payer notre transport pour des projets à l'extérieur, par exemple. Souvent, il arrivaient que nos shifts soient coupés à la dernière minute, sans véritable avertissement.

Les gens en ont eu marre! Ça l'a pris seulement 6 jours pour faire signer les 58 cartes. Au delà du mauvais traitement et de l'arrogance de certains superviseurs, il existait des politiques de favoritisme chez Décarie et Complices. C'est un lieu de travail très patriarcal dans le sens que tous les patrons sont des hommes, que tous les superviseurs sont aussi des hommes et que l'on demande aux femmes employées d'être belles et fines en tout moment, un gage pour accèder au favoritisme. Ceux et celles qui levaient la voix par contre, qui fesaient connaître leurs désaccords, se retrouvaient vite puniEs et marginaliséEs au travail. Ce qui est drôle, et bien en même temps, c'est que certaines personnes favorisées se sont apparçues de ces inégalités et ont choisi notre camp dans le combat contre les patrons. Il faut dire que nous avions une certaine solidarité, nous les personnes qui ont initié le syndicat. En moyenne, ça faisait 2 ans que nous travaillions la-bas, nos collègues de travail savaient que nous étions honnêtes et sincère dans notre démarche.

Combien de temps a duré l'ensemble de la campagne?

Environ 2 ans. De juillet 2002 à juin 2004.

Comment a été votre relation avec la CSN?

Au niveau de la CSN, nous avons eu un conseiller syndical qui venaient de finir la négociation d'un contrat chez Radio-Canada et que pour qui, Décarie et Complices, une petite boîte de sondage, ne représentait pas un avancement dans sa carrière. Il se foutait un peu de nous, du moins c'est l'impression que nous avons eu. Il trouvait, ni plus ni moins, que nos conditions de travail étaient plutôt acceptables et que si l'on revendiquait trop, on allait passer pour des bébés gâtés!

Finalement, il nous a laissé tomber pour s'occuper de d'autres dossiers et on s'est retrouvé sans conseiller syndical pour 6 mois. Le problème c'est que, selon la loi, une convention collective doit être signé en 12 mois sinon le patron peut révoquer le syndicat. Mais une protection de 12 mois donne quand même le temps de faire des choses, nous, par contre, avons eu un 'bullshitter' pendant les premiers 6 mois et personne par la suite pour faire avancer le coté légal de la chose, les négociations et etc.

Nos collègues commençaient à s'impatienter, nous payons des cotisations à la CSN mais pourtant rien ne s'était accompli, nous n'avions pas de convention collective et encore moins des gains faits par le syndicat.

Pouvez-vous nous parler des tactiques utilisés par les patrons pour miner votre campagne?

Ils ont engagé un avocat, spécialisé dans le 'cassage' de syndicats, au prix de 400$/h. La firme d'où il provient, Faulskin et Martineau, a bâti sa réputation le 'cassage' d'initiatives de syndicats dans les McDonald's. Ils en sont fier, c'est écrit sur leur site internet! Un des employés a changé de fonction pour avoir un bureau dans l'entreprise où il passait ses journées à rencontrer des employéEs pour tenter de leur faire signer une carte de démission du syndicat. C'est illégal, mais les patrons étaient près à payer le prix de l'amende plutôt que voir entrer un syndicat. Aussi, il arrivait souvent que le patron annulait des scéances de négotiation de convention collective, sans les remettre à une autre fois. En deux ans nous avons été incapables d'obtenir un contrat, ça l'a pesé beaucoup sur le moral de nos collègues, qui pendant ce temps-là payaient des cotisations à la CSN.Maintenant, après avoir défait le syndicat, ils nous proposent de former un 'comité d'employés'. Le hic, c'est que sur ce comité siègeraient le patron et des superviseurs.

Dans votre milieu qui est celui du travail précaire : est-ce que c'est possible de se syndiquer et gagner des gains contre les patrons au Québec?

Ce n'est pas très évident. Lors qu'il y a une poussé dans une entreprise pour la syndicalisation, il faut en profiter. C'est ce que nous avions été incapables de faire chez Décarie et Complices. Avec les taux de roulement d'employés que ce milieu connaît, il faut agir vite, tout faire pour empêcher des délais dans la procédure.

C'est assez difficile d'approcher les gens avec qui on travaille à propos de ce genre de projet. La réaction habituelle est "T'est qui toi? Qu'est ce que tu connais de plus que moi à propos de notre job?". Ça prend un gros effort d'éducation et de conscientisation, un effort qui doit pouvoir se mesurer à la désinformation des patrons. Il y a un grosse part de peur et d'insécurité qui entre aussi en jeu, bien des gens ne sont même pas prêts à défendre les droits minimaux des mesures du travail.

Sur toute la ligne,la justice québécoise a été du côté des patrons. Ils leur permettent tout, surtout des délais qui vont ralentir le processus de syndicalisation. C'est pourquoi ça l'a été aussi long au Walmart de Jonquière et dans certains McDo de la région de Montréal.

On aurait été la 4ième boîte de sondage à être syndiqué à Montréal. Ce n'est pas énorme en terme de pourcentages, mais le mouvement và continuer de se faire. Dans ce sens, nous n'étions pas en train de créer un précédent avec notre campagne. On faisait plutôt parti d'un mouvement déjà existant.

Si vous aviez à tout recommencer, qu'est qui changerait dans votre campagne?

On refuserait les délais dans la représentation de la CSN. Six mois pas de conseiller...c'était de la marde. En termes de notre propre activité, nous avons fait à la fin un journal d'information du syndicat, mais trop peu trop tard, il aurait fallu avoir un journal dès le début. Il nous aurait aussi fallu voter un exécutif plus radical, les gens qui ont été élus étaient trop modérés.

Il faut jamais faire confiance aux patrons! Ça de l'air fondamental, mais c'est pas toujours facile d'appliquer ce genre de principe en pleine campagne ou en négociations. Il faut pas leur donner la chance de nous séduire avec des compromis. Ils ont trop d'argent, c'est facile pour eux d'être insensibles à nos demandes. Il faut exiger, être prêts à jouer le tout pour le tout, quasiment le forcer à congédier l'ensemble des employés.

On referait sûrement la même expérience, espérons avec plus d'appui et plus de participation. C'est décourageant de perdre un syndicat, mais ce n'est jamais décourageant de reprendre notre dignité et de se batter pour le droit de s'unir.

(Extrait du numéro 3 de Cause Commune, le journal francophone de la NEFAC.)