Objectez desertez mutinez-vous faites la greve revoltez-vous !

Depuis le début de cette guerre sanglante et sans fin contre le terrorisme, nous avons assisté à la création d'une opposition de masse qui a défilé dans les rues des principales villes nord-américaines. Nous lançons un appel à toutes celles et ceux qui s'opposent à la guerre: le temps est venu de dépasser le stade des actions symboliques pour développer une stratégie d'action directe contre la machine de guerre capitaliste.

DÉSERTEZ ! FAITES LA GRÈVE ! RÉVOLTEZ-VOUS !

Ce n'est plus un secret pour personne: l'invasion et l'occupation de l'Afghanistan et de l'Iraq ont pour but d'assurer aux grandes entreprises occidentales des contrats et des investissements se chiffrant en milliards de $. Les guerres menées contre le «terrorisme» ont permis aux capitalistes de prendre le contrôle des ressources humaines et naturelles de ces pays. Après le fracas des bombes, le marché peut prendre la relève sous la protection d'une armée d'occupation. Les profiteurs s'en mettent plein les poches pendant que les frontières se referment, limitant les déplacements de population. Cette scène ne se déroule pas seulement «là-bas».Les attaques contre les immigrant-es et les réfugié-es sont une réalité quotidienne en Amérique du Nord. Cette discipline de fer, cette peur omniprésente de la répression, plane au dessus de la tête de tous les salarié-es. Nous sommes toutes et tous visé-es par ces attaques, peu importe la couleur de notre peau ou la langue que nous parlons.

Voilà pourquoi nous nous opposons aux déportations de masse et aux centres de détention qui poussent comme des champignons partout en Amérique du Nord. Malgré ce que disent les autorités, les cartes d'identité obligatoires et la généralisation du profilage racial ne sont pas strictement une question de "sécurité" aux frontières. Ces politiques affectent aussi notre vie quotidienne. Les lois sécuritaires et l'intrusion de l'État dans notre vie privée nous touchent directement lorsque nous cherchons un emploi ou un logement, quand nous marchons dans les rues de nos quartiers. Les forces de contrôle social (flics, tribunaux, appareil d'état) permettent aux patrons et aux proprios de se placer dans une meilleure position pour exploiter notre travail, tout en nivelant vers le bas les salaires et les conditions de travail des travailleurs et des travailleuses du monde entier.

Nous savons que le militarisme est le bras armé de la mondialisation capitaliste. Mais qui porte le fusil? Qui met sa vie en danger? Qui fait la job sale? Qui sont les personnes sous-payées, sur-exploitées, les précaires en colère?

OBJECTEZ-VOUS ! DÉSERTEZ !

Il est grand temps pour les radicaux et les anti-capitalistes de créer des liens de solidarité avec les simples soldats. Ce sont toujours les pauvres qui ont été les premiers à mourir au front, à joindre les rangs de l'armée pour se sortir du chômage ou pour accéder à une éducation supérieure. L'insatisfaction, l'aliénation et les traumatismes se répandent comme une traînée de poudre parmi les troupes. Appuyez les soldats qui se rebellent, exigez leur retour à la maison.

On a pu mettre un terme à la guerre du Vietnam lorsque les opposant-es ont fait de ce conflit «lointain» un enjeu local. Quand les corps des soldats tués au combat furent rapatriés, quand les rues furent occupées par les manifestants, quand la détermination du peuple vietnamien eut pris de cours le Pentagone, les chefs d'état et les dirigeants d'entreprise n'eurent d'autres choix que de se retirer du sud-est asiatique.

Les généraux des forces de la "coalition" qui contrôlent les frontières de l'Iraq ont démontré qu'ils sont tout aussi corrompus que le régime Baath. Comme un débardeur du port de Umm Qasr le soulignait récemment, «Bremer et Sadam sont deux côtés de la même médaille ».

Nous nous adressons à tous les insoumis, à celles et ceux qui résistent à la guerre capitaliste. Aux saboteurs qui sucrent les réservoirs d'essence de la machine militaire. À toutes celles et ceux qui ont décidé de déserter. Aux personnes qui sont mal-payées. Qui que vous soyez: défiez vos généraux, défiez vos boss. Leurs ordres n'ont aucune valeur morale.

MUTINEZ-VOUS ! FAITES LA GRÈVE !

Les outils à la disposition du prolétariat en temps de guerre et d'occupation sont les mêmes qu'en temps de paix capitaliste.Les grèves, les mutineries et le sabotage sont nos armes les plus efficaces. Les occupations, les ralentissements de production et les "sick-ins" ont .également le pouvoir de menacer l'État et le Capital. En tout temps, nous pouvons cesser la production en faisant la grève. Voilà notre véritable pouvoir. Au cours des derniers mois, des actions directes ont affecté le bon fonctionnement du réseau ferroviaire, des ports et des aéroports par lesquels transite le matériel militaire, Par des grèves, des actes d'insubordination et des ralentissements, les travailleurs et les travailleuses s'en sont pris directement à la machine de guerre. Des actions similaires peuvent s'appliquer à tous les secteurs industriels. Les exemples ne manquent pas. Pour produire et distribuer du pétrole, les capitalistes ont besoin de mineurs, de machinistes, d'ouvriers et d'ouvrières dans les raffineries, de débardeurs, de camionneurs, de commis d'entrepôt et de pompistes. C'est dire à quel point ils ont besoin de nous pour faire rouler la machine!

La grève générale est actuellement l'arme la plus puissante à notre disposition pour mener la guerre des classes. Les manifestations du dimanche après-midi font partie de la «politique citoyenne». Celles et ceux qui les organisent prennent pour acquis que les dirigeants vont répondre positivement aux demandes de la population. Ces actions symboliques nous éloignent de notre véritable pouvoir, celui de stopper la production, en nous cantonnant dans des moyens de pression qui n'ont d'autre objectif que d'influencer «l'opinion publique». Ce type d'action permet au gouvernement de se donner une image d'ouverture et de démocratie. Pour sa part, la grève nous fait réaliser à quel point notre force collective peut être importante, en unifiant et en mobilisant les communautés où nous vivons. Les pauvres et la classe ouvrière en général ont peu de chose à perdre et un monde à gagner en s'organisant ensemble contre la machine de guerre et l'esclavage salarié.

RÉVOLTEZ-VOUS !

Une fois de plus, les prochaines élections nous donnerons l'occasion de choisir à quelle sauce nous serons mangés.

Ne vous méprenez pas: même l'arrivée des démocrates à la Maison Blanche ne changera rien au sort de la classe ouvrière américaine, pas plus qu'à celui des exploité-es du monde entier. L'occupation sanglante du Congo, la défense du coup d'état bourgeois en Haiti et les milliards de $ versés aux forces armées israeliennes et aux paramilitaires de Colombie: voilà la véritable politique étrangère des États-Unis, peu importe le parti au pouvoir.Le monde en a assez de la démocratie "made in the USA" exportée aux quatre coins du globe.

Du côté canadien, il devient clair que les dirigeants n'ont pas la légitimité d'organiser des séminaires contre la corruption en Afrique, en Afghanistan ou en Iraq. Deux des principaux aspirants au poste de premier ministre (Paul Martin du Parti Libéral et Barbara Stronach du Parti Conservateur) ont hérité de fortunes colossales de leurs parents, ont passé des décennies à la tête de multinationales anti-syndicales et espèrent maintenant nous convaincre qu'ils ont une perspective nouvelle pour en finir avec le népotisme et les pots de vin. Ne l'oublions pas, cette façon de faire la politique n'est pas nouvelle en soi. Depuis la conquête brutale des territoires autochtones il y a près de 500 ans, le vol fait partie intégrante des moeurs de la classe dirigeante canadienne.

Les partis qui aspirent au pouvoir ont tous réitéré leur volonté de se conformer aux diktats du Capital. C'est l'absence même de choix réels et d'une vraie démocratie qui a mené la population à s'abstenir massivement aux dernières élections. «C'est assez!»

Assez des abus et des mesures d'austérité, assez de leur guerre des étoiles: notre éducation, notre santé et notre sécurité sociale ont assez soufferts. Pour y remédier, il nous reste la révolte. Il nous reste l'action directe. C'est le moment de construire une résistance active. C'est le moment, pour le mouvement ouvrier, de développer des réseaux de soutien direct pour les clandestins et les réfugié-es, pour celles et ceux qui résistent à la guerre, pour aider les grévistes qui défient les injonctions.

Nous en avons assez de vivre dans la peur et la guerre perpétuelle. Nous voulons un monde sans frontières, sans patrons, sans gouvernements, sans prisons, sans murs de la honte, sans polices, sans armées professionnelles, ni centres de détentions. Nous voulons un monde débarrassé de l'oppression. Nous voulons un monde autogéré par les travailleurs et les travailleuses, où nous pourrons tous et toutes être libres de nous déplacer comme bon nous semble. Nous voulons un monde où règne une paix durable, une paix qui vient avec la justice et la solidarité.

Organisons-nous !

Pas de guerre entre les nations, pas de paix entre les classes !

Fédération des Communistes Libertaires du Nord-Est

[Extrait du numéro 1 de Cause Commune, le journal d'agitation de la NEFAC]